Le salaire de la destruction, Adam Tooze

Formation et ruine de l'économie nazie

Le salaire de la destruction

Formation et ruine de l’économie nazie

Adam Tooze

 

Article repris dans les Echos: 

 

Les livres sur l’Allemagne se succèdent et progressivement font tomber les illusions, les oublis commodes et les histoires revisitées.

 

J’avais en son temps chroniqué un ouvrage venu directement des cauchemars les plus fous sur les temps nazis : « Soldats », écrits par Sönke Neitzel et Harald Welzer à partir de témoignages « involontaires » de soldats allemands prisonniers dans les camps anglais, américains et canadiens. Cet ouvrage faisait tomber une des grandes impostures quant à la façon de raconter l’histoire du nazisme et de la seconde guerre mondiale. Le mythe d’une Wehrmacht chevaleresque, combattant avec honneur et faisant son possible pour triompher sans excès ou perdre sans haine était mis par terre : la Wehrmacht avait volontairement, librement, systématiquement collaboré à l’idéologie de purification ethnique lancée contre les juifs d’Europe centrale mais aussi à l’encontre des populations slaves, polonaises d’abord, puis Ukrainiennes, Biélorusses, et Russes. Les Junker prussiens, les hobereaux titrés de l’armée allemande ne valaient pas plus que les troupes de SS et de supplétifs eux aussi lâchés pour exterminer les sous-hommes.

 

Voici, avec le livre d’Adam Tooze, une étude extrêmement bien fournie de la façon dont le IIIème Reich a fonctionné sur le plan économique. Il apporte des éclairages saisissants sur la folie nazie et le degré incroyable de complicité qu’elle attira à elle dans l’ensemble de la société économique et industrielle. Par complicité, il faut comprendre non seulement « participation à l’effort de guerre », ce qui après tout n’était pas condamnable, mais surtout participation lucide à l’effort d’anéantissement ethnique.

 

Le livre aussi apporte des informations sur la pure lucidité des nazis et particulièrement d’Hitler sur les chances de gagner les trois guerres lancées simultanément : guerre contre les nations occidentales, guerre contre l’Est, guerre contre les races inférieures. La conscience des très graves insuffisances et des manques de l’économie industrielle allemande impliquait l’urgence des actions rapides : blitzkrieg. Conscience aussi des risques alimentaires, liés aux ressources défaillantes de l’agriculture allemande et à son arriération technique. Conscience qu’en l’absence d’une victoire rapide, il n’y avait aucune chance de l’emporter militairement pour l’Allemagne.

 

Incohérence des choix, plans qui se contredisent, changement de priorités sans cesse et même pendant la guerre, doublés d’illusions ou de postures politiques ont été le lot de la vie économique et industrielle de guerre de l’Allemagne Nazie. La capacité de l’Allemagne à tenir une production d’armement à un niveau élevé pendant un peu plus de quatre ans a progressivement consisté à vivre sur le capital humain des « sous-races » puis sur celui de la population allemande.

 

Les développements très bien documentés sont impressionnants. On doit noter tout particulièrement les commentaires sur l’action du fameux et incontournable « Docteur Speer ». Adam Tooze, démonte le personnage et montre comment dans ses dépositions au procès de Nuremberg puis dans ses mémoires publiées à sa sortie de prison, il a joué de la soi-disant distance entre les techniciens apolitiques qui étaient embarqués malgré eux dans la folie auto-destructrice d’Hitler et des principaux dignitaires nazis. Adam Tooze dresse un tableau sinistre de la réalité d’une collaboration sans cesse plus étroite jusqu’à la fin de la guerre entre Speer, Himmler et Hitler. Entre les lignes on peut conclure que Speer a délibérément nourri les hallucinations de victoire finale d’Hitler avec pour conséquence les millions de morts des 18 derniers mois de la Guerre.

 

 

A lire absolument.

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