George Valence: Petite Histoire de la germanophobie

D’où vient la francophobie des Allemands ?


Ce titre est paradoxal ? S’agit-il de tourner en dérision un bon bouquin qui,  traite de l’histoire de la Germanophobie ? Loin de cette chronique l’idée et de dérision et de paradoxe : c’est bien de la lecture de cette « petite histoire » qu’on peut tirer cette conclusion, la Francophobie des Allemands, vient de beaucoup plus loin que son inverse !


Petite Histoire de la germanophobie

Georges Valance

Flammarion


Georges Valance a écrit un livre tout à fait intéressant sur les rapports entretenus entre les Français et les Allemands depuis… un peu plus de 1000 ans. Est-il légitime dans une « petite histoire » de remonter aux calendes… carolingiennes ? Je n’en suis pas sûr ! Que tirer du fait qu’après la disparition de Charles le Chauve, l’empire carolingien sera divisé en trois « francie » (occidentale, centrale, orientale) ? Cette remontée dans le temps a le mérite de remettre en place quelques dates, quelques noms, quelques dynasties.


Pourtant, s’il est une critique que je ferais à ce livre c’est que son objectif : traiter de la Germanophobie revient selon lui à traiter de la seule attitude des Français à l’égard des Allemands !Que de peuples ont été pourtant hostiles à nos voisins : la France n’était pas le seul pays « au contact » ! La Germanophobie dans ces conditions est-elle attachée aux Allemands ou une « qualité » des rapports entretenus entre France et Allemagne ?  En tout cas, le livre de Georges Valance ne traite que d’une forme de germanophobie, celle des Français. Peut-être d’autres livres un peu plus tard parleront de celles des Russes, des Polonais, des Tchèques, des Hongrois et aussi des Anglais ?


La deuxième critique est nourrie par le développement du livre lui-même et par la qualité de ses sources et de ses exposés : la germanophobie des Français est un phénomène récent. Dans sa forme la plus virulente, elle serait née en 1870 pour disparaître moins de cents ans plus tard. Bien sûr, aujourd’hui encore, on ressent quelques relents ici ou là, mais, bien souvent ce sont les Français eux-mêmes qui accuse leurs compatriotes de germanophobie sous le prétexte qu’ils se sont laissés aller à des critiques contre le « merveilleux modèle allemand « qui a réussi » (par opposition au modèle français qui rate tout !». C’est donc un débat franco-français : Georges Valance fait remarquer que la crise de 2008 ne s’est pas accompagnée en France d’une germanophobie populaire virulente comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal.

Donc, on peut dire que : « l’Ancien régime a peu connu la germanophobie proprement dite … la détestation de ce qui est allemand parce que c’est allemand. Les Français ne sont pas germanophobes de nature. Il faut reprendre les mots de l’auteur :« Les seules régions françaises qui trahirent une germanophobie active à la fin du XVIIème siècle sont celles de l’Est et du Nord de la France, ravagées au temps de la Fronde, par des bandes de mercenaires allemands, notamment celle du général allemand d’Erlach, qui sévit en champagne et en Thiérache… sa sauvagerie a laissé de tels souvenirs qu’au début du XXème siècle encore, on qualifiait de Derlaque un homme brutal et violent sans raison ».  L’hostilité des Français à l’égard de l’Allemagne n’existe tout simplement pas dans le passé lointain. Si germanophobie signifie haine de ce qui est allemand pour la seule raison que c’est allemand, les Français ne l’ont connue qu’à partir de 1870. C’est très récent. L’humiliation n’y était pas pour rien. Et la peur « de l’Allemand » n’a pas diminué avec la Première Guerre Mondiale ! Actons que germanophobie il y a eu entre 1870 et 1960. Pourquoi cette dernière date ? La haine du « boche, du frisé, du fridolin » disparait à ce moment-là de l’histoire française. L’hostilité, la compétition, le désir de l’emporter demeurent, mais cela ne se nomme pas haine, ni même hostilité virulente et compulsive.


En revanche, ce que montre bien le livre de Georges Valence, c’est une francophobie, enracinée de très longue date dans l’esprit allemand ! Sous-produit des complexes d’infériorité d’une société qui n’arrive pas à s’affirmer face à la française. Sous-produit aussi de la montée en puissance de la France pendant trois siècles, qui s’est faite contre l’Empire « Romain de la Nation Allemande » ou l’Empire autrichien « AEIOU ».

A une francophobie liée aux querelles religieuses et la montée en force de la Réforme, Louis XIV apportera beaucoup de combustible ! D’abord lors de « la guerre de trente ans », puis en raison des guerres qu’il mena tout au long de son règne. Elles « ont nourri un sentiment antifrançais inconnu jusque-là et qui n’a pas totalement disparu ». Citant un historien, Jacques Droz, George Valence enfonce le clou de la Francophobie des Allemands « c’est à partir de la guerre de succession d’Espagne que les libellistes allemands appliquent… (à la France) la dénomination « d’ennemi héréditaire » jusque-là réservée aux Turcs » !!! Louis XIV ravageant le Palatinat fait dire par Pierre Jurieu, calviniste passé à Rotterdam : « aujourd’hui un Français et un cannibale, c’est à peu près la même chose dans l’esprit des voisins »… C’est du temps de Louis XIV qu’il faut dater l’éclosion en Allemagne d’un sentiment antifrançais. Il ne cessera de croître par la suite pour atteindre un paroxysme au cours du XIXème siècle et une partie du vingtième.


L’auteur date sa dimension culturelle à la suite de la bataille d’Iéna. La société intellectuelle allemande se dresse alors contre Napoléon et la France en prônant un « nationalisme culturel allemand (qui) prit une dimension politique et cultiva la francophobie. ». Les philosophes prirent la tête du combat anti-français : «  l’objectif de Fichte était de démontrer la supériorité de la langue Allemande sur le Français. … il avait acquis une dimension ouvertement gallophobe ».


La francophobie des Allemands prit ensuite une dimension impressionnante lors des négociations du traité de Versailles après la première guerre mondiale : de nombreux Allemands jugeant que leur pays n’avait pas été vaincu par la France. A leur grande fureur, celle-ci présidait la conférence de paix et leur tenait la dragée haute. Plus tard, en 1923, l’occupation de la Ruhr n’arrangea pas l’image des Français !!!

On voit que de ce livre sur le caractère émotionnel des relations franco-allemandes (ou germano-françaises) on tire de précieuses informations sur le sujet annoncé… et sur son inverse !


Lecture fort utile pour les français qui pensent que leurs concitoyens ne devraient pas critiquer les Allemands  « fair play » et « francophobic-proof ».  Quand à l’inverse, on ne trouve chez les Français que des jaloux, hargneux et vindicatifs. 

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