Vieille France, Roger Martin du Gard,

Vieille France,

Roger Martin du Gard,

Lu dans, Gallimard, édition de 1933

 

Pas de critique littéraire pure, pas de critique d’art trop « générale ». Voici les principes que je m’étais assignés. « Appuyez-vous sur les principes, ils finissent toujours pas céder ! » Donc j’ai cédé. Je ne recommencerai plus (Peut-être !)

 

Pourquoi cette rupture avec des engagements censés ? Il faut revenir à cette bonne habitude que j’ai de fréquenter les bouquinistes au long des quais de la Seine. Il s’ensuit des discussions vives, animées, intéressantes (à condition de choisir son bouquiniste) et des achats de livres.

 

Pour quelle raison ai-je acheté : Vieille France ? Un livre de l’Entre-deux Guerres, période que je déteste avec constance depuis des dizaines d’années. Pourquoi Roger Martin du Gard ? J’ai dû lire, il y a près d’un demi-siècle, quelques volumes des Thibaut… Non, la raison n’était pas là : c’est le mot « France » qui m’a accroché. J’achète souvent des livres qui parlent de la France, qu’il s’agisse de romans, de pensées ou de vieux livres d’histoire.

Et là, en plus, c’était « Vieille France ». « Vieux, Vieille » appliqués à « Pays », « Nation », France, sonnent doux et chaleureux. Allez donc traîner un peu sur google. Faites « vieille France » et « images »…et vous verrez si ce n’est pas charmant. Il y a même la carte de la France aux 130 départements !

 

Achetant ce petit bouquin de deux cents pages, je m’attendais à un chant, une élégie, une hagiographie, le charme d’autrefois, le parfum d’une France agreste, le foin en meule, le fromage en roues et la ville tout au loin, pas trop prés en tout cas… du beau, du bon…

 

Et patatras… c’est un livre au vitriol. La technique d’écriture est classique et montre qu’on est en face d’un pro de la littérature. Un facteur, dans un village de la France profonde, la vraie France, fait sa tournée, par un beau jour d’été. Au gré de son passage, calculé toujours, inventé parfois et des livraisons du courrier qu’il a préalablement lu, ses concitoyens se révèlent.

 

Ils sont tous, idiots et bêtes, méchants parfois, libidineux en général, facteur compris. C’est un concert de musique dissonante où l’argent, en tout petit, l’âpreté au gain, en très grand, l’envie ou la rancœur font entendre de francs désaccords au rythme d’une partition de complaisance. La vie de village que voulez-vous, c’est une vie de communauté ! « on a beau dire, on n’est pas des bêtes ! ». Eh bien si! et Roger Martin du Gard, offre à notre odorat autant qu’à notre vue, une ménagerie douteuse.

 

Il est de grands moments dans cette société inhumaine. J’en ai même tiré quelques citations. Roger Martin du Gard met cette vie de village dans un chaudron puant, en phrases serrées, en dialogues où l’ellipse, le non-dit des phrases qu’on n’achève jamais et la fausse concision sont des moyens autant de ne pas dire que de faire dire. Et il laisse mariner. C’est un précis de décomposition tel que Cioran aurait pu l’écrire si ce n’est qu’ici la décomposition est une affaire qui durera : le corps social, sous la plume de l’auteur, la collectivité villageoise, puent l’ordure et la charogne pour l’éternité.

 

Et le curé du village de s’exclamer, pour conserver un fétu d’espoir ou pour achever de désespérer, que Dieu a fait l’homme à son image. 

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