Thomas Porcher, L'Indécence précède l'essence.

 

Les armes de la puissance pétrolière : y a-t-il un « Total Scandale » ?

Thomas Porcher

« L’indécence précède l’essence » enquête sur un total scandale.

Max Milo éditeur.

Un livre débat. Un livre pour le débat. Il tombe à pic. Tant de choses sont dites en ce moment sur l’argent des riches, sur l’argent qui domine, sur les bénéfices qui s’évaporent quand les impôts pointent leur nez. Il est utile que des sachants osent s’exprimer, quitte à bousculer un peu le monde convenu des secrets de polichinelle et de nos champions dont il ne faut pas troubler les œuvres.

C’est ce que vient de faire Thomas Porcher avec un livre bref, organisé comme un dossier « contentieux » et efficace comme une plaidoirie découpée en « controverses ». Huit « controverses » se succèdent, se combinent et s’appuient pour dire qu’il y a un «Total Scandale » et, jouant sur les mots célèbrement sartriens, proposer cette idée que « l’indécence précède l’essence ». « Si ça permet de vendre » pourquoi pas ! Disons-le directement : le livre vaut mieux que le jeu de pensée et de mots de son titre.

On n’entrera pas dans le détail des controverses. L’auteur le fait très bien. Il documente ce qu’il énonce. Il connait ses chiffres et, parmi ceux-ci, ceux de Total. Le livre est enserré entre deux remarques qui en font la justification morale et la raison d’être technico-économique. Partant de la crise du raffinage en France et sachant que Total est notre champion national de la production pétrolière, est mise en valeur la faible contribution de cette grande entreprise à l’emploi industriel national. On a envie de dire : « au contraire ». Evidemment, Total en France, ne produit pas de pétrole. Pour autant, Total dominant le marché français du pétrole à la pompe, c'est-à-dire de l’essence, a curieusement négligé la reconnaissance « du compte d’exploitation » qu’elle devrait avoir du fait de son accès exceptionnel à un des grands marchés européens. Total, s’est gardé d’investir dans le raffinage, seule industrie ouverte à un pays sans pétrole mais avec beaucoup de consommateurs. Total ne s’est pas investi ni n’a investi dans la production du seul carburant qui se développe vite : le gas-oil. La société a préféré même c-investir avec des pays producteurs dans des raffineries et, par le fait même, ajouter au coût de l’importation d’une matière première essentielle, les coûts de transformation à l’étranger de cette matière première.

En fin d’ouvrage, c’est non pas simplement à l’égard de la France que l’auteur s’émeut de la toute-puissance de Total. C’est de responsabilité qu’il est question à l’égard de la plupart des pays producteurs : on voit bien qu’ils n’ont ni la puissance, ni le savoir des compagnies exploratrices et productrices ; on voit bien qu’il y a une inégalité considérable devant l’accès à la compétence et à l’information. Cette inégalité se traduit en ressources perdues pour les faibles, c'est-à-dire en bénéfices supplémentaires pour les forts, les compagnies. Total n’est plus seul dans la ligne de mire de Thomas Porcher. Les collègues de notre champion, ne sont pas de reste. Ils sont mêmes parfois de connivence.

« ….alors qu’il suffirait de 100 dollars par personne pendant 10 ans en investissements sociaux dans un pays en bonne gouvernance pour sortir les pays de la pauvreté, on comprend… ».

Un grand thème qui ressort au travers de la présentation et des controverses de l’auteur de « l’indécence » est celui de l’inégalité entre les très grandes compagnies internationales et les Etats. Inégalité dans les compétences : les mots de l’auteur sont durs sur ce point. Et il a raison. Les forts, les puissants ceux qui peuvent manipuler des comptes d’exploitation par milliards de dollars, sont plus forts et plus puissants qu’un nombre important de pays producteurs. Les mots sont forts et ils font de la morale un critère de jugement économique : « (la) déloyauté  à l’égard des gouvernements des pays producteurs et des pays riches n’est plus acceptable… ».

