Chronique de "Soumission" par Sonia Bressler

nota bene: on trouvera des citations tirées de "Soumission" en suivant ce lien. 

Flammarion Éditeur


Entrons dans l’arène. Un soir d’hiver, j’allume la télévision. Là, j’assiste médusée à un débat sans auteur autour du livre « Soumission ». Je m’interroge est-ce une scène d’une pièce de Pirandello ?  Non évidemment, les commentateurs jouent leur rôle d’amplificateur de commentaires. Je n’avais ni besoin de voir, ni d’entendre pour savoir que j’allais lire le dernier Houellebecq. 

Puis il y a eu la tragédie de Charlie et la perte d’amis. Et les conneries débitées à longueur de journée dans les médias. Ne pouvons-nous plus simplement parler de l’Islam ? Y aurait-il un nouveau tabou ? Ne pouvons-nous pas écrire sur cette France en manque de morale qui serait prête à élire un parti musulman à sa tête ? 

 

Puis dans une rage inouïe, j’ai cherché ce roman. Page après page, j’ai retrouvé le sourire cathartique d’une belle fiction. 

La plume agile, agitante, remuante devient la lecture d’une société. La nôtre en occurrence, vous voyez comme il est si facile d’être dans le déni d’une réalité. Notre société est devenue passive, si passive qu’elle ne se sort plus de son pessimisme ambiant. Pujadas devient le premier représentant de la « fraternité musulmane »… Là l’auteur se délecte de son habileté du détail du regard pétillant de la certitude de la victoire. Les mots sont précis, nets. N’oublions pas que le personnage est un spécialiste de Huysmans. C’est bien là la pierre angulaire de cet ouvrage. Le lien entre le personnage et son auteur de prédilection. Au fil des pages, on s’aperçoit qu’il cherche à se fondre dans les comportements de Huysmans. C’est cette intimité de chercheur qui nous est délivrée. Car la recherche est exclusive, elle ne laisse que très peu de temps pour le reste de la vie. Les sentiments passent comme on regarde les paysages par la fenêtre d’un train.   

 

Les mots se succèdent comme un allégro, comme les baises ratées, parfois extasiée de ce personnage. Par intermittence, ce roman est une forme de délivrance « spermique ». Ce professeur des universités se joue de ses habitudes. Lassé de lui-même, il a pour seuls réconforts : les clopes, la baise et le vin blanc. Entre interview politique et description des élections présidentielles, des sushis passent, des femmes aussi, des livres, des maîtres de conférence. Peu à peu, la soumission se joue de Huysmans à ce professeur qui lui a dédié sa vie… La question est jusqu'où pouvons-nous nous soumettre ? 

La réponse est évidente : il est trop tard pour nous poser cette question. Désormais évoquer l’islam c’est déjà se condamner soi-même ! 

 

Une question me hante tout de même, Houellebecq aurait-il lu la note sur l’Islam d’André Malraux de 1956 ? 

En voici un court extrait « La nature d'une civilisation, c'est ce qui s'agrège autour d'une religion. Notre civilisation est incapable de  construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. 

C'est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l'islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l'origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n'ont trouvé la réponse. De même aujourd'hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. »

 

C’est bel et bien cela que cet exercice de fiction fait ressortir ! Merci Houellebecq. 

 

Sonia Bressler

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