Martenchon et Mélinez, mars 2020

Géolocaliser sans conscience

- Perdant-gagnant mars 2020

- Les statistiques de mortalité ont-elles une conscience? mars 2020

- Prévoir, est-ce prédire? avril 2020

Prévoir, est-ce prédire?


Martenchon avait lu et relu une newsletter où l’auteur s’était laissé aller à des considérations sur les bons principes du bon gouvernement. Fixé sur la célèbre formule : « gouverner, c’est prévoir », il l’avait trouvée bonne et avait lancé programme de réflexion, agrémenté de lectures de référence, pour pousser le sens de cette sentence au plus loin.
 

« Donc, proposa-t-il à son ami Mélinez, si « gouverner c’est prévoir », c’est que le gouvernant doit voir loin. Le prévoyant, pense aux temps qui viennent, c’est pourquoi, il met de l’argent de côté. L’économiste sérieux use de prévisions comme le chef d’entreprise responsable. Le gouvernant, solidement installé sur le roc du présent, doit faire porter son regard au plus loin, vers l'avenir ».
 

Mélinez écoutait et réfléchissait, nourrissant sa pensée des arguments de son ami tout en se servant un verre de vin blanc délicatement parfumé de quelques gouttes de Grand-Marnier.
Tout à coup, il se lança :
"Peut-on associer, sans risque, prévoir et prédire ? En d’autres termes ne pourrait-on pas dire que la prédiction c’est la prévision sonorisée ?"
 

Martenchon, ravi que la discussion démarre à pareille hauteur, se resservit d’un peu de Gin auquel il ajouta un doigt d’américano et une demi-rondelle de citron.
« En somme, prévoir serait aussi prédire ».
 
Le visage de 
Mélinez se rembrunit, et pourtant son verre était encore plein.
« Il me vient cette idée qu’on ne peut pas voir ce qui n’est pas visible, or, prévoir, n’est-ce pas voir avant ? Ou bien, on voit avant parce que c’est visible et dans ce cas, on ne peut dire qu’on prévoit, puisque c’est déjà visible. Ou bien, ne pouvant voir ce qui n’est pas visible, on ne peut pas le prévoir ! »
 

Martenchon, subjugué par la beauté de cette démonstration, ajouta finement.
« Tirésias, ne pouvait pas prévoir, puisqu’il était aveugle, mais il n’hésitait pas à prédire . »


Mélinez, bouleversé par la cécité de Tirésias laissa alors tomber : si gouverner n’est pas prévoir doit-on penser que c’est prédire ?

 

Les statistiques de mortalité ont-elles une conscience?

Mars 2020

 

L’un s’était beaucoup investi dans les questions démographiques s’attachant surtout à comprendre tout ce qui touchait à la Mortalité, l’autre avait beaucoup progressé dans l’utilisation des statistiques. Un soir que la télévision venait de livrer un énième plateau sur «la crise du Coronavirus», ils s’engagèrent dans une controverse passionnante.

 

Martenchon observait que le virus s’attaquait vigoureusement à la population. Il savait, pour avoir travaillé très sérieusement la peste noire, les crises de choléra, celle du typhus et des oreillons que si une mortalité naturelle ne faisait qu’alléger les sociétés de toutes sortes de branches mortes, une crise de type coronavirus, au contraire, les alourdissait de drames inutiles.

Mélinez renchérit « et songe, dit-il que ce sont nos aînés qui en sont les victimes, les statistiques le montrent».

Martenchon impressionné par cette information, compléta.

« Le taux de mortalité démentiel qui accompagne cette peste nouvelle, créera en France une rupture démographique dramatique pour les générations à venir. Songe qu’un taux de 2 % sur une population de 66 millions d’individus, atteints à 50 % conduisent à 660 000 morts en plus. Soit plus de 80 % des naissances. C’est proprement insupportable. »

Mélinez approuva « cela touche surtout les seniors. Les statistiques nous le confirment. Or, les seniors sont plus ou moins proches de leur fin. Ceux qui vont disparaître sont " en avance" en quelque sorte. Les années prochaines verront une diminution du taux de mortalité. Dans 5 ans, au plus, la nation aura comblé une anomalie temporelle ».

Ils se turent tous deux consternés : la science, pensaient-ils, mal utilisée, est vraiment sans conscience.