Il dénonce les jeux, qui ne sont plus ceux particuliers de Total, mais ceux des firmes multinationales. On n’est plus loin, ici, du fameux ouvrage qui dénonçait les « sept sœurs ». Jeux faussés de la concurrence où les concurrents se combattent à fleurets mouchetés : l’un évitant de participer à un appel d’offre pour qu’un autre l’emporte au moindre coût. L’autre revendant à l’un une partie de ce qu’il a pu acquérir à moindre coût. Concurrence fiscale entre les Etats, qui sous couvert de justice locale, n’hésitent pas sur les cadeaux faits aux compagnies dont dépendent leurs budgets souverains.

« …il faut être bien naïf pour penser que ces compagnies se mènent une concurrence féroce ».

Progressivement l’auteur fait évoluer sa démonstration vers des sujets beaucoup plus vastes. Est-il bien logique que des compagnies puissent négocier avec des Etats dont chacun reconnaît qu’ils n’ont pas le début d’une compétence pour mener la négociation. Et de citer l’exemple de Sao Tomé-Principe (PNB 2008 : 0,11 milliards de dollars) dont l’incapacité évidente de négocier un contrat équilibré fut si caricaturale. On regrette un peu que l’auteur n’ait pas esquissé l’idée que certaines indépendances nationales pouvaient être le sous-produit de manœuvres n’ayant que peu de choses à voir avec le bonheur des peuples, mais ce n’était pas le sujet !

 Ce que, progressivement, son livre laisse entrevoir est la question de ces entreprises qui deviennent plus puissantes et plus riches que les Etats et parfois même les plus riches. De ces hommes qui sont devenus plus milliardaires en termes de capital et de revenus que certains des pays les plus développés de la planète. Alors, ceux qui sont pauvres !

« Sans coordination internationale des Etats imposant une fiscalité commune pour les compagnies pétrolières.. ». L’auteur à la fin de son ouvrage conduit vers une réflexion sur les puissances économiques privées.

 

 

 

Total menace les emplois directs et indirects du secteur du raffinage en ne réalisant pas les investissements nécessaires au maintien de la productivité  du secteur….

 

Citations


p.9 même la crise de la dette en Europe n’a pas réussi à faire baisser très lontemps les prix en dessous de100 dollars le baril.Un prix impossible à imagier pour total il y a à peine 10 ans quand les prévisions les plus élevées pour les 20 années suivantes ne dépassaient guère 25 dollars le baril.

 

L’idée des controverses

Première controverse, : les profits des compagnies pétrolières sont plus tirés par la hausse des prix du pétrole que par une augmentation de la production.

 

p.14 elles sont donc price taker c'est-à-dire qu’elles reçoivent le prix sans pouvoir excercer d’influence sur le marché… la demande de pétrole est inélastique, la hausse des prix n’entraine pas de baisse de la demande….( ????) ces dernières années la demande a même augmenté corrélativement aux prix…

 

P.15 les bénéfices des compagnies pétrolières dépendent donc plus des effets-prix que de la croissance de la production.

P.16 si la prévision de l’AIE s’était réalisée, total n’aurait jamais connu des bénéfices supérieurs à 10 milliards d’euros

P.17 total bénéficie d’une aubaine conjoncturelle

 

P21 ; une asymétrie dans la réponse des prix du carburant à l’évolution des prix du Brent.

P.24 La plus grosse part de marché revient à Total, avec 40% des stations, suivie loin derrière par Carrefour qui en posséde 10,3%... Une telle structure de marché est loin d’être « hyper-concurrentielle » : il y a un leader qui fixe les prix et, les autres les suiveurs, qui se positionnent en fonction de Total.

p.26 même si les compagnies décidaient de répercutger aussi équitablement les hausses que les baisses du prix du pétrole, le véritable probléme se trouve dans les délais de réaction.

 

Troisiéme controverse comment les compagnies sabordent leurs propres entreprises de raffinage

P30 lespertes s’expliquent par les importantes surcapacités de production du secteur du raffinage. D’un côté les raffineries françaises prduisent un surplus de produits pétroliers et de l’autre, on assiste à une baisse de la demande structurelle, notamment à cause de la production de véhicules plus léters et donc moins gourmands en carburant . A cela s’ajoute la crise actuelle qui compresse un peu plus la demande.

