Laurent Davezies, "la crise qui vient"

 

Laurent Davezies la crise qui vient . seuil. Collection la république des idées.

Octobre 2012. 11,80 euros

 

L’économie n’est pas réductible aux petits génies mathématiques qui bidouillent des logiciels destinés aux machines du high speed trading pour les faire jouer entre elles à coups de dizaines de milliards de dollars. Elle n’est pas non plus une histoire simple où, depuis Sirius, de grandes idées s’échangent sous le beau nom de macro-économie. L’économie, ce doivent être aussi des enquêtes de terrain, trouver les chiffres qui collent avec les faits, combiner, croiser, essayer de comprendre comment marche le moteur économique… mais c’est trop long, pas amusant et sur un plateau de télé pas assez vendeur !

 

Revenir à l'Economie telle qu'elle vit, se vit et telle que les richesses se créent et se distribuent.

 

Il est vrai que l’hyper-libéralisme a développé une conception complétement désincarnée, voire aseptisée, de l’économie. Le Marché, lieu imaginaire, sublimait tous les lieux. L’Offre résumait tous les processus de production et d’élaboration des biens et des services. La Demande ne demandait à aucun des demandeurs comment s’étaient constitués leurs revenus. Le Prix régnait comme un Dieu tutélaire, sachant tout sur tout et fournissant de l’avenir en plus

Aujourd’hui l’économie de l’hyper-libéralisme a reçu un bon coup sur la tête. L’économie dirigée croit son temps revenu. Laurent Davezies douche les enthousiasmes. S’il faut parler « économie », recommande-t-il, parlons-en précisément, concrètement là où elle se fait et se vit.

 

 Le petit livre qu’il nous propose n’a pas pour objet de recommander. Il n’est pas dans son dessein de fustiger et de dénoncer. Son livre est d’abord un constat sur une base de principe simple : les choses de l’économie ne se passent pas comme dans les livres ou sur les ordinateurs. Elles se passent là où les hommes se rassemblent, sur des territoires, dans des régions, des villes, grandes, petites. L’économie est un fait social totalement incarné. Pour bien comprendre comment la « chose économique » se déroule, pour savoir si telle action économique a bien atteint son objectif ou plus prosaïquement pour être sûr que telle situation économique dans telle région est le reflet des politiques menées depuis des dizaines d’années, il faut examiner les données à la loupe, aller rechercher les faits, les connecter entre eux.

Ce n’est pas chose commode quand on sait que « L’économie a toujours eu du mal à intégrer l’espace dans son corpus théorique » prévient Laurent Davezies! On dispose de mille études sur les effets de la mondialisation sur le territoire mais de pratiquement aucune sur la solidarité entre les territoires opérée grâce aux budgets publics et sociaux » remarque ironiquement Laurent Davezies.

 

La crise qui vient, une des plus graves que la France ait connue!

 

Analysant dans toutes ses composantes sociales, territoriales et économiques la crise financière et monétaire de 2008-2009, l’effondrement des subprimes, apparaît comme une «sortie de route d’un système débridé ». Passant en revue ses conséquences, Laurent Davezies nous montre une France résistante jusqu’au moment de la crise de la dette souveraine quand tout prend une dimension d’une gravité exceptionnelle.

 

« La France est à la veille d’un choc nouveau et autrement plus brutal que les précédents. Durant les crises antérieures (1974, 1982, 1992), les budgets publics et sociaux avaient permis aux territoires de connaître un développement aussi inattendu qu’ignoré…. Les amortisseurs étaient plus puissants que les chocs. Avec l’asséchement des finances publiques, les territoires sont et seront de moins en moins protégés ».

L’intérêt de ce livre réside dans la mise en lumière par l’auteur des caractères qu’ont fini par acquérir les territoires et régions de France. « L’énigme des décennies passées : malgré la dureté de la restructuration de l’économie française, les inégalités de revenu par habitant entre les régions, les départements ou les zones d’emploi n’ont cessé de se réduire ». Et de passer en revue les quatre France qui ont émergé de cinquante années de politique de redistribution. Et de souligner que le coût de la redistribution exprimé sous sa forme territoriale n’a jamais vraiment fait l’objet d’études. Et de montrer que cette absence de connaissance arrangeait peut-être tout le monde.

 

Géographie économique de la sortie de crise: les métropoles nœuds critiques de la croissance future

 

«  Par le  biais des budgets publics, la redistribution interterritoriale a permis la croissance des régions les moins compétitives. Ce sont en effet les plus pauvres du pays qui disposent aujourd’hui en termes relatifs des ressources publiques les plus importantes ».  Ainsi l’observation des faits économiques aboutit à relever des contradictions graves, dont la gravité va s’exacerber dans les années à venir. Une politique de réduction de la dépense publique va plonger dans des situations dramatiques des régions ou des territoires qui ne compensaient plus leurs faiblesses que grâce à cette dépense. Le Limousin : 40% du revenu brut disponible sous forme de dépenses publiques en tous genres.

 

Les crises successives montrent que ce sont les grandes agglomérations et leur réseau qui tirent leur épingle du jeu. L’organisation du territoire apparaît alors très clairement comme une composante essentielle de la réussite d’une politique de restructuration du secteur privé et du secteur public. « Il y a une France qui peut gagner. C’est la France des grandes métropoles ». C’est là où la modernisation du tissu productif a pu se dérouler. C’est là où s’est concentrée la matière première utile à l’industrie moderne : l’intelligence, la compétence, la formation. « C’est aussi la France des plus riches » nous rappelle l’auteur. Pendant ce temps, la crise fait apparaître les termes douloureux de la vie économique pratique : «  plus un territoire est dynamique, moins il reçoit de ‘ réfugiés économiques ‘….

 

En France, on ne quitte pas les zones sinistrées pour les territoires dynamiques ».

 

Restructurer pour la croissance, répondre à l’exigence de maîtrise et de cantonnement de la dépense publique, cesser d’affecter les recettes aux zones économiques, secteurs ou territoires les moins efficaces, voici les éléments entre lesquels la puissance publique devra trouver un équilibre…

La Région parisienne, nous rappelle l’auteur contribue à un niveau considérable à l’équilibre du reste de la France, c’est un territoire d’excellence et de réussite. Si la politique de gestion des finances publiques devait s’appuyer sur la réduction des dépenses publiques, elle serait parmi les bénéficiaires et son dynamisme serait amplifié…mais les principales régions perdantes seraient celles qui sont déjà les plus pauvres. Si, à l’inverse, le choix portait sur l’augmentation des recettes, les plus épargnées seraient les moins compétitives, les plus pauvres, celles d’où on ne peut plus s’échapper et qui vivent dans une spirale d’appauvrissement et de fermeture.

« La nouvelle grammaire de la croissance érige aujourd’hui le territoire en facteur de production » affirme avec conviction l’auteur de ce petit livre passionnant.

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