Géolocaliser sans conscience

Diderot et D’Alembert avaient lancé leur Encyclopédie sans avoir le dixième des connaissances nécessaires. Mélinez et Martenchon étaient un peu comme des encyclopédistes de notre temps.

Le cœur vaillant, Ils avaient attaqué la géolocalisation et ses applications dans la lutte contre les épidémies qu'elles soient virales ou gilets jaunistes, ainsi que les cas de cégétisme aigu, toutes maladies sociales et donc sanitaires, qui gangrènent la société.,

Ils avaient fait beaucoup de progrès dans la compréhension de cette question et  de ses app. Toutefois, ils buttaient sur la question des questions : la protection des libertés publiques. Mélinez avait prononcé des mots définitifs : « Il ne peut être question de porter atteinte aux libertés publiques ». Donc, pas de noms, pas de métiers, pas d’âge, pas de références religieuses ou, pire, raciales.

Martenchon avait approuvé. Il avait cependant du mal à comprendre comment on pouvait géolocaliser des gens dont on ne connaissait rien. « A quoi sert la géolocalisation », proféra 
Mélinez : « à comprendre comment les déplacements des gens peuvent influencer la vie des sociétés ».  Martenchon, acquiesça « il est vrai que si on sait que des malades se déplacent et où, on peut comprendre la diffusion d’un microbe ». Martinez le félicita « Et voilà, mon cher Martenchon, comment on peut savoir, par exemple en Allemagne, comment une maladie qui sévissait à Berlin a pu arriver à Hambourg ».

Martenchon, frappé par cette observation pleine de bon sens, proposa : « Mais aussi, cela nous dit que ce sont plutôt des Allemands qui ont véhiculé les microbes d’une ville allemande à une autre. « Juste ! » s’enthousiasma Mélinez ! « Et aussi, par construction, on sait que ce sont des Allemands Berlinois ». « Toujours juste ! », déclara Mélinez qui ajouta un peu lassé « et si on te suit, on arrive où ? ».
« C’est simple, si on veut savoir qui véhicule un virus qu’on a géolocalisé dans les cités du nord-est d’une ville française quelconque dont on sait qu’elle accueille une population très caractérisée, alors… »


Martenchon l’interrompit, pensif. « Et si nous géolocalisions des déplacements entre France et Maroc … »
Mélinez compléta: " des cigognes? " 

Perdant-gagnant

Martenchon avait été très impressionné par une formule si belle, si forte, qu’il l'avait qualifiée de "royale".

« Tu vois
 Mélinez, mon ami, « gagnant-gagnant » est une formule révolutionnaire qui va à l’encontre de la pensée convenue qui veut que ce que l’un gagne, l’autre le perd ». Gagnant-gagnant nous dit que celui qui gagne ne fait rien perdre à son prochain. Peut-être même, le fait-il gagner. Ce concept va faire sauter toute la philosophie sociale et bouleverser la société.

Mélinez, ravi de voir son ami parti pour des pensées novatrices, réfléchit un instant.

« En ce moment, lui dit-il ne voit-on pas au contraire que nous sommes dans un monde perdant-gagnant ». On nomme cela un jeu à somme nulle. 
Martenchon fronça le sourcil : Mélinez se montrait rarement contrariant. Or, là, justement, il l’était.
« Que veux-tu dire » grogna-t-il ? »


Mélinez : « C’est encore mon goût pour les statistiques ! Vois-tu, en ce moment, les deuils se multiplient à cause du corona virus ».

Martenchon opina gravement.
« Mais, poursuivit 
Mélinez, le confinement réduit les déplacements en automobile et, par voie de conséquence les accidents ».

Martenchon opina encore.
Mélinez poursuivit: « L’air n’est plus contaminé, les aliments sont moins pollués. Les désordres de la planète se réduisent. La mortalité baisse ».

Martenchon s’énerva: « Où veux-tu en venir avec tes calculs euphoriques ? »
Mélinez (lyrique) : Eh bien, peut-être va-t-on s’apercevoir que les morts du coronavirus sont moins nombreux que ceux qui ont eu la vie sauve gràce à lui.

Martenchon, rendit les armes devant tant de logique statistique et se demanda quel inconséquent avait lancé cette histoire de "gagnant-gagnant".

   

 

 

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