Chroniques sur les livres : Nicolas Baverez, les lettres béninoises

Chronique du livre de Nicolas Baverez : « Lettres Béninoises », paru chez Albin Michel.


Faut-il redouter le pire et imaginer la France, incapable de quitter le déni de réalité qui la frappe, plongeant dans le chaos pour finir plus ruinée, éclatée et plus folle et désespérée que durant ses plus noires années de la guerre de cent ans à la défaite de 1940 ? Pour conjurer le mal, il faut savoir faire mal : le récit de Nicolas Baverez sera d’autant plus efficace qu’il aura fait dresser les cheveux, très haut, sur la tête de ses lecteurs !


Cette année, deux livres sur la décadence des sociétés occidentales m’ont impressionné : il y a le livre fleuve, maintenant ancien et pourtant très actuel, qui est paru en Français sous le nom de la Grève, qui décrit une société américaine déliquescente, rongée par l’égalitarisme et progressivement abandonnée par l’esprit d’entreprise et le goût du risque. Et puis, il y a livre de Nicolas Baverez. Celui-là, s’attache à l’avenir de la France et nous présente l’image sombre et sinistre de la France de 2040, à la veille de sa faillite définitive et totale. C’est dans un quart de siècle. Demain. Il faut accrocher sa ceinture avant d’effectuer le voyage dans le futur innommable que décrit l’auteur.

 On sait que Nicolas Baverez n’est pas un optimiste. Pour ce qui concerne la France tout au moins. C’est un « racinien ». Il dit depuis des lustres que les choses ne vont pas bien : il les décrit comme elles sont, à l’opposé des « cornéliens » dont nous sommes entourés et qui, nolens volens, sommeillent en nous, nous poussant à voir les choses telles qu’elles devraient être.


Les « Lettres Béninoises » sont écrites sur le modèle, assez lointain, des lettres persanes de Montesquieu. Prenant prétexte de la visite à Paris du Directeur Général du FMI, premier africain à être honoré de cette fonction, l’auteur des lettres plongent ses lecteurs dans l’horreur de la profonde nuit qu’est devenue la société française tous corps confondus.

La France est perdue. Le directeur général du FMI, par respect pour un pays qui l’a accueilli et formé, veut faire les derniers gestes avant que le coma soit dépassé : «… je veux tenter de sauver cette part d’universel qui constitué la marque de ce pays ». Sa venue est-elle attendue avec sympathie et compréhension ? En fait, le Directeur Général, va d’interlocuteurs en interlocuteurs découvrir la profondeur du mal Français. Et de constater tristement que dans l’esprit des hommes politiques français : « tout va très bien, madame la marquise », et de noter que « La capacité de ce peuple et de ses dirigeants à s’installer dans le déni est stupéfiante ».


S’ensuivent des rendez-vous avec « les plus hautes autorités » de la République Française. Tout d’abord l’ineffable ministre Alexis Cordonet et son adjoint un certain Trésor. Les discours sont fins et élégants, les annonces sont empreintes d’une rhétorique parfaite, les projets sont rassurants et plausibles, sauf que tout est faux, que les comptes sont truqués, que la mauvaise foi est générale et que la France se comporte comme un vulgaire petit escroc à la recherche des quelques sous qui lui permettront de durer.

Il n’y a plus rien en France, si ce n’est des fonctionnaires qui gèrent misérablement des fonds publics dans la plus grande opacité. Ceux qui devraient les contrôler ont été marginalisés, tel le Président de la cour des comptes, Charles-Amédée de Courbon. … « Sous ces voûtes qui s’affaissent et ces fresques qui s’effacent, sa longue et digne silhouette de hobereau de province ressemble à celle du dernier des dinosaures attendant son extinction ».


La France est ruinée, son industrie a disparu, les trains déraillent et sont attaqués, Paris mégapole de 20 millions d’habitants est entourée d’une banlieue faite de bidonvilles entassés sur une base communautariste où vivent 6 millions de misérables : « Cela m’a rappelé Lagos avant que l’agglomération ne soit entièrement reconfigurée et sécurisée ».

« Les talents et les entreprises, les capitaux et les profits sont parus à I’ étranger ou prospèrent hors sol. Les charges et les dettes publiques sont en France ». La rencontre du Directeur Général avec de grands chefs d’entreprise animés par le très médiatique Albert  Pinardault est dévastatrice : les grandes entrepreneurs français sont tous non-résidents, pour se protéger physiquement et fiscalement et n’envisagent pas de produire en France en raison d’une législation qui interdit de jure le travail et met les chefs d’entreprise au ban de la société.

Africain et fier de l’être, le Directeur général du FMI, s’interroge sur un fond d’art premier dont un des premiers milliardaires du continent a fait don au Musée d’Orsay. S’engagent alors des échanges sur le thème de la protection de ce fond, menacé par la déliquescence et la corruption qui sont maintenant la marque de la fonction publique française. Dans le même esprit, il envisage le rachat par les musées Africains de pièces essentielles appartenant au Musée. Elles seront remplacées par des copies.


Les visites qu’il fait en Angleterre et en Allemagne sont à la fois cocasses et effrayantes, ces deux pays lui expliquant que leurs redressements respectifs sont le fruit de la fuite des Français et de leur installation chez eux.

Et la Chancelière allemande de soupirer : « La France est notre croix. Dieu s’est vengé des Allemands, de leur capacité d’organisation et de travail, en leur infligeant les Français pour voisins. La France est un pays merveilleux, habité par un peuple épouvantable.

Le Directeur Général du FMI, rencontrera finalement un personnage clef de l’organisation politique française, le Président de la République, dont le discours, petit bijou de l’art «énarchique de ne pas traiter les sujets» lui fera dresser les cheveux sur la tête. Epouvanté par tant de suffisance et d’aveuglement, il quittera la France dans des conditions rocambolesques et recommandera qu’aucun nouveau plan ne soit mis en place pour sauver le pays de la faillite et de la ruine.


 

Quelques ouvrages de Pascal Ordonneau

Panthéon au Carré est disponible aux éditions de la Route de la Soie.

Promotion est disponible chez Numeriklivre et dans toutes les librairies "digitales"

Au Pays de l'Eau et des Dieux est disponible chez Jacques Flament Editeur ainsi que

La Désillusion, le retour de l'Empire allemand, le Bunker et "Survivre dans un monde de Cons".

"La bataille mondiale des matières premières" et "Les multinationales contre les Etats" sont épuisés. 

S'inscrire 

 chaque semaine "La" newsletter (tous les lundis)

et "Humeur" (tous les jeudis)

 

Il vous suffit de transmettre vos coordonnées "Mel" à l'adresse suivante

pordonneau@gmail.com