Attac, Le piége de la dette publique

Il faut dénoncer les banques et les dettes publiques illégitimes !


Une analyse stimulante des violences d’une finance au service  des plus riches s’achève dans des rêveries douceâtres  « sous contrôle citoyen » d’une Europe qui comprendrait le Français !

Critique du livre « Le Piège de la dette publique ». Par ATTAC aux éditions : les Liens qui libèrent. 9 euros.

La qualité de ce livre réside dans son analyse des origines des dettes publiques des pays développés et des situations surprenantes et inquiétantes qui en résultent. Informations clairement exprimées et de qualité ainsi que graphiques et tableaux, sont disposés à bon escient.

La dette publique est un piège. ATTAC, auteur de ce petit livre, en décrit les dangers économiques sociaux et politiques. On ne reprendra pas ici tout le travail fort intéressant de décryptage de la naissance, de la composition, des conséquences de la montée des dettes publiques et des coûts économiques et sociaux qui l’accompagnent. Fort intéressante est la présentation que les auteurs font de la situation actuelle où les pays les plus endettés sont les pays développés, les pays riches quand, à l’inverse, les moins endettés sont les pays en voie de développement et les pays émergents.  Cette situation doit-elle être rapportée à la crise de 2008 ? A-t-elle des origines plus anciennes ?

Pour résumer la position des membres d’ATTAC, les pays endettés, c'est-à-dire les pays les plus riches du monde se retrouvent dans cette situation pour trois raisons : la victoire du modèle libéral anglo-saxon et la disparition d’une gestion volontariste des grandes composantes de la vie économique et sociale; la financiarisation des économies et la dictature des marchés, en lieu et place d’une régulation démocratique des flux financiers et bancaires ; et la prise du pouvoir économique mondial par les banques, financées dans des conditions incroyablement avantageuses quand, dans le même temps, elles imposent des taux très élevés à leurs débiteurs.

Niches fiscales, baisses des impôts sur le revenu ou les bénéfices, ont coupé les recettes possibles. La suprématie des marchés financiers est venue se substituer au financement sous contrôle public orienté par des critères d’intérêt général. La victoire, dans une forme de lutte des classes qui n’est pas exprimée, des catégories les plus riches et des détenteurs du pouvoir économique est celle du capitalisme financier au détriment des plus pauvres.

C’est une constante de cet ouvrage que de montrer que le monde s’est mis sous la houlette des banques et que leurs abus ont conduit à l’endettement faramineux des Etats. Pire, les banques qui ont tendu leurs sébiles pour que les Etats leur sauve la peau ont mordu la main de leur sauveur et profité de son argent. « Depuis 2008-2009, les banques privées ont accès auprès des banques centrales à une ressource très peu coûteuse… la majeure partie leur permet de spéculer…matières premières, aliments…».

Pour ATTAC,  les pays très endettés ne pourront pas faire face à leurs dettes et les rembourser. Les plans successifs mis en place pour la Grèce, ceux qui ont été entérinés pour l’Irlande et le Portugal, ont permis de sauver « la mise » des grandes banques et des assurances, ils ne pourront être respectés que sur fonds de misère et d’explosions sociales.  Et ATTAC de questionner : pourquoi imposer pareils sacrifices aux populations ? Quels mérites ont ces investisseurs et ces banques qui détiennent les dettes souveraines ? Aucun ! Au contraire leur action a été néfaste et s’est traduite par l’accumulation d’une dette indue et illégitime.

A ce stade du raisonnement que le livre commence à prendre une tournure intéressante. ATTAC introduit, par opposition à l’aveuglement et à la cupidité qui sont intrinsèques au fonctionnement et aux objectifs des marchés financiers, l’idée que la finance irresponsable doit être punie. Les pays du nord sont endettés car ils ont laissé les marchés de l’argent se libéraliser et les banques déployer leurs séductions. Une part considérable des dettes souscrites sont superflues, inadéquates et illégitimes. Un audit mené « sous contrôle citoyen », montrerait que les Etats se sont endettés pour compenser les baisses d’impôts profitant aux plus riches.

Puisque la dette des Etats est un piège au sens où ils ne pourront pas y faire face, puisqu’elle a été souscrite sans considération de l’utilité sociale des fonds levés, les politiques de redressement devront frapper fort ! Et d’abord, elles devront revisiter l’ensemble de l’endettement public, pour identifier la part des dettes illégitimes, anormales et excessives. Celles qui n’auraient pas dû être souscrites seront ainsi annulées, répudiées.  Les responsables qui les ont laissées passer seront poursuivis et aussi les Banques qui ont failli à leurs missions de conseil et ont stimulé l’endettement au lieu de le décourager : « Il faut restructure les dettes publiques en Europe. Celles–ci sont largement illégitimes ».

Pour compléter le dispositif de « contr’ATTAC », « il faut enfin, non pas rassurer les marchés financiers mais leur briser les reins… » les auteurs listent toute une série de condamnations et d’interdictions dont celles « d’un certain nombre de transactions financières …. » . On ne s’étonnera pas d’y voir les CDS et les ventes à découvert ! Surtout, le mal étant venu des banques et de la liberté d’action que des politiques de libéralisation irresponsables ont débridée, il faut les remettre dans le droit chemin.

« Ce n’est pas la dette qu’il faut socialiser mais les banques ». Bien sûr ce devra être fait sous « …contrôle démocratique » et, comme il faut dire les choses nettement, en cas de nécessité, on n’hésitera pas à « mettre en faillite les banques les plus endettées sans indemnisations des créanciers et des actionnaires. »

Comme les rédacteurs d’ATTAC savent que nous vivons dans un monde fini et, en particulier, dans l’univers européen, il n’est plus question d’initiatives franco-françaises, à la franchouillarde, et de répéter les « grandes nationalisations démocratiques » d’il y a 30 ans quand on gérait l’économie en regardant dans le rétroviseur.  Il faudra promouvoir une politique européenne. Une vraie politique Européenne, c’est à dire aux antipodes d’une zone euro conçue comme « une grande Allemagne bien gérée ». Il faudra « mettre en place une politique économique et sociale au service des populations », lancer  « ….un pacte pour l’emploi et l’écologie » et autoriser la « … création monétaire par la banque centrale par monétisation des déficits budgétaires lorsque ceux-ci seraient nécessaires ».

Au fond, la grande idée-remède d’ATTAC pour se défaire du « Piège de la dette publique », c’est de réinstaurer le système économique français tel qu’il s’est déployé de 1945 à 1975, en le généralisant à l’ensemble de l’Union européenne. La condition de départ étant de bannir les dettes publiques illégitimes et de soumettre les remboursements de celles qui auraient été graciées à un « contrôle démocratique et citoyen ».

 

 


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