André Bercoff: « Je suis venu te dire que je m’en vais ».

Chronique du livre d’André Bercoff (avec Deborah Kulbach) : « Je suis venu te dire que je m’en vais ». Editeur Michalon. Collection Essai.

On a compris que cette Chronique du livre d’André Bercoff sera un peu musclée. Evidemment, ce petit livre n’a rien à voir avec la prose de Newsweek. Il ne s’agit pas absolument de « French bashing ». Pas uniquement. Un peu peut-être ?

Cela pourrait être un livre sur le divorce ou une séparation. Cela pourrait être un livre sur des jeunes gens récemment convertis à une version dure de l’Islam et qui annoncent à leurs parents qu’ils partent pour la guerre sainte en Syrie. Ce n’est rien de tout cela. Le livre d’André Bercoff exploite une veine qui fait de l’or depuis l’élection de Moi-Président : les Français qui s’exilent. Les livres sur le sujet comptent maintenant par dizaines entre ceux qui vous disent comment partir aux USA, en Chine, en Azerbaïdjan, en Corse etc … (les Baedecker de l’expat.) ; ceux qui vous disent pourquoi il faut partir pour le cas où vous n’auriez pas encore compris que seuls les imbéciles restent ; il y a aussi ceux qui font des calculs : vous avez beaucoup d’argent, il faut aller dans tel pays, vous avez beaucoup de revenus, partez dans tel autre (vous paierez le conseil à l’aller et même au retour quand le fisc se sera aperçu que vous êtes parti sans tout payer). Et comme plein de gens disent qu’ils vont partir mais n’ont pas le temps d’y penser ou ont la tête ailleurs, alors, ils achètent des bouquins comme celui d’André Bercoff pour y trouver toutes les raisons auxquelles ils pensaient déjà pour partir et pour se dire que c’est un bon plan pour l’avenir.  

Cette chronique serait humoristique? Mais, non ! C’est la lecture approfondie de « l’opus » qui me conduit à ces propos. Car, derrière son titre « Je suis venu te dire que je m’en vais » en manière de tirade dramatique, (on croirait entendre Œdipe apostrophant Jocaste : « oui, Laïus est mon père, et je suis votre fils » mais en version sitcom), se cache une douloureuse sortie sur la sortie de l’hexagone par les Français. Et surtout par les jeunes français. C’est le pire de ce qui pouvait arriver à la France. Les jeunes, son avenir, ses « œufs couvés » comme disait Eluard, le voilà qui s’en vont vers « le vaste monde » (comme on lit dans les contes d’Andersen ou de Grimm).

Résumons : les Français fuient la France. Et André Bercoff a décidé de joindre sa voix à la cohorte des auteurs qui veulent surfer sur la vague « du tout va mal, je vous l’avais bien dit ». Ils la fuient quand ils sont arrivés au bout d’une bonne vie professionnelle, pour protéger leurs sous. C’est la fuite classique, la fuite des riches dans les pays ad-hoc (on notera que la Suisse a déclaré forfait pour ce qui concerne les « petits riches »), la fuite des vieux pas toujours très riches qui vont chercher le soleil en plus et le personnel domestique pas cher dans des pays exotiques. Les autres s’en vont car nous sommes dans une société dirigés par des oligarques cacochymes, issus tous ou à peu près de la génération 68, la plus vicieuse qu’on ait eue : ils ont pris les places et ne veulent pas « dégager ». D’autres encore veulent partir parce que : « Créer une entreprise en France ? Tu rigoles !!! Avec toutes les réglementations, les administrations, les taxes, les grandes entreprises qui vous écrasent et aussi les petits salariés qui vous méprisent, et vos potes qui vous jalousent quand vous avez réussi… ». Donc n’y pensons pas. Sans compter ceux qui partent parce que « le métro après 21 heures » ce n’est pas sûr du tout, cela sent mauvais et « le petit Français a tout juste le droit de se faire insulter et casser la gueule tout en la bouclant (sic !) ». Et un candidat à l’expatriation de conclure, avant de partir  et pour que chacun en sache : « cocu et content, c’est pas ma came (resic) ».  (Mais on ne sait pas s’il est parti, ni si c’est pour la came ?)

André Bercoff ne dit pas les choses en l’air. Il a des témoignages impressionnants. Des jeunes (et aussi des gens de 40 ans) qui écrivent des lettres de trois, quatre, cinq pages pour dire pourquoi ils partent, pourquoi ils sont partis, pourquoi ils ne reviendront pas. « Je vis en Suisse… hors de question pour moi de revenir en France, resic ( en fait, il est revenu, parce que les Suisses ont lancé des opérations « poches propres) ». En réalité,  ils ne sont pas allés dire qu’ils partaient, ils l’écrivent. On se demande pourquoi. Peut-être parce qu’ils auraient voulu rester ? L’auteur nous dirait que tout ceci est une romance déçue.  A qui écrivent-ils ? Probablement à André Bercoff, parce qu’ils savent qu’il est en train d’écrire un livre sur la question. Peut-être l’auteur a-t-il fait passer un questionnaire ?  Ils disent comme ils sont heureux de ne plus être en France. L’avocate qui ne pouvait plus progresser parce qu’elle n’était pas issue d’un milieu « huppé » s’en va et pour qu’on en sache, annonce un embrasement général… Le monsieur dont la fille a fait un « master en logistique et achats internationaux »… nous dit qu’elle est « démangée » de partir. (il ne se rend pas compte qu’avec les études qu’elle a suivies c’est plutôt rassurant ! On l’aurait mieux suivi si, à l’inverse, elle avait fait un master en logistique corrézienne… !)

André Bercoff n’est pas loin du sublime lorsqu’il parle de l’expatriation des jeunes : « (ce phénomène prive la France d’une élite, certes peu nombreuse…). Il nous dit qu’il faut revoir de fond en comble le système de formation et pourtant nos jeunes générations si mal formées sont accueillies à bras ouvert à Londres, New-york, Shangai et autres villes exotiques.

Voilà donc un livre vivifiant écrit par quelqu’un qui a dû terminer ses études à la fin des années soixante (la fameuse génération 68). A     cette époque, les gouvernants se lamentaient : les jeunes français ne savaient pas parler les langues étrangères, ils étaient peu ou mal formés ; en dehors de quelques écoles scientifiques, rien ! Rien que des enfants de privilégiés qui évidement n’avaient aucune intention de bouger : le fromage était consommable sur place !!! A cette époque, on enviait les américains et les anglais, les jeunes, qui, eux bougeaient, parcouraient le vaste monde et transportaient les mœurs, les modes de pensée et les fortunes anglo-saxonnes dans le monde… Au fait, pourquoi partaient-ils, les Ecossais qui ont répandu la Banque anglo-saxonne dans le monde ? Pourquoi partaient-ils les Anglais dans le vaste Empire britannique ? Et pourquoi tant d’Américains sur la surface de la planète ? Décidément, la mondialisation a sûrement été conçue pour mettre à bas non pas les frontières mais la société occidentale en détruisant les valeurs locales, l’attachement à la glèbe et les parlers nationaux! A ces jeunes, on leur a donné le monde, on leur a ouvert la carrière et vous savez quoi ? Ils ont tout pris !

Ou bien, la génération « 68 » s’interroge-t-elle avec inquiétude : ses enfants partis, ses petits-enfants en train de partir…. qui prendra soin des vieux qui restent ?

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