Bernard Vidal, "Le galeriste"

 ou « les nouveaux caractères », une plongée au sein du marché de l’Art.

Le Galeriste  ou « les nouveaux caractères », une plongée au sein du marché de l’Art.

 

Bernard Vidal, un jour, il y a près de 25 ans, s’est lancé dans un projet un peu fou : créer une galerie, sans référence, sans antécédents familiaux, sans rien que la passion pour l’art qui l’animait depuis longtemps. Il raconte cette aventure dans le livre dont on fait la chronique ci-dessous : «Le Galeriste». Fait des souvenirs de moments forts ou émouvants, le livre de Bernard Vidal n’est pas une autobiographie. Ce sont des «caractères» qui, touche par touche, illustrent une vie de galeriste. 

 

 

Le Galeriste par Bernard Vidal,

Editions d’Art, Somogy.

 

 

Il m’avait vraiment épaté. Il avait un boulot de type sinécure dorée dans un univers presque culturel. Il n’était pas très loin du «pouvoir», divinité à laquelle il avait sacrifié une part significative de sa jeunesse et de ses études. Il avait tout ce qu’il faut pour mener une vie ambitieuse. Il envoya promener tout cela un jour, après mûre réflexion, décidant d’un changement radical de trajectoire pour se retrouver sur une route sinueuse entre montagne, désert et incompréhensions mondaines. Il lançait une galerie : il découvrirait des artistes, vendrait leurs tableaux, il bâtirait une façon de voir, il formerait des collectionneurs, conseillerait des acheteurs, verrait loin et souquerait ferme.

 

Bernard Vidal avait lancé une galerie «from scratch». Lancer une galerie pour vendre des choses, des objets, des rêves dont personne n’a vraiment besoin, est une aventure incroyable. Opérer ce lancement à l’exact moment où le marché de l’art connaît une crise sans précédent dans un univers économique qui lui-même vient de rencontrer la première crise économique depuis l’après-guerre, ce n’est pas seulement audacieux, c’est grandiose. «Il fallait le faire ». Il l’a fait. Et ça a marché. Il a réussi à constituer, en roulant sur ce chemin à peine carrossable du marché de l’art, un portefeuille d’artistes de première qualité. Solides. Intéressants. Charmants parfois. Saisissants toujours.

 

C’est un peu de cette aventure qu’il livre dans un livre qui se lit d’une traite. Une aventure humaine, si humaine. L’art ce n’est pas franchement réductible à des plans à cinq ans ou des budgets prévisionnels. Trop humain. Alors, il a eu raison le Galeriste de raconter par portraits et caractères ce dont sa vie a été faite. Le Galeriste, dans cette série de petits récits, n’est pas dans l’univers des ventes à millions, il est dans celui, difficile des vrais collectionneurs et des peintres qui ne tonitruent pas. Il faut lire les dialogues entre le Galeriste qu’on confond avec un confesseur et ses collectionneurs dont on ne sait s’ils viennent à la rencontre d’une œuvre ou d’un peu de chaleur humaine. Il a bonne mine, le Galeriste, lorsqu’il a fait percer un jeune artiste qui lui claque ensuite entre les doigts pour aller vers des « galeries de renom ». Il lui faut beaucoup de sérénité aussi pour éconduire les artistes du dimanche ou l’artiste dont la passion est de représenter des pénis hyperréalistes, grandeur nature ou priappiques.

  

Il découvrira progressivement les coups fourrés et les coups durs. L’argent dont on voudrait éviter qu’il devienne une obsession mais qu’il faut bien aller chercher quand le collectionneur, parti avec une œuvre «à l’essai», ne veut plus la rendre et devient injoignable. L’argent qui vient d’une note critique donnée par la bonne personne à la bonne œuvre et le critique dont on ne veut pas imaginer qu’il est animé par d’autres intentions que celles de la passion pour l’art, l’artiste et les œuvres.

 

Quoiqu’il en soit de la réputation sulfureuse de certains acteurs ou de certains marchés, Bernard Vidal ne nous entraîne pas dans des enquêtes policières ou des récits d’arnaques de petite ou de grande envergure. Le Galeriste donne à savourer des moments de joie pure, de rencontres lumineuses et de découvertes hasardeuses. Il raconte les pudeurs de collectionneurs, les désirs d’art et les personnalités qui se découvrent au rythme de leurs achats.

 

Si on est un collectionneur, il faut le lire, c’est un miroir qu’il nous tend. Si on est un simple spectateur, il faut le lire parce que le charme est là, dans les histoires, dans l’écriture, toujours maîtrisée et fine, ainsi que dans la musique à la fois douce et fragile, et forte et violente, celle d’une passion : «être Galeriste». 

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