P32 total a investi en Arabie Saoudite dans la raffinerie de Jubail, qui permet de produire à coût faible en raison de la proximité avec les gisements, mais qui est surtout dotée d’un système moderne permettant d’adapter le ratio gazole/essence….

P35 le problème du raffinage français s’apparente donc plus à un « chômage technique du secteur », orchestré par les compagnies elles-mêmes.

 

Les compagnies pétrolières ne paient pas d’impôts dans leurs pays.

P 38 les sociétés du CAC 40 étaient taxées en moyenne à 8% sur leurs profits, contre 22% pour les PME.

 

P39 total a décidé de renoncer au BMC pour appliquer le régime fiscal de territorialité pour l’impôt sur les bénéfices.

 

P41 dans notre exemple, la filiale de Total au Congo vend les cargaisons de pétrole qu’elle récupère à une société sœur pour un prix très faible, lui permettant juste d’équilibrer ses dépenses.

 

P.42 déloyauté  à l’égard des gouvernements des pays producteurs et des pays riches n’est plus acceptable…..

 

P.42 Sans coordination internationale des Etats imposant une fiscalité commune pour les compagnies pétrolières,…..

 

 

P45, la plupart des pays pétroliers ne possèdent ni les moyens techniques, ni les moyens financiers pour exploiter leurs ressources pétrolières.

P48 ni le ministère des finances, ni le ministère du budget… n’ont une capacité suffisante pour prévoir les volumes de production et le niveau des revenus pétroliers.

P49 tricher sur la production est d’abord la manière la plus simple de frauder pour les compagnies pétrolières.

P52 Sao tomé et principe « signera peut de temps parés un contrat extrêmement désavantageux avec la compagnie ERHC….

 

P55 les compagnies pétrolières forment des collusions pour acheter les gisements moins chers.

P56 les compagnies n’ont pas intérêt à être en compétition…

P57 certes il faut engager des coûts pour organiser et coordonner les activités de la collusion, mais ils sont très faibles par rapport aux profits réalisés ensuite.

P59 total et shell detiennent encore en 2010 plus de 50% de la production du congo contre 90% il y a dix ans,…deux opérateurs principaux qui se partagent la majorité de la production d’un pays, il faut être bien naïf pour penser que ces compagnies se mènent une concurrence féroce.

P60 … notamment total..

P60 … la compagnie a-t-elle tout simplement respecté une règle de non participation à ces enchères en échange du désengagement futur d’autres compagnies sur d’autres enchères dans d’autres zones ?... total ne participe pas à la vente ce qui permet à Chevron de remporter le gisement rapidement et à un prix faible. Ensuite total lui rachète quasiment la moitié des parts d’exploitation…

P61 alors qu’il suffirait de 100 dollars par personne pendant 10 ans en investissements sociaux dans un pays en bonne gouvernance pour sortir les pays de la pauvreté, on comprend….

 

P66 les compagnies ne partagent pas équitablement avec les pays producteurs… du fait de la diversité des pays producteurs il existe différents types de contrats…

P72 les troubles que connaissent de façon récurrente le Tchad, la mauritanie ou d’autres pays producteurs- surotu parmi ceux qui n’ont pas une base démocratiques solide- sont d’être indépendants des modalités de partage de la rente pétrolière.

P77 le congo ne pouvant vérifier la qualité de son brut, ni l’existence réélle d’une décote a demandé une étude de marché à un cabinet indépendant. Celui a estimé que la décote sur le brut n’était pas le reflet de sa qualité intrinséque.

P78 l’Etat ne peut disposer de son pétrole que lorsque la compagnie a décidé de l’extraire…

 

 


Quelques ouvrages de Pascal Ordonneau

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La Désillusion, le retour de l'Empire allemand, le Bunker et "Survivre dans un monde de Cons".

"La bataille mondiale des matières premières" et "Les multinationales contre les Etats" sont épuisés. 

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