Nicolas Baverez, Après le Déluge

Critique du livre « Après le Déluge »de Nicolas Baverez. Première édition 2009, réédité en début 2011, chez Perrin dans la collection Tempus.  « Il n’y a eu ni grande récession, ni grande dépression, mais il reste une grande crise…. »

Comment rédiger la critique d’un livre dont on a simplement envie de dire : achetez-le vite ! (Si vous ne l’aviez déjà fait). Voulez-vous une analyse et une synthèse complètes de ce qui, dans le monde économique et dans le monde social, secoue notre planète ? Cherchez-vous à comprendre ce qu’est un Tsunami économique et quelles sources d’énergies vitales et culturelles il a balayée ? Achetez-le vite !

Nicolas Baverez a livré ici non seulement un livre d’économie, mais aussi une méditation sur le monde auquel nous appartenons. Il évite les tentations « localistes » qu’affectionnent de nombreux économistes français et étrangers, prétendant que l’espèce humaine aspire au retour vers les conforts des petits ensembles. Quand on ne sent plus capable de grimper vers les sommets, il est toujours des esprits pour faire l’apologie du petit et du minuscule, de la « terre (qui) ne ment pas », du temps ralenti et du doux murmure des épis de blé qui poussent.

C’est de mondialisation qu’il est question ici et d’une crise mondiale.

Nicolas Baverez pose d’emblée le décor dans lequel le drame s’insère : « L’esprit « principe » du XXIème siècle réside dans la mondialisation. Elle mêle l’universalisation du capitalisme, l’émergence d’un monde multipolaire, l’hétérogénéité des valeurs et des institutions enfin. Loin de mettre fin à la mondialisation, la grande crise qui a débuté à l’été 2007, a joué le rôle d’accélérateur de l’histoire, en précipitant la montée en puissances des pays émergents et le déclin du monde développé. »

L’analyse des causes de la crise qui a éclatée en 2007 est faite de main de maitre : rappelant le mot de Greenspan « Rien dans la régulation fédérale ne la rend supérieure à la régulation des marchés » Nicolas Baverez décrit le monde sans régulation, sans contrôle et sans risque né dans la foulée de l’effondrement de l’Empire soviétique. Depuis les Etats-Unis, où toutes les règles héritées de la Grande crise (de 1929) ont été démantelées, jusqu’à l’Europe emportée sans retenue par la foi dans les marchés, une mondialisation sans retenue et une libéralisation de tous les échanges et de toutes les activités économiques, a mis à bas les parapets et les barrière de sécurité en même temps que les barrières douanières et les protections intérieures.

La marchéisation des économies occidentales, c’est d’abord le risque de crédit « en partie, sorti de la sphère bancaire ». La débancarisation des économies a transféré les financements depuis les banques vers les marchés  de capitaux,  depuis les institutions intermédiant l’économie vers une multitude d’acteurs non coordonnés, non régulés. Leur multiplication même a eu pour effet l’accentuation des volatilités, la réduction de toute capacité de contrôle des régulateurs, la diminution de la transparence des opérations et des opérateurs  et l’explosion des comportements contradictoires et irrationnels.

Si la «  mobilisation de la politique économique après Lehman Brothers … s’est révélée efficace », si la crise qui a éclaté en 2008 a été rapidement jugulée par l’intervention massive des Etats, réunis sous la forme du G20, s’il n’y a pas eu de récession profonde… il demeure une grande Crise.

C’est ici que le livre de Nicolas Baverez, écrit il y a maintenant deux ans (On penserait pourtant que prés de vingt années se sont écoulées !), est très percutant et très riche.

Quand Nicolas Baverez écrit que « Le capitalisme présente aujourd’hui les mêmes risques qu’à la veille de la crise, mais il a épuisé tous ses moyens de défense. » on a le sentiment qu’il est en train de rédiger son ouvrage à la lumière des évènements de ces derniers mois.  Il prévient très clairement que les crises bancaires sont longues et qu’il ne faut pas se faire d’illusion : leur impact sur l’économie réelle, sur les finances publiques est considérable. Ce ne sont pas en quelques mois, qu’il faut raisonner une sortie de crise mais en plusieurs années, 5, 10 années, peut-être 20 !

La mondialisation s’est accompagnée de mouvements de nature telluriques. Le déplacement du centre de gravité du monde vers le Sud, l’émergence phénoménale des pays comme la Chine et l’Inde, et de ceux qui appartiennent à l’ensemble asiatique, sont un défi que ni l’Europe, ni les Etats-Unis n’ont vraiment pris en compte. En tout cas, quand ils l’ont fait, ils ont prétendu continuer leurs politiques individualistes, autonomes et régionales, faites d’attitudes contradictoires avec leurs propres projets politiques. L’Europe, plus que tout autre ensemble politique, s’est montrée jusqu’à présent bien en-deçà du défi qui lui est lancé, dont le moindre n’est pas le déclin démographique qui lui fera perdre 54 millions d’habitants d’ici 2050.

La mondialisation est entrée dans les faits. Elle a apporté ses bienfaits à des centaines de millions de personnes.  Dans le même moment, la démocratie n’a jamais été aussi confinée entre quelques pays. Le pire étant que ces pays, les pays développés, sont ceux qui doivent réagir le plus fortement au risque de déclin et à celui de la marginalisation qui en est la conséquence. Nicolas Baverez montre bien que c’est aussi une des clefs du défi lancé à l’humanité : «  la démonstration a été faite que le marché ne pouvait se passer de réassurance politique ». Les pouvoirs politiques traditionnels, locaux, ou même nationaux, sont dépassés par les nouvelles puissances et la démocratie est en risque. « Rien ne serait cependant plus irresponsable que de se rassurer à bon compte ».

Faut-il une raison d’espérer ? Ce livre n’est ni une critique des  démocraties, des économies occidentales, ni un livre à la gloire de la Chine, de l’Inde et de tous les émergents réunis. Il dit simplement que le « moment du plus grand risque est aussi celui qui offre le plus d’espace au changement et aux réformes »….

Nicolas Baverez en appelle au courage politique (genre humain et mondialisation contre rétrécissement et renfermement), à la lucidité (raison contre peur) et à l’éthique (aveuglement des marchés contre juste répartition des richesses)…. Il appelle les pays occidentaux , en particulier, à l’action, citant Périclès « ceux-là  qui, peuples ou particuliers, résistent le plus énergiquement à l’adversité, avec tous les moyens de la pensée et de l’action , sont assurés d’être les premiers ».

 


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