Le monde en 2030 vu par la CIA

Le monde en 2030 vu par la CIA" est la traduction intégrale du rapport du National Intelligence Council (NIC) : Global Trends 2030 : Alternative Worlds, paru en décembre 2012. La NIC (National Intelligence Council), cellule de veille et d’intelligence économique de la CIA, suit les tendances lourdes et les signaux faibles. Tous les quatre ans, elle rend son diagnostic public.

Chroniquer pareil bouquin est du domaine de l’impossible! Il est riche de tant d’hypothèses, de présupposés, de prévisions, de faits que les « présenter » conduit tout droit au risque de les trahir. On s’essaiera ici simplement à dire les hypothèses ou fondations qui ont paru les plus frappantes dans ce livre.

Universalisme : On entend par là que pas un coin de la planète n’est mis de côté. Si tous les éléments du puzzle géographique n’ont pas la même importance, si les connections peuvent être très fortes entre telle ou telle partie, tous sont positionnés. L’universalisme ne porte pas simplement sur la géopolitique, mais aussi sur la mise en valeur de tendances lourdes communes à l’ensemble du monde et éventuellement de leurs contradictions : l’individuation qui marquera la période appuyée sur les développements accélérés et la généralisation des nouveaux moyens de communication a, comme pendant, l’essor des structure macro-sociales ou macro-politiques non étatiques que seront les grandes entreprises multinationales, les organismes à but non lucratifs et les organisations non-gouvernementales. Les structures politico-culturelles les plus solides ne pourront pas résister à cette tendance à la multipolarisation du pouvoir. Ainsi les formes traditionnelles de l’exercice du pouvoir qu’on pouvait placer comme dans le théâtre classique français en trois unités de lieu , de temps et d’acteurs, vont voler en éclat.


Montée progressive des classes moyennes : Elle aura des conséquences considérables sur la perception de l’avenir et les moyens de réalisation des «communautés» nationales ou multi-nationales dans le monde. Le rapport y voit la source de tensions dans le domaine très «objectif» des ressources essentielles : eau, énergie, santé, aliments en raison d’une pression très forte des membres de ces classes pour un standard de vie de plus en plus proche de celui des «vieux pays développés». Il y voit aussi l’origine d’une détente sociale et politique ou de changement d’orientation dans le domaine plus «subjectif» des extrémismes politiques et religieux, dans la revendication de confort et de formation. Cette extension de la part des classes moyennes et de leur rôle à pour corollaire la réduction à vitesse accélérée de l’extrême pauvreté.


Tendance à l’égalisation des différentes macro-structures ,  à commencer par les nations : la montée en force de pays comme la Chine et de nombreux pays d’Asie du Sud-Est, de pays d’Amérique latine et d’Afrique, accentuera la multipolarisation du monde mais aussi portera des coups aux convictions de supériorité des « anciens civilisateurs », en particulier l’Europe, dont les chances de se maintenir sur le plan de la puissance qu’elle soit économique et culturelle sont faibles pour ne pas dire inexistantes.  Les Etats-Unis sont directement concernés en tant que puissance « dominante » et «gardien de la paix ». Le challenge dont ils seront l’objet de la part de la Chine et de l’Inde ne sera pas nécessairement gagnant pour ces derniers : les conséquences du déclin européen et d’un retrait américain conduiraient le monde vers un risque de très grande instabilité.


La croissance économique du monde reposera de plus en plus sur les pays dits émergents : ceci conduira  à la fois à une perte d’autonomie des politiques économiques des pays « occidentaux » et à leur alignement, nolens volens, sur les premiers. Toute idée de croissance rapide ou de retour aux rythmes anciens est à exclure. Sans que pour autant les pays émergents puissent prétendre à des performances exceptionnelles permanentes. En ce sens le retournement démographique en œuvre dans la plupart des pays, Europe et Asie, dont la Chine, entrainant un vieillissement des populations n’aura pas d’impact immédiat et massif mais jouera un rôle de plus en plus pesant. La demande d’infrastructures et d’amélioration des conditions de vie auront des impacts inflationnistes forts sur les pays à forte croissance économique.


L’instabilité aura tendance à croître : C'est une conséquence naturelle des tendances à l’éclatement des forces centripètes anciennes : nation, états, domination américaine, prééminence de zones productrices d’énergie, inégalité entre nations riches et nations « sous-développées ». Les tensions régionales pour la gestion de ressources rares, eau, énergie, et nourriture s’accentueront. Au sein des formations nationales la présence de minorités ethniques ou culturelles sera source de conflits violents et marqueront des zones géographiques très larges comme l’Afrique subsaharienne. Certaines formations étatiques sombreront et seront remplacées par des organisations ou des mouvements «anétatiques» organisées ou non.


Dernière caractéristique du rapport : l’absence totale de questions relatives aux idéologies ou de modèles prétendant interpréter le monde et la place de l’homme dans la société et le temps.

