Les tribulations de Mélinez et Martenchon, Juin 2022

 

Dans le metaver, le Parc Monceau

 

Elle ne se meut plus

 

 Le Syndrome de Tokyo (du palais de)

 

Depuis quelques temps, God, sincèrement, ne sauve pas la Reine

 

 

Dans le metaver, le Parc Monceau
 

 

Les deux amis avaient décidé, malgré la canicule, de faire un brin de promenade. Paris s’était vidé. Apparemment la capitale avait fait route vers le Trocadéro où tant de gens aiment à se rassembler, les uns pour admirer Paris, les autres pour dépouiller les premiers. Parvenu devant le Parc Monceau, ils hésitèrent.

Devaient-ils le traverser ? Et prendre le risque de se faire traiter de voyeurs ? Nollens volens, ils n'auraient pas pu ne pas remarquer les seins nus, les grosses fesses presque découvertes et tartinées de crèmes diverses ni les accumulations de couples portés à la copulation par la chaleur extrême.

Devaient-ils se déguiser au moyen d’une burka, au risque de paraitre religieusement puritain et d’exciter les esprits libérés ou ceux qui veulent enfermer les esprits libérés.

Ils prirent leur courage à deux mains et, totalement couverts, se propulsèrent au milieu des corps étalés, des odeurs de « protection solaire », des papiers gras, car il faut bien manger: les gazons ne sont-ils pas faits pour les pique-niques ? Il leur fallut éviter les ballons des enfants et les enfants aussi qui, protégés par leurs parents attentifs, balançaient des jouets dans les airs et conduisaient des voitures électriques sur le sol.

Les deux amis s’étaient armés de « pardon ! », « excusez-moi » ces armes pacifiques aux effets répulsifs limités qui leur attiraient plus souvent qu’à leur tour des quolibets du type « tu t’es regardé connard » et autres formules déplaisantes.

Ils s’étaient aussi dotés de masques anti-covid, non pas tant pour se protéger du virus, affaibli ces derniers temps, mais pour éviter d’avoir à souffrir de toutes les effluves qui traversaient le parc sous l’effet d’un léger zéphyr. Les poubelles débordantes, mal nettoyées par les rats du voisinage ainsi que les chats et chiens errants, produisaient des senteurs puissamment compétitives avec toutes celles qui émanaient de corps plus ou moins complètement rôtis étalés sur des serviettes à la propreté discutable.

Ils ne pouvaient pas éviter de passer devant des bacs à sable où des chiens de diverses tailles s’amusaient à se renifler le cul au milieu des enfants qui s’amusaient à faire des châteaux. Les deux amis, forts de leur expérience, se méfiaient tout autant des morsures des mères que des chiens. Par précaution, ils s’étaient dotés de guêtres en peau de buffle (une fortune chez Hermès).

Enfin, ils entrevirent la sortie « place de Rio de Janeiro » : ne restait plus à endurer que le crottin des équidés stockés sur place pour amuser les enfants.

Mélinez qui était demeuré coi pendant la traversée de cet espace ludique, fit un signe à son compère.

Martenchon sourit d’un air interrogateur.

Mélinez, riant tout en se débarrassant de sa burka, s’exclama : « J’ai bientôt bouclé les procédures pour que nous puissions profiter du metaverse de Zuckerberg… »

Martenchon l’interrompit « Tu as pu installer un parc Monceau ? »

Mélinez opina « C’est justement pour cette installation que j’ai passé beaucoup de temps. Ça y est, c’est fini !».

Martenchon se risqua « Il sera comment ? »

Mélinez éclata de rire « Il sera comme autrefois ! Avec des policiers à la retraite pour y faire régner l’ordre et des coups de sifflets contre les contrevenants ; il y aura même des chaisières ! Tous des avatars évidemment ! ».

Martenchon soupira d’aise « Bravo, le progrès ne s’arrête pas si l’audacieux s’en saisit ».

 

 Le Syndrome de Tokyo (du palais de)

 

 

Mélinez avait un air qu’on aurait pu qualifier d’extatique. Quand il pénétra dans la pièce commune où les deux amis aiment à prendre le thé ou savourer un bon whisky, lire leurs journaux et échanger de sages pensées et de profondes impressions, il ne marchait pas, il volait.

