Don Thomson, "l'affaire du requin qui valait 12 millions de dollars"

En novembre dernier, je rédigeais une chronique sur un excellent ouvrage, «  Peinture et société à Naples du XVI-XVIIIème siècle : Commandes-Collections-Marché ». J’y indiquai que l’ouvrage était non seulement un remarquable exposé sur l’art tel qu’il pratiqué à Naples, mais aussi une description du marché mondial de l’art qui me paraissait étonnamment contemporaine.

La chronique que je propose ici porte sur un ouvrage contemporain qui traite du marché de l’art contemporain. Il part de l’étonnement provoqué par la vente pour 12 millions de Dollars du fameux requin de Damien Hirst (un vrai requin, taille naturelle, conservé dans du formol) par l’un des plus célèbres collectionneurs du monde : Charles Saatchi.

L’auteur passe en revue l’ensemble des éléments constitutifs du marché de l’art qui retentit de nos jours de dizaines voire de centaines de millions d’euros ou de dollars pour des œuvres qui laissent souvent pantois et estomaqués même les observateurs les plus aguerris.
Le marché de l’art ce sont d’un côté des producteurs, les artistes ; des produits, les œuvres d’art ; des opérateurs, les acheteurs privés ou publics, les vendeurs marchands ou collectionneurs ; des places de marchés, les grandes maisons d’enchères…ce sont des prix qui sont maintenant à des niveaux tels, selon l’auteur, qu’un marchand ne pourrait se lancer dans la commercialisation haut de gamme aux Etats-Unis, sans disposer d’un stock d’œuvres de Frank Stella, Jasper Johns et Roy Lichtenstein, soit une mise de fonds initiale dépassant largement les 150 millions de dollars !
Est-ce pour autant un marché considérable ? Les sommes traités unitairement pour des œuvres de Damien Hirst, Andy Warhol, Jeff Koons etc. conduisent-elles à des flux impressionnants de milliards de dollars ? Pas autant qu’on pourrait le penser ! En tout cas pas plus que le chiffre d’affaires mondial d’Apple : une vingtaine de milliards de dollars !

Don Thompson décrit les chausse-trappes comme les techniques de formation des prix sur le marché de l’art contemporain. Il les met en rapport avec la pratique des « grands artistes », ceux qui font les « unes » des journaux. Il en décrit les acteurs institutionnels, musées et fonds d’investissement. Et présente ces deux intervenants mythiques que sont les Grandes Galeries et les Grands Collectionneurs.

Vous intéressez-vous à ce marché comme un support d’investissement ? Soyez prudent, l’auteur nous rappelle qu’ «  on estime que pour un Pollock passé par l’atelier de l’artiste, dix faux Pollock sont accrochés aux murs ». Le marché de l’art contemporain est encombré de faux Hirst, Koons, Warhol ! Est-ce si étonnant ? Ces trois artistes ont mis en place des « factoreries » et, parfois, ne font que signer les œuvres élaborées par leurs assistants. On avait décrit aussi cette situation au XVIème siècle et au XVIIème quand fonctionnaient à plein régime les grandes fabriques Napolitaines et Vénitiennes produisant des centaines de tableaux sous l’égide d’un grand maître). 

Vous êtes sûr de votre choix ? Prenez garde que le prix de l’art contemporain est sujet à variation tout comme une vulgaire action : « d’un indice 100 en juillet 1990, le marché est tombé à 45 en 1993 et il est resté à ce niveau jusqu’en juillet 2001 ». Et l’auteur de nous rappeler qu’il en est des peintres comme des entreprises, le succès peut être suivi d’échecs et de déconfitures. Les artistes « oubliés » ne voient même plus leurs œuvres sur un marché d’enchères ni a fortiori dans les galeries. Ils sont « brûlés ». Ils sont passés de mode.

Vous persistez, et vous voulez vous décider pour une acquisition ? Quoi acheter, auprès de qui ? Dans quelle gamme ? Commencer par une œuvre bon marché ? Réponse immédiate « …définitivement non : l’investissement n’est pas bon. Achetez une œuvre peu cher si vous l’aimez et si vous voulez vivre avec, mais n’espérez pas qu’elle prenne de la valeur. … ».
Une œuvre coûteuse ? Mais « le clown au singe de Picasso, vendu en 1989 2,4 millions de dollars chez Sotheby’s, se revendit 827 000 dollars en 1995 » ! Pour bien faire, il convient, comme dans le capital investissement, comme Charles Saatchi, de constituer un portefeuille…au bout de dix ans, avec un peu de jugement dans le choix des œuvres, les pertes (les croûtes !) seront compensées par quelques bonnes ventes. Une ou deux ventes exceptionnelles donneront le bénéfice…

Donc, il ne faut pas se tromper. Don Thompson insiste sur la nécessité de se former et de s’informer et de choisir en fonction de compétences qu’on a acquises et des moyens dont on dispose. Cela ne vous rappelle rien ?
Enfin, auprès de qui acheter ? Les galeristes font les réputations comme aussi bien les grands collectionneurs. Les produits ne sont pas si nombreux , les acheteurs institutionnels se multiplient avec la création intensive de musées partout le monde, aussi les galeristes réputés établissent-ils des listes d’attente. Vous pouvez aussi reporter vos achats sur les salles de vente… Don Thompson y consacre d’ailleurs des pages en remarques et en conseils.
En Résumé : passionnant, vivant, parfois drôle, souvent inquiétant, un livre riches et fournis en informations tant qualitatives que quantitatives.

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