André Babeau: "Les comportements financiers des Français"

CRITIQUE DU LIVRE D’ANDRE BABEAU

LES COMPORTEMENTS FINANCIERS DES FRANÇAIS

ANDRE BABEAU EDITION ECONOMICA


D’un coté, il y a des livres « brûlots et états d’âmes », des livres « opinions et réflexions » et il y a les livres « discours de la méthode ». Les autres peuvent être amusants, exaspérants ou sympathiques, ceux-là en appellent aux neurones davantage qu’aux battements de cœur et aux pulsions empathiques.


J’ai beaucoup aimé la lecture du livre d’André Babeau pour la critique qu’il nous livre des chiffres et des conclusions sur les chiffres auxquels nous sommes habitués, ou plus exactement auxquels les littérateurs économiques ont voulu nous habituer. L’auteur nous dit un peu méchamment que la réflexion sur les questions  relatives aux comportements à l’égard du crédit et de l’épargne, ainsi qu’à l’égard de leur gestion, n’a pas avancé depuis Xénophon. Pour comprendre tout l’intérêt de cette question il faut aller aux sources, aux fondations de toute science, y compris celle, très humaine, de l’économie : les faits.


Et surtout, il convient d’être conscients que les faits ne sont pas là, sous nos yeux, faisant la roue, ou des mines, pour attirer notre attention et que nous nous intéressions à eux. Les faits ne s’imposent jamais. Il faut une discipline intellectuelle pour que nous les découvrions, à commencer par celle-ci : ouvrir les yeux, jeter les lunettes théoriques qui modifient la matière sous observation, renoncer aux facilités de l’évidence. Pour résumer l’attitude scientifique à l’égard des faits, il faut sans cesse se rappeler qu’à première vue, le soleil obstinément, se montre à l’est, se couche à l’ouest après avoir fait un périple autour de la terre.


André Babeau, ne nous dit pas autre chose quand il décrit les fondements de nos connaissances en matière d’Epargne, d’Investissement et de Consommation. C’est d’une « lunette intellectuelle » qu’il nous invite à nous débarrasser : celle qui conduit à une séparation commode entre sphère réelle et sphère financière. Lunette intellectuelle, car les économistes ont longtemps travaillé sur des chiffres tirés de la comptabilité publique. Or celle-ci est bâtie autour d’un primat qui est que les flux « irréels » de la monnaie ne valent que pour leurs soldes, en d’autres termes ce qui se passe dans les flux, ce qui les cause, ce qui les fait varier n’a pas de consistance ni, par conséquent, d’impact sur la vie économique.  « À ce jour restent en dehors des prévisions officielles : toutes les évolutions du flux financiers, tous les évolutions d’encours financiers et non financiers… les nouveaux flux de placements font défaut…. »… et un peu plus loin : « Le concept de remboursement en capital des emprunts est encore ignoré et sa mesure fait totalement défaut ».

Un exemple parmi d’autres : Crédits et épargne. Leurs liens sont, sur le plan de la collecte des faits, très mal connus. Les investigations se heurtent à des présupposés théoriques. Ainsi, est-il loin d’être clair dans les comptabilités publiques que les crédits soient à l’origine de l’augmentation des patrimoines financiers ! Et pourtant !  Si  le lien crédit-investissement immobilier-patrimoine des ménages paraît compris, le lien crédit-épargne financière-patrimoine financier ne l’est pas souvent. Or, quoi de plus évident ? A l’occasion de l’acquisition à crédit par les ménages de résidences principales ou autres, deux mécanismes devraient être analysés relatifs d’une part aux acquéreurs et d’autre part aux vendeurs. Les premiers empruntent pour constituer un patrimoine immobilier. Grâce à ce crédit les seconds constituent un patrimoine financier. Le seul « solde » pur qui se manifeste ici est celui qui est relatif à l’autofinancement de l’acquisition : pour les acheteurs c’est une diminution de leur épargne et pour les vendeurs un accroissement, le solde net étant nul. Pour reprendre l’expression d’André Babeau sur le recours au crédit, et l’impact sur l’épargne : « La théorie économique court après l’évènement au lieu de le précéder »… « Tel économiste n’avait-il pas prévu en 2009 la remontée du taux d’épargne des américains presque au niveau de celui des français ? » alors qu’il demeure très largement en dessous.


De même nous indique l’auteur, ne trouve-t-on pas d’informations relatives aux remboursements d’emprunts dans les données qui sont délivrées par les principales comptabilités publiques. Seuls les soldes sont pris en compte, comme si, les flux « endettement-désendettement » n’avaient aucune raison de ne pas être parfaitement homogènes et comme s’il ne s’agissait que de données externes d’où le comportement des agents est parfaitement absent.

Ces quelques notations ne sont que des indications, l’auteur étant très prolixe en exemple et en commentaire sur les erreurs qui en résultent. Erreurs sur les faits mais aussi erreurs sur les conséquences qu’on en tire et erreurs sur les théories économiques qui prétendent les rassembler et les ordonner. André Babeau ne se fait pas le pourfendeur des idées économiques fausses qui caractérisent la pensée économique en matière d’épargne et de comportement financier. Il indique simplement que la recherche économique aboutit bien souvent à des impasses et que ses facultés prédictives confinent le néant. « … aucune inflexion important du taux d’épargne des ménages n’a nulle part jamais été correctement anticipée. Encore heureux si l’on parvient après-coup à rendre compte des évolutions constatées… »

Ce livre est donc aussi un appel à un effort scientifique en commençant par le commencement : étudier l’intégralité des processus d’accumulation monétaire et financière de l’Epargne, les mettre en rapport avec d’autres grandeurs dont on oublie qu’elles  peuvent lui être corrélées, et en particulier et surtout, le crédit sous toutes ses formes, consommation, investissement, revolving, mobilisation d’actifs. L’analyse des comportements à l’égard des flux est aussi un point essentiel qui permet de comprendre quels sont les ressorts des agents face à la décision, d’épargner, de faire appel au crédit, de rembourser, de liquider etc.


L’auteur constate que de nombreuses institutions lancent des études et que la crise aidant, les théories économiques macro et micro ayant été mises à mal, ce domaine de la science économique retrouve enfin sa place.

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