Le Mystère Français

Chronique du livre d'Hervé le Bras, Emmanuel Todd "Le mystère français" Editions du seuil "La France ne va pas si mal..." A lire absolument, pour enfin quitter les histoires qui ronronnent sur les vilains banquiers, les méchantes dettes publiques, les horribles histoires de QE 3, 4 etc et les fureurs du Président de la Buba.


Hervé le Bras, Emmanuel Todd

Le mystère français

Editions du seuil


La pensée économique française a été ravagée par l’idéologie de l’ultralibéralisme, son application caricaturalement limitée et intellectuellement indigente, la théorie des marchés, mais surtout par la réduction de cette idéologie et de ses applications à l’ultralibéralisme financier et bancaire.

Ici et là, on voit réapparaître des recherches qui évitent les chemins soi-disant scientifiques des théories néolibérales, les calculs de type quantique sur des données dont la valeur probante, efficace et attestée aurait probablement plongé dans l’angoisse un néanderthalien un peu futé ! On voit revenir des réflexions sur la valeur qui renvoient les soi-disant prix formés sur les soi-disant marchés purs et parfaits à ce qu’ils sont : des trucages et de la poudre aux yeux. Commencent à se faire entendre des réflexions sur l’inscription nécessaire de la durée dans les raisonnements économiques. Deviennent audibles les discours sur les résultats de recherche sur le terrain, enquêtes économico-sociales etc.

Le livre d’Hervé le Bras et Emmanuel Todd fait partie de ceux-là.


Commençons par la fin : « le logiciel économique et monétaire simpliste de nos dirigeants les rend aveugles à l’existence d’une dynamique historique et sociale française spécifique, mouvement que l’on peut optimiser et adapter mais non contredire ni briser. Le règne de la « finance » ultralibérale n’exprime pas seulement la domination de l’argent, mais aussi celle d’une vision abstraite des hommes, qu’ont intériorisé aussi bien les politiques que les banquiers et des dirigeants des grands groupes. »

Et c’est, en effet, l’enjeu de ce livre que de montrer qu’à l’aveuglement des « Elites » qu’elles soient de droite ou de gauche, il faut opposer un « réalisme » scientifique et imposer ses méthodes et ses observations.


Les auteurs frappent d’emblée très fort en énonçant à l’encontre des pensées convenues qu’ « entre 1980 et 2010, la France …. a davantage changé durant (ces) trente années …. que durant les trente années précédentes. Le discours purement économique sur les « Trente Piteuses », succédant aux Trente Glorieuses, oublie cette accélération du changement social ».

Le fond du livre est bien là : les chiffres économiques ne valent pas s’ils ne peuvent parler du social, c’est-à-dire des hommes dans leur existence concrète, sociale, culturelle, familiale, dans leurs projets de vie et dans leur vision pratique de l’avenir.


Et d’enfoncer le clou sur un indicateur proprement non économique : « Les bouleversements culturels des trente dernières années et les difficultés économiques aggravées des dix dernières n’ont pas empêché un développement démographique qu’il ne serait pas absurde de qualifier d’harmonieux ». Pendant les fameuses « piteuses », entre 1981 et 2011, la population française a progressé de 55 à 65 millions, soit 10 millions ; Allemagne, de 3 millions, Italie, 4, la Grande-Bretagne, 6…

La France n’est pas un marché, tapis vert d’un billard où les prix sont des boules qui roulent sans entraves ni secousses. C’est une construction, c’est une invention, ce sont des mentalités inscrites dans les siècles. C’est une société qui n’a cessé de se renouveler sans pour autant déclencher sans cesse des révolutions.

Mais la France est aussi ce concentré de convictions exaspérantes, de contradictions ancrées dans une certaine arrogance.


«Dans la France actuelle culturellement dominée par les fidèles de la vieille éducation bourgeoise, l’une des réalités les plus difficiles à accepter est l’importante élévation du niveau de formation  des classes populaires ». Les développements sur l’Education montrent d’une façon très claire les progrès de la France qui, en trente ans, a fait passer les catégories « sans aucun diplôme » de 57,7% à 12,4% et celles du «Bac général et plus » de 13,1 à 48,6%. Ces analyses montrent par la même occasion, la source de nouvelles peurs. «Le renversement de la pyramide éducative conduit la majorité des français à craindre de ressembler aux 12% sans diplômes». L’espoir de monter a été satisfait… Lui suit, la crainte de descendre !


Les violences corses, ne seraient-elles pas une illustration remarquable de cette peur ? La Corse est une des dernières régions de France où la part des « sans diplômes » est prédominante.


La fracture française serait alors à mettre au compte d’une société qui a « réussi » : il y a un siècle les classes inférieures avaient leur propre idéologie, qui leur permettait de progresser pour elles-mêmes et de contester la supériorité des classes supérieures… Dans la mesure où, en bas comme en haut de la société, on admet que le mérite doit régner, ceux des classes inférieures peuvent tout au plus chicaner sur la manière dont la sélection a été effectuée, mais non s’opposer à une norme à laquelle tous adhérent ».

On aimerait aussi mentionner les réflexions passionnantes sur le « christianisme Zombi », sur le rôle du communisme et le vide que son effondrement a laissé dans les esprits et la société françaises. On aimerait exposer les caractères de deux France, celle de la famille souche et celle de la famille nucléaire…. Et reprendre les commentaires sur une France qui devient progressivement matriarcal.


Ce livre est très riche. Il faut le lire pour réfléchir, évacuer les idées toutes faites et tendre l’oreille à ce que les auteurs disent de la Société française: «dans ses profondeurs, la France ne va pas si mal : niveau éducatif, fécondité, espérance de vie, taux de suicide donnent l’image d’une société qui a atteint un palier, dont les franges inférieures et supérieures s’effilochent mais dont le centre-90% de la population tient le coup. La France, si elle n’a pas échappé à la libéralisation financière et au déclin industriel a mieux que d’autres nations développées résisté à l’accroissement des inégalités matérielles.

 

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