Bien sûr, c’est une image! Mélinez n’était pas atteint par le syndrome de la téléportation quantique. La lévitation dont il présentait les symptômes était plutôt d’ordre psychique.

Il finit par atterrir sur son fauteuil préféré avec l’air d’avoir été touché par la grâce. Il considéra la pièce, sa décoration un peu vieillotte et, finalement, posa un regard doucement lumineux sur son ami Martenchon. Ce dernier avait opté pour la réserve la plus absolue se raccrochant à un principe applicable aux somnambules, "ne pas réveiller le sujet, le laisser quitter ses rêves et revenir dans le monde de tous les jours par lui-même".

La situation finit par prendre une curieuse tournure entre Mélinez qui planait souriant comme s’il avait rencontré l’âme du monde et Martenchon qui se demandait s’il devait aller chercher un cordial pour le cas où le réveil ne serait pas paisible.

« Je reviens du Palais de Tokyo » murmura doucement Mélinez, plongeant un regard plein de choses essentielles dans le regard de son ami qui maintint sa position de principe et se tint absolument coi.

Mélinez poursuivit sur le rythme lent d’une mélopée hindou. « Je reviens du Palais de Tokyo où j’ai participé à des expériences ». Un sourire lourd de sous-entendus accompagna cette déclaration.

« Vois-tu, Martenchon, mon ami, la beauté du monde, ne se résout pas dans les coloriages de la chapelle Sixtine. Il faut savoir se plonger dans un récit au sein d’une architecture horticole, où des plantes nourricières sont cultivées à l’aide d’outils fabriqués à la main, et où les visiteur·euses deviennent les pollinisateur·ices de cette mise en espace ».

Martenchon sentit qu’il y avait, là, dans ces propos, une sorte de main tendue. « Tu es devenu une abeille ? » risqua-t-il avec prudence et délicatesse.

Mélinez se fit condescendant. « Je t’ai parlé d’architecture horticole… ».

Martenchon comprit qu’il avait pris un mauvais chemin et se tut.

Mélinez, dont le ton devenu presqu’incantatoire était monté d’un cran : « pour les professionnel·les et les amateur·rices, le vin est tout entier fait des liens qui unissent la terre, les goûts, les micro-organismes et les manières de composer avec le temps et avec des environnements ».

Martenchon, ne disait toujours rien mais n’en pensait pas moins « Il s’est cuité, voilà l’histoire ».

Mélinez s’élança dans un véritable prêche : « Le projet Sporal 1 poursuit la recherche initiée par Mimosa Echard en 2019 à la Villa Kujoyama (Kyoto) sur l’idée de mémoire chez les myxomycètes, organismes unicellulaires à mi-chemin entre le règne animal, végétal et celui des champignons ».

Tout à coup, Mélinez se tassa dans son fauteuil, se tut et s’endormit en ronflant.

Martenchon, affolé, se précipita sur son téléphone pour avoir des explications de la part du Palais de Tokyo. On lui conseilla de ne pas s’inquiéter. Il ne s’agissait que d’un des nombreux cas de sidération artistique provoqués par l’exposition en cours. Des sortes de syndromes de Stendhal qui seraient provoqués par l’extraordinaire beauté des myxomycètes.

« Demain, il ne se souviendra de rien ».


Nb : certains termes, certaines expressions et certaines déviances grammaticales sont utilisées par le Palais de Tokyo. On n’en voudra donc pas à Mélinez, d’avoir déliré, confronté qu’il avait été à des propos, des images et des installations délirantes.

 

Elle ne se meut plus

 

 

Mélinez ne put s’empêcher de sursauter à la lecture de nouvelles dont les conséquences ne pourraient pas ne pas être dramatiques : aux Etats-Unis, bientôt, Amazon ne pourra plus trouver les ressources humaines nécessaires pour sa croissance.

Martenchon, toujours pratique, s’est exclamé : « C’est très grave ! Il est bien connu que lorsque les Etats-Unis toussent l’Europe s’enrhume ! »

Mélinez ne se fit pas optimiste sur le plan de l’Europe. « Je ne dirais pas que le cas d’Amazon en France me soucie trop, mais il y a un vrai problème de ressources humaines dans notre beau pays ».

Martenchon, réaliste, et à la limite du cynisme économique, rétorqua vertement, qu’en France où il y a beaucoup de chômage, il suffirait de mettre les chômeurs au boulot. Il ne s’étendit pas sur les moyens. Cependant, le ton employé ne laissait pas beaucoup de marges de pensée !

