Le Hareng de Bismark, (le poison allemand)

Jean-luc Mélenchon

Plon editeur

 

Pour introduire cette chronique sur le livre de Jean-Luc Mélenchon qui vient de paraître chez Plon, deux « biais » (comme on dit dans les milieux boursiers) : ou bien on pense que l’auteur et sa réputation en disent suffisamment long et qu’il n’est pas nécessaire d’aller plus loin, ou bien on maugrée qu’une fois encore l’Allemagne méritante, celle qui s’est si magnifiquement relevée du champ de ruines dans lequel l’avaient abandonnée les alliées désinvoltes, est injustement maltraitée.

 

Il y a une troisième voie, celle qu’on peut emprunter à Proust qui dans son contre Sainte-Beuve dit : « Il est absurde de juger comme Sainte-Beuve le poète par l’homme ou par le dire de ses amis. Quant à l’homme lui-même, il n’est qu’un homme, et peut parfaitement ignorer ce que veut le poète qui vit en lui. Et c’est peut-être mieux ainsi ». On peut aussi, et ce sera une sorte de provocation contre les chroniqueurs « qui savent raison garder », citer Heidegger : « La grande réussite (d’une œuvre) supporte même que puissent être reniés personne et nom du poète ».

 

Donc oublions Mélanchon et ne considérons que l’œuvre. Et, connaissons qu’elle est intéressante et bien dite. C’est une œuvre polémique reconnaîtra-t-on ? Elle use d’un vocabulaire qui manque de délicatesse et qui a tendance à balancer des harengs dans la figure des Allemands comme le poissonnier Ordralfabétix ses poissons sur la tête de ses concitoyens. On le reprocherait à cette œuvre alors même qu’elle a l’honnêteté d’énoncer clairement, dès son début, l’intention qui l’anime.

 

Pour avoir écrit un ouvrage dans le même esprit « le retour de l’Empire Allemand ou le modèle imaginaire », je dois dire que je suis enchanté à l’idée qu’enfin un autre ouvrage sorte qui insiste tout particulièrement sur les aspects politiques de la question et la manœuvre fort bien réussie de prise de contrôle de l’ensemble des rouages des institutions européennes. L’ouvrage aurait pu davantage montrer les roueries économiques de notre grand voisin. Mais il insiste avec vigueur sur le vide qui est en train de se créer sur nos frontières et surtout au sein de l’Europe : une nation de rentier qui ne pensera qu’à survivre sur le dos des européens et qui organise autour d’elle une Europe d’ilotes, ouvriers et paysans d’une Mittel Europa qui boulonnera la Deustche Qualität et compensera la disparition du made in Germany.

 

Voici un ouvrage qui ne mâche pas ses mots : le modèle allemand est celui d’une nation qui préfère acheter les générations de jeunes diplômés des autres nations (le niveau moyen des immigrés en Allemagne est plus élevé que le niveau des jeunes Allemands) plutôt que d’assumer les charges de l’enfance et de l’adolescence. Le modèle allemand, c’est un ancien Chancelier allemand à la tête d’une des plus grandes entreprises russes au moment même où une Chancelière fait semblant de se fâcher contre un Président Russe qui vient piétiner les plates-bandes ouvrières de l’industrie allemande en Ukraine. Le modèle allemand ce sont des millions d’ouvriers mal payés, soumis à un marché sans contrainte : Le niveau de vie des Allemands a régressé et ne prend pas le chemin d’un redressement, pour cause de coûts de production et de balance commerciale.

 

Il a raison cet ouvrage d’insister sur la perversion intellectuelle qui se traduit en France par une admiration sans borne pour le Travail allemand, l’Ouvrier allemand, l’Entrepreneur allemand etc… Il serait temps que les Français cessent d’aborder l’Allemagne en coupables. Comme s’ils avaient perdu une guerre !

 

Il a raison cet ouvrage quand il s’étonne : « … la France est une nation bien singulière. Elle a été bien fondée. Pourquoi notre pays serait-il complexé par la gloire universaliste qu’elle s’est acquise ? ».

Il appelle à faire mentir cet adage : « qu’il est rare que l’homme qui veut et l’homme qui peut soient réunis en un seul » et objurgue les Français à se débarrasser du virus de la germanolâtrie. « …confiance en soi, …volonté et … audace,  ne viennent pas toujours à l’heure dans notre pays, mais elles finissent pas arriver »


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