La France et ses multinationales

Critique de « La France et ses multinationales ». Stratégie globale et intérêt national. Sous la direction de Laurent Faibis. Avec la direction de Jean-Michel Quatrepoint. Xerfi éditeur. 22 euros.


Voilà un livre piège. A un double point de vue. Piège à Grands patrons qui sont venus témoigner avec intelligence, pertinence et mesure dans un livre « godillot et kolossales finesses ». Piège à lecteurs, qui  s’imaginent qu’on va leur parler de ces firmes multinationales qui font la France et qui se retrouvent avec une sorte d’exaltation « revival » de l’Etat-éclairé et interventionniste,  genre « le Miracle du Plan dans les années Soixante ».

Il faut commencer par la fin pour montrer qu’il n’est pas même utile de s’attaquer au commencement ! Quelle arrogance dans cet épilogue où nos auteurs nous renvoient à un discours dont on aurait cru les poncifs oubliés. « A quoi bon lutter se dirait ce vieux peuple… ».  C’est la critique d’un livre sur les multinationales que vous lisez à l’instant et voilà qu’on sert les propos délirants d’un Adolphe Hitler tel que caricaturé par Francis Blanche.  « ….transformons Paris en un vaste musée et la France en un parc d’attractions… abandonnons toute ambition… . » !!! Vous  trouvez que le critique en fait trop. Alors tenez, une autre encore ! « La seule question qui vaille est aujourd’hui de savoir si les français ont encore collectivement envie de se battre… ». Un livre qui termine de cette façon ne peut pas être autre chose qu’un « catoblépas » qui, selon Flaubert, est un animal imaginaire si stupide qu’il dévore ses propres pieds sans s’en rendre compte.


Mais nos auteurs ont pris soin de nous mettre en garde. Les temps sont durs et « il faut s’y résoudre, nous ne sommes plus seuls » (sic !)


Les auteurs, tous ceux qui ne dirigent pas des Firmes multinationales, nous disent qu’ils se sont attachés à comprendre et interpréter ce que les multinationales françaises peuvent apporter à la France. Louable entreprise. D’autant plus intéressante que, nous dit-on les français n’aiment pas leurs champions et ne savent même pas que la France en a de très nombreux. Plus nombreux même que sa taille, son rang économique, la structure de son PNB le laisseraient supposer.


Donc, lisant ce livre, on s’attendrait à une interrogation forte sur l’origine de ce ressort français qui a fait cette chose étonnante : doter la France de tant de firmes qui sont des leaders sur leurs marchés à l’échelle du monde et ce, à peu prés dans tous les domaines économiques. Surperformant  l’Angleterre, surperformant le Japon et même l’Allemagne… dont pourtant nos auteurs  nous disent qu’il faut absolument imiter son esprit d’entreprise.

Mais voilà, l’existence de ces firmes françaises, de ces champions, dans le genre de Michelin, du type de Saint Gobain, c’est surement un fait du hasard. Une incongruité de l’histoire économique, un ricanement des consensus boursiers. Car, tout à l’inverse de ce qu’on pourrait en conclure, par « la faute à une inculture économique ? Les français ne comprennent pas les motivations de l’entrepreneur trop vite associé à l’appât du gain…l’entrepreneur est un aventurier et un créateur… la France en manque cruellement… ». Quelqu’un a dit que la France « c’est le capitalisme » sans les capitaux, ce livre montre que c’est pire : « c’est le capitalisme sans entrepreneur ! ». Plus étrange encore, il nous invite à « un capitalisme sans capitalistes ».


 Le livre, en effet, contient une étrange incantation contre le capitalisme. C’est en ce sens qu’il donne le sentiment que quelques grands dirigeants ont été piégés dans un brûlot qui ne pouvait pas être de leur goût. Les investisseurs, les épargnants, les propriétaires des entreprises ne sont, à lire nos auteurs, que les prédateurs dont il faut  « délivrer ces personnes morales productives que sont les entreprises ». C’est qu’elles ploient et plient sous « une sujétion à des actionnaires myopes ou aveugles sur les Conditions de croissance durable de l’activité de l’emploi et des profits.. ». L’entreprise est non seulement mal-aimée des français, incomprise de nos ingénieurs, cadres etc. mais en plus, en tant qu’unité créatrice de valeur, elle est victime de la bêtise d’actionnaires incompétents et de leur avidité conjuguée. Quand ils ne sont pas simplement stupides, quand ils peuvent même, par surprise probablement, faire preuve d’imagination, de créativité et de réussite, rien ne garantit qu’ils soient dotés de sens moral ou de sens des responsabilités (nationales s’entend). Le bel exemple de Prime Minister est là pour nous rappeler que le créateur « successful » d’une entreprise est capable de s’en croire propriétaire et peut pousser l’inconscience au mieux, et la volonté de nuire au pire, jusqu’à la vendre aux plus offrants. Et même  à des étrangers ! Des étrangers, vous avez bien lu ! Et nos auteurs de dénoncer tout uniment, une génération sans foi qui n’a d’autre loi que l’ « idéologie du take the money and run…. »


Allons ! Heureusement, tout ceci peut être corrigé. Le miracle est encore possible. Les Français sont amendables. A quelques conditions simples, basiques a-t-on envie de dire, et d’abord rompre une bonne fois pour toute avec cette « erreur d’un désengagement trop massif de l’Etat». En effet, « la Nation doit équilibrer ses relations avec le reste du monde. » Il faut renforcer le FSI (Fonds souverain à la Française) et la capacité des  régions…. Il faudrait peut-être retrouver l’audace des Sociétés de Développement Régional. Il faudrait, pour qu’enfin la finance soit mobilisée au service de la Nation, mettre en place une institution nouvelle : « la CFA, corporate funding association, pour remplacer les banques qui ne font pas leur métier ». Il faudrait que « l’épargne nationale et l’activité de nos établissements financiers soient mieux orientées vers le soutien d’investissements productifs ambitieux ». Il faudrait….


Mais attention ! Dans ce monde dur et exigeant que nos auteurs dessinent, il n’est pas question de venir enrichir le spéculateur: «  Il faudrait un actionnariat dissemblable par nature de l’actionnariat de marché puisque ses titres représentatifs n’ont pas vocation à être soumis à l’appréciation des bourses… ». Il faudrait se préserver des marchés. Il ne sera pas dit que la politique économique et industrielle de la France se fait à la corbeille. Il ne sera pas dit que le capitaliste apatride viendra voler le fruit du travail des Français. A ce sujet, l’intérêt des non-résidents pour les entreprises françaises n’est-il pas dangereux ? La dette française portée par des investisseurs étrangers n’est-elle pas la source de toutes les aliénations ?


Heureusement, les auteurs ont su contenir leur enthousiasme pour les bonnes vieilles recettes du passé. Ils ne nous ont pas appelés à répondre à « une ardente obligation ». Mais, comme tout le monde, ils ont suggéré que l’Allemagne et sa cogestion nous montraient la voie.


 « Le suprême bon ton était d'être américain à la ville, Anglais à la cour, Prussien à l'armée; d'être tout excepté Français. » disait Chateaubriand.

 

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