Hughes Lebret, NO BANK ou comment germent les révolutions

No Bank

Auteur Hugues Le Bret

Editeur les Arènes

C’est, dit l’auteur, « l’incroyable histoire d’un entrepreneur de banlieue qui veut révolutionner la banque ».

Cette phrase sur la première de couverture ? Pour attirer le chaland ? Un teaser ? Le propos se détache sur fond d’enseigne de « tabac », la célèbre carotte. Tout en rouge. Quel rapport entre le tabac et la banque. Apparemment, s’il faut en croire le propos d’invitation à lire, aucun, sinon conflictuel puisqu’il s’agit de « révolutionner la banque ».

C’est un bouquin bien fait. Qui se lit bien. Qui percute comme il faut et qui a le très gros avantage de dire bien les choses qui font mal et de dire juste les choses qu’on aimerait voir aller dans le bon sens, sur le plan humain, social, économique.

Dans ce livre, trois histoires : histoire de deux destinées que tout opposait. Histoire d’un projet qui rassemble ces deux destinées.

L’auteur, Hugues le Bret, c’est son nom dans la vraie vie, a fait un parcours de haute volée. Banquier. PDG de banque. Il a été journaliste. Il n’a rien à demander à l’existence sinon un peu plus de pouvoir, un peu plus d’argent, un peu plus de relations « haut placées ». Un jour, son passé de journaliste ? son goût pour les histoires vraies ? le sentiment que les connivences et les sous-entendus entre membres du « même monde » sont des étouffoirs de vérité ? Peu importe ! En tout cas, ce jour-là, il décide d’écrire « tout sur l’affaire Kerviel » : le jour où Jérôme Kerviel a failli faire sauter le système bancaire mondial. (les Arènes).

La vérité a un goût de sel et d’amertume. Il l’apprend à ses dépens. En d’autres termes « on » lui fait comprendre que c’est bien beau de dire les choses comme elles sont et non pas comme on souhaiterait qu’elles fussent. Mais, ça ne se fait pas. Il est « sorti » de son job de PDG.

Il va découvrir que « PDG un jour », ne rime pas du tout avec « PDG toujours ». Il va découvrir la solitude des « débarqués », des « chômeurs ». Il va découvrir qu’il n’est plus grand-chose et que remonter la pente supposerait non pas qu’on la savonne mais qu’on la balise amicalement. Il va pouvoir chantonner « que sont mes amis devenus ». Ils sont aux abonnés absents.

Ça c’est l’histoire d’Hugues. Elle est très bien racontée. Très limpide et juste et sans trémolos inutiles. Elle est lucide tant sur lui-même et ses illusions que sur les autres, c’est-à-dire les amitiés illusoires.

L’autre partie de l’histoire c’est celle du type qu’il n’aurait jamais dû rencontrer : Ryad Boulanouar. Un algérien. Deuxième génération. Son histoire c’est celle d’une intégration. On peut la dire réussie sauf que quand il y a des contrôles dans la rue, et même s’il en costume cravate de cadre sup., c’est lui qu’on arrête et à qui on demande de s’expliquer !

Histoire d’un gosse de banlieue difficile. Histoire d’un gamin intelligent. Qui est propulsé par ses parents, par ses profs. vers des études supérieures. Qui devient un virtuose de l’informatique et qui trace son chemin dans l’univers informatique des banques.

Il est aussi créateur d’entreprise. Il a des projets plein la tête. Il en a un en particulier qui consiste à créer une entreprise de paiement. C’est une nouvelle catégorie définie par l’AMF. Son nom, « NoBank ». Ce qui en bon français signifie qu’on se passera des banques tout en vendant des services de paiement !

Les deux se rencontrent par hasard et se lient, l’un le Français de longue date, même s’il sent qu’il faut s’excuser en expliquant qu’il est juif, catholique, portugais et des tas de choses de ce genre, l’autre qui est français depuis peu, à qui on ne rate pas une occasion de le lui faire sentir et qui n’a rien d’autre à dire.

Leur aventure commune est une autre aventure : créer cette entreprise de paiement dont les points de vente seront les débits de tabac. Il s’agira d’ouvrir des comptes en banque sur le comptoir. Avec fourniture de documents scannés, numérisés etc.

Il faut lire cette aventure qui fera rire ceux qui se sont sorti des arcanes de la création d’entreprise ou qui attristera tous ceux qui croient qu’il faut avancer vite dans le renouvellement du tissu des entreprises. L’aventure est aussi passionnante en ce qu’elle met en scène tous les coups de semonce tirés à l’encontre des banques. L’explosion des techniques de paiement, de travail financier etc : paiements en ligne, paiements à distance, paypal, paiement par votre iphone, paiements alternatifs….

Enfin, l’aventure est riche d’enseignement sur ce qu’il faut d’opiniâtreté, de volonté, de courage et d’enthousiasme pour se lancer dans des secteurs où les grands pachydermes dominent. Finalement tout se terminera bien, c’est-à-dire par la création et le lancement d’un projet approuvé par l’AMF et supporté par une bande d’investisseurs audacieux.

C’est le dernier aspect de cette aventure qu’il faut mettre en valeur : les investisseurs dans cette opération de capital risque ne seront pas les « institutionnels » mais tout un ensemble de chefs d’entreprises qui ont créé leurs « boîtes » contre vents et marée et ont réussi leurs lancements.  Maintenant qu’ils ont de l’argent, ils sont prêts à faire pour ceux qui se lancent ce qu’on n’a pas fait pour eux ?

A lire, instructif, utile, sympathique et bien écrit.


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