Michel Dévoluy, L'Euro est-il un échec?

L’Euro est-il un échec ?

LIVRE DE MICHEL DEVOLUY

L’accord auquel les pays européens ont abouti devrait laisser penser, que ce petit bouquin, est passé à côté de sa cible. L’Euro n’est pas encore un échec. On peut aussi se laisser aller à penser que plus il dure, moins il a de chance de repartir en morceau. S’il a fait peur, si on en est venu à lui faire tous les reproches et surtout celui d’avoir ravagé les différences nationales, ruiné les exceptions européennes d’ici ou de là, et désespéré, en même temps la veuve de Carpentras et la ménagère de Dusseldorf, il apparaît néanmoins que sa disparition programmée prenait l’allure d’un cataclysme.  Pour citer une formule à la mode : son échec aurait été « un véritable Tsunami ».

Le livre de Michel Devoluy a été à mon sens victime d’une politique éditoriale « event driven ». Le directeur de la collection a suggéré de trouver un titre qui « pète », qui « accroche ». Il s’agit d’attirer le lecteur que Diable ! Je le pense car ce bouquin c’est tout sur l’Euro, sauf la « chronique d’une mort annoncée » ou « les Euro sont fatigués». Il s’agit là d’un livre d’information complet. A jour. Et bien écrit sur l’euro, sa naissance et sa vie (encore courte) et complètement mis en situation.

Les doctrines sont passées en revue et contextualisés: le fameux triangle d’incompatibilité, l’ordolibéralisme allemand, les théories sur la notion de monnaie commune d’Anconi. Celle du fonctionnalisme monétaire.  L’analyse et les commentaires de Michel Devoluy sont  justes et surtout pertinents en ce qu’ils montrent que la naissance de l’Euro, c’est tout sauf un automatisme et l’application de règles économiques à prétention scientifique. Il y a dans la décision d’aller vers l’Euro, non pas simplement un lyrisme de la construction européenne mais des idées très fortes qui ont circulé et qui tournent encore. Idées pas seulement économiques, comme la notion de zone monétaire optimale,  mais aussi idées sur la monnaie en tant vecteur non seulement d’intégration économique mais aussi d’intégration psychologique et sociale très forte.

L’Euro nous dit l’auteur est une aventure politique, économique et sociale qui n’a pas d’antécédent …réussi. Il fallait de fortes personnalités pour l’assumer. C’est un processus politique qui s’inscrit dans un contexte déjà posé de mise en cause des souverainetés nationales. Ce n’est pas le point d’orgue de l’Union Européenne, c’est son moment critique, ce qui va faire basculer l’Union dans un univers nouveau où l’intégration va entrer dans une phase quasi-révolutionnaire : les gouvernements abandonnent en effet des pans entiers de leur autonomie. Ils ne pourront plus mener de ces policy mix qui ravissaient les observateurs de la vie économique. Ils vont perdre aussi leur droit de seigneuriage. Ils n’auront plus leur mot à dire sur la valeur de la monnaie, ni sur les taux d’intérêts. On verra même que dans la détresse, ils ne peuvent pas faire grand-chose pour restaurer la liquidité bancaire. C’est la Banque Centrale Européenne qui est à la manœuvre.

C’est donc dans un contexte de libéralisme économique que l’Euro est né. A ce moment très particulier de l’histoire de l’Europe où la chute du communisme ayant discrédité toute action étatique, le moins d’Etat, le plus de liberté, la suppression des carcans administratifs aux activités bancaires et financières ont balayé tous les vieux obstacles hérités des dirigismes de tout poil hérités de l’après Seconde Guerre Mondiale. L’euro est né avec l’esprit que si les mécanismes économiques sur lesquels les européens se sont mis d’accord jouent librement alors, il induira spontanément le mouvement vers l’Europe Fédérale, première puissance économique mondiale et démonstrateur gigantesque de la valeur exceptionnelle que revêtent  la volonté de paix et le choix de la collaboration entre Etats.

L’euro a réussi sur biens des points et dans des conditions exceptionnelles. Mais, il y a des ombres dans ce tableau. A de certains endroits-clés.

Les ombres au tableau ne datent pas vraiment de la crise de 2008. La politique monétaire menée par la BCE a bien atteint son objectif en matière d’inflation. Mais la croissance économique de l’ensemble de la zone euro a trainé lamentablement. Le chômage est resté dans beaucoup de pays à un haut niveau. A cet égard la conception d’emblée très Allemande du rôle de la BCE et de la politique monétaire n’a pas permis de très grandes avancées dans le domaine économique.  Les effets asymétriques dus à l’hétérogénéité des économies et des structures sociales de pays membres n’ont pas été suffisamment prises en compte. Mais surtout, souligne Michel Dévoluy, la Zone Euro n’était pas du tout prête au choc de 2008. Les institutions n’étaient pas configurées pour cela, il n’y avait pas de leadership ni de rouage adaptés. Il en est résulté ce sentiment d’indécision générateur de frustrations d’autant plus grande que l’Euro avait aussi échoué à procurer développement du PNB, diminution du Chômage et progression du pouvoir d’achat des européens.

C’est donc à marche forcée que l’Europe se reconfigure. Avec des batailles gagnées : la réorganisation de fonds en comble de tous les rouages de la supervision bancaire et financière. Avec des couacs dont les décisions unilatérales de certains pays de procéder à des réformes,  voire des tentatives de comportement solo comme en a montré l’exemple la Finlande. Et puis, il y a et il y aura selon Michel Dévoluy les reniements, la lassitude, les tentations du pire dont celle qui est contenue dans cette seule phrase « l’Euro est un échec ». Sans point d’interrogation.

A lire absolument.

 


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