Le rapport évoque les extrémismes religieux et leur donne un rôle important dans le contexte de l’essor des «organisations transnationales anétatiques»  ainsi que des minorités. Il évoque la montée des extrémismes religieux mais pour, très vite, en affirmer le cantonnement par le simple effet mécanique de la croissance des classes moyennes et de l’urbanisation.

Le monde tel qu’il est décrit dans ce rapport est l'aboutissement, il faut le souligner, d'une brève période de temps : 18 ans (le rapport dessine un cheminement vers 2030 ; ). Il aurait été très audacieux d’imaginer la montée et l’impact de nouvelles formes de pensée très structurantes comme le marxisme et le libéralisme. Néanmoins, cette absence est frappante.

De cette absence «des idéologies», on dérive une curieuse atrophie de la réflexion «polémologique». Bien sûr, le rapport envisage des risques de conflits et les conséquences possibles d’une diffusion de la possession de l’arme nucléaire. Pour autant, les risques de conflagration envisagées sont très «locales» et alimentent l’argumentation de l’instabilité du monde et plutôt que celui de risques «universels ».


Le rapport insiste beaucoup, avec raison cela va sans dire, sur les rapports entre la Chine et les Etats-Unis. Sa lecture achevée laisse planer l’idée que ce serait une bonne idée pour le Monde que ces rapports soient les plus structurés possibles et que les pays se rendent à une sorte d’évidence de la raison : il faut faire en sorte qu’il en soit ainsi.

                                                      


Quelques citations


27. D’un côté, nous voyons dans la possibilité d’une plus grande initiative individuelle l’une des clés pour résoudre les problèmes mondiaux croissants au cours des 15-20 prochaines années. De l’autre, par un glissement tectonique, les individus et les petits groupes auront plus largement accès aux technologies meurtrières et dévastatrices (notamment aux équipements de frappe chirurgicale, aux instruments cybernétiques et à l’arsenal de terrorisme biologique), qui leur permettront d’exercer une violence à grande échelle, capacité qui était autrefois monopole des Etats.


43.… la fin du dollar comme monnaie de réserve internationale et son remplacement par une ou plusieurs autres seraient l’un des indicateurs les plus sûrs de la déchéance des États-Unis au sein de l’économie mondiale, ce qui saperait également fortement l’influence politique de Washington.


69. La hausse du nombre global de personnes appartenant à la classe moyenne dans le monde masque les pressions grandissantes sur la classe moyenne dans les économies occidentales.


84. La technologie continuera à être le grand facteur de nivellement... Lorsque cette masse de données sera utilisée pour améliorer la connaissance des motivations humaines, les acteurs non étatiques comme les entreprises privées seront capables d’influencer des comportements à une échelle aussi large que les acteurs étatiques.


99. L’attractivité des pays développés et des pays émergents toujours plus nombreux pourrait mettre du plomb dans l’aile des pays pauvres si elle conduit à une émigration accrue des personnes hautement qualifiées.

103.  Les régions métropolitaines dépasseront les frontières pour constituer des méga-régions, En 2030, il y aura au moins 40 grandes régions métropolitaines binationales ou trinationales.


110. La demande de nourriture devrait augmenter de plus de 35 % d’ici à 2030, mais les gains de productivité mondiaux ont chuté de 2,0 % entre 1970 et 2000 à 1,1 % aujourd’hui, et ils continuent leur dégringolade. Le monde a consommé plus de nourriture qu’il n’en a produite au cours de sept des huit dernières années !


146.  La plupart des pays se situent encore sous le niveau des démocraties stables, au-dessus de 18 : cela laisse à penser que, même en 2030, beaucoup de  pays seront encore en train de négocier le processus complexe de la démocratisation.

179. Selon ce scénario, la cyberguerre présente des avantages que ne permettrait pas un l’affrontement classique : l’anonymat et un coût d’entrée re1ativement faible. Ces attributs favorisent l’utilisation de la cybernétique par des groupes rebelles et des individus cherchant à semer le chaos.


183. Les pays disposant du nucléaire pourraient être tentés de l’utiliser pour éradiquer la capacité de leur adversaire à assurer leur connectivité. Beaucoup de systèmes actuels ne peuvent pas opérer dans des conditions électromagnétiques hostiles ou dans un environnement irradié. Dans ce cas, une première frappe nucléaire n’aurait pas pour objectif de causer des pertes humaines, mais de bloquer l’accès de l’adversaire aux systèmes électroniques. L’espace, l’océan et les détroits marins sont des territoires où l’utilisation d’armes nucléaires ne causerait que très peu de dégâts collatéraux.


249 L’aspect multidimensionnel de la puissance américaine suggère que lors même que la Chine les rattraperait sur le plan, économique – dès les années 2020 selon plusieurs prévisions les Etats-Unis demeureront probablement en 2030 «premiers parmi leurs égaux vis-à-vis des autres grandes puissances grâce à leur prééminence dans plusieurs aspects de la puissance et l’héritage de leur leadership


En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-96882-le-monde-en-2030-vu-par-la-cia-1019902.php?TFKTeGMXpZHhDIzr.99





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