Vincent Dreuzet, Il faut faire payer les riches!

Il y a deux façons de faire de la politique, l’une qui dit son nom et qu’on trouve sur les marchés,  à la sortie des usines et des bureaux, et qui distribue des tracts : « Il faut faire payer les riches ! ». L’autre, qui consiste à faire semblant d’avoir réfléchi, au monde, à ses injustices et à la méchanceté des hommes et qui aboutit alors à un livre avec le même titre, mais avec des prétentions scientifiques et intellectuelles en plus.

Lisant ce livre, les imprécations de Danton me revenait en mémoire « ces prêtres, ces nobles ne sont point coupables, mais il faut qu'ils meurent, parce qu'ils sont hors de place, entravent le mouvement des choses et gênent l'avenir."

Et ça n’a pas raté, au beau milieu du petit ouvrage de MM. Vincent Dreuzet et Liem Hoang-Ngoc, les imprécations se sont progressivement substituées à de pauvres statistiques torturées dans tous les sens : «  Les riches ne servent pas à grand-chose surtout lorsque leurs revenus nourrissent les bulles financières et immobilières. Tout juste font-ils un peu tourner l’économie lorsqu’ils achètent des biens de luxe. Encore faut-il, ajouteraient les écologistes que le taux d’émission de CO2 des véhicules …. ».

Les riches ne servent pas à grand-chose…  je suis sûr que dans le camp des extrêmes il y aura quelqu’un pour dire que les pauvres ne servent pas à grand-chose : ils consomment peu, donc peu de TVA, ils sont exonérés, d’impôts sur le revenu… donc…

Malheureusement, l’intégralité du livre de MM, Vincent Dreuzet et Liem Hoang-Ngoc est sur ce ton. Les riches ont « leurs valets  qui mettent beaucoup de zèle à reformer le régime des retraites » et, pour montrer l’horreur de la situation, « spéculent désormais sur les dettes publiques ».  En plus, les riches seraient sots ! Ils se délocaliseraient fiscalement alors que … « on passe sous silence le nombre d’étrangers qui s’installent en France… il n’existe malheureusement aucune statistique sur le nombre d’immigrés qui deviennent fiscalement résidents en France, mais à l’évidence, certains paient l’impôt de solidarité sur la fortune. ». Y aurait-il là une sorte d’humour noir ?

C’est que les principes sont un mode de raisonnement extrêmement puissant pour nos deux auteurs, qui après avoir fait dire aux chiffres ce qu’ils n’ont jamais voulu dire (mais il n’y a pas de ligus protectrice des chiffres et des statistiques), recherchent les principes qui évitent, ou de réfléchir ou, surtout de démontrer. Ainsi nous assène-t-on que « L’impôt est le meilleur moyen d’écrêter les revenus indécents quelle qu’en soit la nature… »… étant entendu qu’un revenu indécent est un revenu de riche ! Il y a des principes essentiels :« en principe, le mode de financement privilégié d’un système de santé accessible à chaque citoyen ….est l’impôt progressif ».  En principe…. les riches ne s’occupent pas de la « la santé des gueux » etc.

Au fait, les riches, qui sont-ils ? Là, il y a de la part de notre Binôme un petit travail intéressant qui part de Bourdieu, pour le laisser très vite en chemin, le malheureux n’ayant pas compris que ne sont pas riches les acheteurs de « pavillon Bouygues ». Et puis, il y a une grande hésitation. Ils établissent une liste des cinquante familles les plus riches. A ce stade, on a du mal à comprendre où est la cette perversion de l’économie moderne puisqu’elle conduit à la destruction des riches. Il y a trois-quarts de siècle le Front Populaire avait identifié deux cents familles…. En fait, la question n’est pas là. La liste c’est pour plus tard, quand la Gauche aura gagné. Il y a toujours des listes lorsque les extrêmes prennent les rênes du pouvoir.  Le vrai sujet, ce n’est pas de savoir qui sont les riches, mais combien il en faudrait pour que les faire payer rapportent un peu d’argent.  Les deux auteurs pataugent un certain temps entre 5800 personnes ou bien 350000 foyers et à la fin, à la question « combien faut-il de … ?».  vient la réponse : « il en faut un certain nombre ».

Quand même, il y a quelque chose de rigolo dans ce bouquin : «  il faut faire payer les riches »… mais on ne sait pas trop bien pourquoi ! Heureusement, il y a là aussi quelques principes solides et bien sentis qui permettent à nos deux auteurs d’expédier la question idiote de la destination de l’argent « L’augmentation de la part des dépenses sociales  n’est pas un mal en soi, dans un monde de progrès surtout si ces dépenses engendrent un effet bénéfique sur le « capital humain ». Pareille désinvolture est rare. Et même un ultra-libéral un peu illuminé n’oserait pas penser que les dépenses sociales ne sont pas « un mal en soi ! ».  Mais  était-ce le sujet  du bouquin ? tout le monde sait qu’il faut de l’argent dans « L’objectif de financer toutes les dépenses universelles (dépenses sociales incluses…) ». C’est quoi « les dépenses universelles » qui ne sont pas nécessairement sociales ? « it’s non-economics ! stupid ! ».

A l’arrivée, il y a quand même une ou deux bonnes choses : supprimer les avantages fiscaux pour les DOM-TOM, par exemple… mais pas pour la Corse ! Et puis des remarques bien senties sur la Zone Euro et sa conception de l’équilibre des finances. En tout cas, les Grecs, les Portugais, les Irlandais et les Américains ne pourraient que se féliciter de la réussite de ce programme, nos duettistes insistant sur un autre point de principe « Le camp du progrès ne doit pas être obsédé par la dette publique ». On voit bien à ces mots que les deux auteurs sont des réalistes : en 1982, les caisses étaient pleines, on pouvait y aller franchement… et on continue de le payer. En 2012, elles sont vides »….  Alors, comme les chamans pour faire pleuvoir, il y a des incantations «  les Etats (d’Europe) doivent pouvoir emprunter les ressources … pour rétablir le plein emploi ».  l

A la fin, ils font très forts : ils passent le ballon à la bande à Barroso.

 


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