Mélinez, qui s’était informé, ne laissa pas passer une pensée aussi simpliste : « Certes, tu as raison sur le plan des quantités, reste qu’il y a un vrai problème de qualité ! il se nomme "compétence" et il a pour "cause formation" ».
Il continua « Songe que dans le monde et en France en particulier, le nombre d’avions de ligne ne cesse d’augmenter. En 2038 : il y aura près de 50 000 avions en vol qui nécessiteront 550 000 nouveaux pilotes. Ce n’est pas le chômeur de base qui fera l’affaire !!! »

Martenchon nerveusement : « Il n’y a pas que les avions, on peut prendre cars, bus, camions… »

Mélinez ne le laissa pas poursuivre : « Stop ! Tu mets le doigt sur un grave problème : il manque en France 50 000 chauffeurs routiers et plus de 400 000 dans toute l’Europe ».

Martenchon, énervé, s’exclama que si on ne trouvait pas de conducteurs de camions, bus ou car, et que si les pilotes d’avions faisaient défaut, on n’avait qu’à rester sur place.

Mélinez, cherchant à calmer le ton de la conversation, confirma qu’en vérité, les déplacements touristiques avaient pris de telles proportions que même les Corses étaient en passe d’imaginer un numérus clausus pour les vacanciers.

Martenchon, amer, lâcha : « En fait de vacances, de loisirs et de détente, l’industrie du tourisme vient d’annoncer qu’elle manquait de bras par milliers. Et on ne parle pas de la restauration, lente ou rapide. Rien qu’en Vendée, on dit qu’il manque, 1.200 cuisiniers et 2.300 serveurs !

Mélinez, en remit une couche : « A Paris, les taxis vont manquer par milliers pendant la coupe du monde de rugby et les jeux olympiques… »

Martenchon, fort en colère, s’écria « On devrait rationner les déplacements ! A quoi servent tous ces voyages à une époque où on peut rester chez soi pour travailler et s’amuser ! Aller à Venise en masses de vacanciers comme cela se passe aujourd’hui, c’est provoquer un affaissement de cette ville de rêve. Il suffit de créer un metaver de Venise….

Mélinez, gronda sombrement: « Il n’y aurait pas assez de gestionnaire de multiver »

Martenchon comprit à cet instant que l’idée même de former tout le monde était vaine : on ne trouvera jamais assez de formateurs.
 

 

 

Depuis quelques temps, God, sincèrement, ne sauve pas la Reine

 

« Donc, Boris Johnson nous quitte » commenta Mélinez, le nez dans son journal du soir.

« Il quitte les Anglais, serait plus juste » ronchonna Martenchon.

« Certes, rétorqua, Mélinez, mais, il est rare, il faut le reconnaitre, que l’arrivée ou le départ d’un dirigeant anglais nous soit indifférent : pour des raisons difficiles à expliciter, l’Anglais au pouvoir éprouve toujours le besoin d’avoir une opinion sur les Français en général et leurs gouvernants en particulier ».

« Tu penses au tapis rouge de Cameron » proposa Martenchon

« Bien sûr, fit Mélinez, il y a une certaine aptitude des anglais à se précipiter sur les soucis ou difficultés françaises pour en faire leur miel ».

« Il ne nous aimerait pas », conclut Martenchon.

« Boris Johnson avait du mal avec la France mais il faut le comprendre. Son père n’a fait ni une ni deux: quand son fils est devenu Premier Ministre, lui-même est devenu Français ! » précisa Mélinez.

« Blair, au contraire, nous aimait beaucoup dit-on »

« Sauf qu’à son avis, nous avions notre part de responsabilité dans la mort de la princesse Diana. Il nous a beaucoup reproché de l’avoir fait véhiculer dans une grosse Mercedes. Il craignait la volonté de revanche des Allemands. Elle est si fortement imprégnée dans ce pays que tout est touché, y compris les bagnoles. Qui sait si la Mercédès n’a pas réglé ses comptes avec les Anglais »

Mélinez se sentit un peu triste sur ce coup-là.

Et puis, il se souvint que Boris, au moins, pouvait être drôle. Dans ces temps difficiles où la guerre rampe de concert avec le Covid, il aurait détendu l’atmosphère. Poutine, aurait peut-être souri.  
 

 

 

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