L'incohérence Française

....Il y a donc du pain sur la planche pour un Président de la République. Encore faut-il qu’il ne chausse pas les chaussons de François Mitterrand et qu’il ne conduise pas la politique française en regardant dans le rétroviseur.  A l’origine, un péché qui pourrait devenir mortel : « le traité de Maastricht est un triple marché de dupes : trois grands acteurs poursuivaient des objectifs mutuellement incompatibles et ont pu les faire inscrire dans le traité en raison des circonstances » et pour enfoncer le clou « la France est la grande cocue de Maastricht ». Et de  poser avec force, le répétant tout au long de son livre, que « les années 1991-1993 resteront dans notre histoire comme les trois mortelles ». 


Christian Saint Etienne,

L’incohérence française. Essai. Grasset Editeur.


Autant, y aller directement et frontalement : « 2012 va briser la France ou être le tremplin de son renouveau ». Christian Saint Etienne ne dit pas les choses à moitié. Il ne dit rien dans ce livre pour être complaisant. Il a place son discours dans l’esprit qui suit « quand on n’a pas encore basculé dans le vide, il est toujours temps de s’arrêter ».


Son analyse est claire, historique et factuelle. La France s’est dramatiquement trompée quant à sa politique européenne, elle s’est fourvoyée dans la non-décision pour ce qui concerne sa politique interne, elle a réussi cette prouesse que le pays dont le système est le plus protecteur et le plus « social » du monde ne produit que des mécontentements.


Il y a donc du pain sur la planche pour un Président de la République. Encore faut-il qu’il ne chausse pas les chaussons de François Mitterrand et qu’il ne conduise pas la politique française en regardant dans le rétroviseur.  A l’origine, un péché qui pourrait devenir mortel : « le traité de Maastricht est un triple marché de dupes : trois grands acteurs poursuivaient des objectifs mutuellement incompatibles et ont pu les faire inscrire dans le traité en raison des circonstances » et pour enfoncer le clou « la France est la grande cocue de Maastricht ». A ce titre pose-t-il avec force, le répétant tout au long de son livre, « les années 1991-1993 resteront dans notre histoire comme les trois mortelles ».


Christian Saint-Etienne n’est pas un anti-européen, comme cela devient très à la mode ces derniers temps : bien au contraire. Il plaide efficacement pour une Europe qui même réduite à ses composantes dures, celles du Marché commun, représente la deuxième puissance économiques mondiale.

« Le paradoxe est que François Mitterrand marqué à vie par l’effondrement militaire de 1940 a provoqué un effondrement économique en France d’ampleur comparable en croyant l’éviter ». La France s’est désindustrialisée, elle a perdu contre, non seulement l’Allemagne, mais aussi le reste de l’OCDE, des parts considérables de marché à l’exportation. « La France est tout simplement en train d’être déconstruite ». Ce processus qu’il qualifie à plusieurs reprises d’auto-mutilation, est loin d’être la conséquence malheureuse de quelques anomalies naturelles. Non, la France n’a aucune infériorité ni sociale, ni intellectuelle, ni technique par rapport à l’Allemagne. Ses gouvernements ont simplement aligné « des choix de politiques économiques …totalement incohérents » quand l’Allemagne prenait les bonnes décisions.


Aux réformes allemandes du marché du travail et de l’ensemble de l’économie menées tambour battant de 1998 et 2005, à l’augmentation de la TVA, à plusieurs reprises dont pour la dernière fois en 2007, à l’affirmation du primat de la production « métropolisée » qu’ont répondu ou qu’ont faits les gouvernants français ?  Ils se sont lancés dans des batailles sans grand intérêt pour …abaisser la TVA, alors que tous les autres  pays européens l’augmentaient. Ils ont déchaîné la dépense publique au nom de la relance par la consommation. « En France, la dépense publique française a ainsi atteint 56% du PIB en France dont 33% du PIB pour la protection sociale, record du monde absolu, alors qu’en Zone euro hors France, elle s’est établie à moins de 48% du PIB ».


Et tout ça pour aboutir à cette situation incroyable où on relève un « divorce flagrant entre la réalité d’une France qui est un des trois pays les plus égalitaires et les plus sociaux du monde avec la Suède et le Danemark, et le discours public contraire qui aliment une critique constamment malveillante à l’égard de la société française ».


Devant ce gâchis, cette complaisance des politiques de gauche, mais aussi de droite, dans le droit fil de 1993, Christian Saint Etienne ne peut s’empêcher des accès de fureur  et des moments d’émotion sincère: « quel est ce peuple qui se honnit lui-même et ces élites qui vomissent  leur propre pays et tout ce qu’il a accompli ? »


Ce n’est pas un livre de « regret » qui est donné à lire, mais un livre de propositions, partant de principes simples « il faut rétablir le primat de la production sur la consommation, restaurer les finances publiques, rétablir une compétitivité économique et fiscale… l’entreprise et l’entrepreneur en première ligne pour reconstruire un système productif compétitif ».

La question européenne est stratégique : croit-on qu’il est possible de faire qu’une Europe remise d’aplomb pourrait ressembler à l’Allemagne et à une partie de l’Europe du Nord ?… le simple effet de volume sur les exportations conduirait à l’effondrement du dollar, car à qui, sinon aux Chinois, et aux Américains être destinées les exportations européennes ? croit-on qu’on pourra continuer à faire fonctionner une Europe sans budget fédéral comme aux Etats-Unis où l’arme budgétaire est aussi un moyen de rétablir l’équilibre en Etats pauvres et Etats riches. On entend beaucoup parler de prendre l’argent aux riches pour le rendre aux pauvres… On entend Christian Saint Etienne reprendre cette idée, éculée dans l’ordre interne, mais très neuve sur le plan européen. Un vrai budget fédéral, ne serait-ce pas cela justement ?


Il appelle les Français à quitter cette attitude qui conduit à ce que « nous sommes davantage des spectateurs critiques que des acteurs responsables ».


Thucydide, cité par Chateaubriand, parle ainsi de la foule athénienne..."Regardeurs de discours et auditeurs d'action". Follement, ils se sont détournés de la gloire et ont vu leur empire s’effondrer.

Christian Saint Etienne ne se voit pas en regardeur. Il propose pour la France et en appelle aux Français. 

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