Paul Jorion, la guerre civile numérique

Chute du monde ancien ? Enjeux de la guerre civile numérique.

La Guerre Civile Numérique n’est pas un terrorisme sous une autre forme. C’est le moment ultime de la fin d’un monde ancien. « Avez-vous entendu l’Empire tomber ? » s’écriait Chateaubriand…..le Monde Ancien se fissure et se disloque, décrit Paul Jorion.

Critique de « la Guerre civile numérique », Paul Jorion, conversation avec Régis Meyran. Edition Textuel, 14 euros.

La description que Paul Jorion livre de la guerre engagée par l’Administration Américaine contre Wikileaks  et son animateur et fondateur Julian Assange pourrait être le point central de cet entretien avec Regis Meyran.  Paul Jorion aurait pu en faire un thriller. Ou un ouvrage géopolitique. C’est qu’il décrit une guerre totale entre administrations d’Etat, système de sécurité et policiers et « non-organisations non-terroristes » de Hackers, qu’il s’agisse des Anonymous, qu’il s’agisse de Zippies. Plus dangereux que des Talibans extrémistes. Des Robin Wood, des Till Eulenspiegel et, pourquoi pas, des Cartouche !

Le plus profond de cet entretien est la mise à nu de cet «autre Monde », au-delà des débats sur l’épée et le bouclier, au-delà des « poison pills » et des sociétés sous contrat avec l’Etat  qui créent «  de faux individus fréquentant les réseaux sociaux pour qu’ils créent des liens amicaux ». La conversation entre Paul Jorion et Régis Meyran est un débat sur la vraie nature de cette « bataille », ses origines et ses enjeux, sur  l’identité politique et intellectuelle de ceux qui se nomment Hacktivistes et ressemblent « aux communautés de radioamateurs des années 50 et 60 »,  sur tous ceux qui se révoltent contre cette idée que « pour la plupart des choses, on n’est plus vraiment nécessaires. C’est déjà construit, il suffit maintenant de le faire tourner ». La conversation porte sur cet autre monde qui est en voie d’émergence et d’invention et sur ce qu’il annonce de destruction des organisations et des systèmes, de dynamitage des pensées et des idées préconçues. 

Qu’internet soit devenu une gigantesque foire aux opinions, aux mini-journaux, magazines et autres descendants des « one-reporter-newspapers » qui se multipliaient dans l’Ouest américain au temps historique de la conquéte, qu’il soit devenu un non-lieu géographique, bourré d’informations, de sites qui les commentent, de blogs qui les diffusent, dans tous les sens, à tous les niveaux de conscience, c’est là le point important. C’est de là que tout démarre. Et P.Jorion de citer Assange : « les informations (que nous divulguons) ont un potentiel réformateur. Et les informations qui sont dissimulées ou censurées le sont parce que les gens qui les connaissent ont bien compris qu’elles disposent de pouvoir réformateur. » .

Pour Assange, « La communication sur internet est intrinsèquement antiautoritaire. Les pouvoirs politiques menacés l’ont bien compris ». Le caractère « déstabilisant » de l’ordre établi par le biais de la toile et de ses différents acteurs a comme levier le caractère fortement déstabilisé des sociétés développées tout particulièrement dans le domaine économique. Même si l’attention portée à Cantona et à ses interpellations contre les banques parait trop amicale, même si l’étonnement marqué à l’égard de la création monétaire par les banques paraît trop rapidement envoyée, l’auteur pointe justement les excès de la liberté de circulation des capitaux. Il désigne aussi cette nouvelle tendance des Etats à sortir de la sphère économique voire même de la sphère du pouvoir en les délégant et en les sous-traitant aux grandes firmes privées. Phénomène aggravé car « la rotation de la porte tournante entre les hautes sphères du gouvernement et celles du milieu des affaires est si rapide et si continue qu’elle ne constitue plus la barrière minimale qu’elle avait été à une époque ».

L’auteur pense à ce moment exceptionnel que fut pour la France la période qu’on qualifie de prérévolutionnaire. Dans les 6-7ans qui précédent la Révolution, peu de gens pensaient « à révolutionner ». C’est une période exceptionnelle de pensées et d’échanges d’opinions, de libelles et de théories en tous genres. Puis, il y eut le basculement critique de 1789 : des faits sociaux qui surviennent de nulle part. Peut-être que sous les frondaisons du château de Versailles, un papillon avait-il battu des ailes un peu plus vigoureusement qu’auparavant? Personne n’avait vu arriver ce coup incroyable : une révolution qui allait changer radicalement le cours d’une des sociétés les plus importantes du monde et, avec elle, celles de l’Europe entière.

C’est en citant John Gilmore, que Paul Jorion place le débat contemporain en son centre : « l’internet interprète la censure comme une avarie et la contourne ». S’il s’agissait de bien autre chose que l’idée d’une Révolution comme celle que les français ont faite sans l’avoir voulu, comme celle que les marxistes russes ont voulue en la trahissant ? Les réflexions de Paul Jorion, mènent directement à un autre questionnement.  Internet n’a-t-il pas la même valeur que la révolution Gutenberg ? Pas simplement la découverte d’un nouveau médium, le livre imprimé. Mais surtout, la découverte d’un fantastique moyen de diffuser la connaissance, les opinions, les théories, les idées, les découvertes, les recherches. Vous dites blogs ? Considérez les milliers de libelles, de mémoires, d’essais qui sont alors édités et qui circulent d’autant plus vite que fabriquer des livres revient aussi à fabriquer des lecteurs. Ce qui suit cette « grappe technologique » dans laquelle Monsieur Gutenberg s’installe, c’est la Réforme, c’est l’effondrement des idées et méthodes intellectuelles héritées du moyen âge, l’émergence d’un monde nouveau : une Renaissance.

Et si cette guerre civile numérique que nous décrit Paul Jorion, était le commencement d’un renversement radical, non pas simplement des autorités et des pouvoirs mais avant tout, des idées, des méthodes, du rapport de l’homme à une nouvelle conception de l’ordre des choses, des voies et moyens de construire le bonheur et d’œuvrer à l’émergence monde vraiment « mondialisé », où « sans frontières » n’est pas synonyme d’impunité, ni « ouverture » synonyme de droit « de pillage »?.

N’est-ce pas de cette façon qu’il faut lire cette réflexion. « Assange est certainement un robin des bois contemporain, il apparait au moment où les peuples ont perdu confiance dans le système financier actuel et dans le système politique qui cautionne sans états d’âme ce système financier fondamentalement vicié, et se cherchent des héros contestataires » ?

 


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