Guy de Rougemont, l'Histoire des Lazard

Guy de Rougemont, Lazard Frères – Banquiers des deux mondes- 1840-1939-

Fayard, janvier 2011- 28 euros

Histoire de la banque d’affaires : le cas Lazard Frères.

Ce gros bouquin est sympathique pour trois raisons. Tout d’abord, les familles Lazard et David-Weil ont largement ouvert leurs archives. Grâce à quoi, ce livre nous fait plonger dans l’Amérique en train de se faire, dans sa chaire vive et brute. Enfin, l’écriture en est agréable et simplifie la lecture d’un livre riche, complexe et touffu.

L’ouverture des archives d’une famille aussi « en vue » que le sont les « Lazard » n’est jamais un exercice facile, ni pour la famille, ni pour l’heureux élu. Mais, tout au long de l’ouvrage, on sent que ce ne sont pas seulement des bouts de papier qui ont été livrés à la curiosité et à l’étude de Guy de Rougemont. Des discussions, des échanges et des rencontres se sont joints aux écrits et aux lettres et nous donnent ce livre vivant et chaleureux.

Les relations, descriptions abondent qui touchent à la vie concrète, pratique de ces économies en fondation et en transition en Europe puis en Amérique :  les Allemagnes encore dans l’esprit de l’Empire Romain Germanique; en Amérique, les espaces en gestation, l’ancienne Louisiane où la Nouvelle Orléans fait figure de mutante tant est rapide sa transformation dans les premières années du XIXème siècle ; San Francisco et la Californie, chaudron fumant comme d’un métal en fusion. Tous ces lieux où, dans le commerce et le colportage, dans l’aventure et le risque des nouveaux horizons, se forge une famille de banquiers.

Au sein d’un univers chaotique, violenté par de si nombreux conflits mais aussi par l’émergence de nouvelles techniques, de nouveaux champs d’action sur le plan géographique et humain, Guy de Rougemont campe bien, l’approche adaptée et flexible du Clan Lazard-David Weill et dénoue  avec justesse les fils et la trame de leur histoire entre Ancien et Nouveau Monde. Banquiers d’affaires, à un moment tenté par la Banque de dépôts, constituant non pas une multinationale de la finance mais un réseau familial de travail, de concertation et d’action, « Lazard Frères » révèle une philosophie très humaine des relations financières. Décentralisations, délégations, confiance et gouvernance sont les clefs du fonctionnement des trois pôles du « système » : New-York, Paris et Londres. L’auteur nous saisit de moments forts, la division entre « pro-Axe » et « pro-Allies » parmi les banquiers américains durant la première Guerre Mondiale, et aussi de moments étonnants, ainsi du trucage des comptes de la Banque de France par ses Régents pour dissimuler le niveau de ses émissions de billets.

Il est aussi arrivé des échecs, des déceptions et des revers de fortune. Des associés en nom sont directement exposés, les pertes de leurs firmes sont leurs pertes patrimoniales. Tout cela est dit et bien écrit. Faut-il des restrictions ?

 J’aurais apprécié des idées plus complètes et techniquement plus détaillées sur les méthodes des banquiers de cette époque et sur le savoir-faire de cette famille qui a traversé un quart de millénaire quand d’autres, qui avaient aussi des atouts, ont sombré. J’aurais aimé aussi qu’on parlât un peu plus de comptes, de méthodes de travail, de la compétition et de concurrence. Un deuxième tome peut-être? Couvrant la période 1939 à nos jours !


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