Sonia Bressler, L'hiver au Tibet

Chronique du livre "Voyage au cœur du Tibet" de Sonia Bressler (Jacques Flament Edition). L'auteure a cherché les contacts avec le Tibet social, scolaire, religieux, entrepreneurial. Elle a multiplié les entretiens et les visites dans les écoles, les universités, les hôpitaux, les monastères, sans arrière-pensée et sans préjugé. Livre sympathique. Chaleureux.. Par moins quarante...

Comment plier un voyage dans une valise ? La question est judicieusement posée : l’auteure du «Voyage au cœur du Tibet» ne s’est pas contentée d’une virée touristique. Son livre n’est pas un énième guide Baedeker pour touriste en mal d’altitude. Pas plus qu’il ne cherche à résumer le Tibet à la lumière du Bouddha et des moulins à prière d’une contrée marquée par le doigt de Dieu. Elle a cherché les contacts avec le Tibet social, scolaire, religieux, entrepreneurial. Elle a multiplié les entretiens, les visites, les rendez-vous, dans les écoles, les universités, les hôpitaux, les monastères. Entretiens directs et sans arrière-pensée. Sans préjugé aussi, ni vis-à-vis de la Chine dans ses rapports avec le monde Tibétain, ni vis-à-vis du mode de fonctionnement de la société tibétaine.


Sonia Bressler n’en est pas à son coup d’essai. Elle aime voyager. Elle aime prendre des risques, toujours équilibrés. Et aller à la rencontre des autres pour bâtir, aider à l’émergence des idées, des œuvres et des talents. Un livre chroniqué dans « le cercle plus » sur un voyage à en témoignait. L’auteure aime se rendre en Inde, au Népal, en Chine, chaque fois qu’il lui est possible de s’échapper des différents travaux dans lesquels elle s’est engagée, chaque fois surtout qu’elle peut bâtir un périple intéressant appuyé sur des contacts locaux, lui permettant d’ouvrir des portes qui ne sont pas uniquement celles des sites de visite classiques, des temples recommandés ou des sites exceptionnels. Ses voyages reposent sur des chaînes d’amitié, de connaissance et de reconnaissance. Elle excelle à les mettre sur pied, à les animer et à parcourir les pays qu’elle sillonne de contacts et de relations, en contacts et en relations, cherchant tout ce que ces réseaux lui apportent de non-conventionnel. 


Elle connaît le Tibet. Elle a arpenté le versant népalais de l’Himalaya. Elle connait bien la Chine et l’avait rejointe par la voie la plus longue et la plus lente, la plus insolite, celle du Transsibérien. Son journal de voyage avait été édité par la maison qui s’est chargée de son « voyage au cœur du Tibet ». L’expérience vécue dans le transsibérien n’a pas été étrangère à l’idée qui a prévalu pour ce dernier voyage de Chine au Tibet.  Elle a aimé en compliquer les données. Eviter les moments où le tourisme bat son plein. Ne pas être emportée par une foule de touristes en mal de sensations extrêmes et de sensationnel mystique. Elle a donc choisi de partir en plein hiver. "C’est la période creuse" m’avait-elle dit. "Les hôtels sont à des prix nettement plus abordables qu’en été !" Je lui avais demandé si la température locale était abordable en hiver ! Ce n’était pas le sujet.


Son sujet avait été d’abord de planifier visites et rencontres. Le livre prend tout son sens à la fois, dans la rencontre avec ce haut plateau dans des conditions redoutables, effroyablement dures, mais aussi avec les gens de tous les jours, pour qui  l’effroyablement" dur n’est pas une épreuve quotidienne mais le contexte naturel de la vie et de son déroulement sous toutes les formes: vie des écoles et des universités, vie dans des entreprises et projets d’investissements en tous genres. Elle ne présente pas le Tibet sous sa version traditionnelle, à base de religions, de Dalaï Lama, de Chinois invasifs et de montagnes mutiques. C’est un Tibet "économique et social"soucieux des questions de santé, programmant les investissements d’infrastructures, routes, nouvelles voies de chemin de fer, énergie. Ce sont des Tibétains qui lui racontent leurs vies d’éleveurs, de médecins, de professeurs, de moines et de chefs d’entreprise etc…


Sonia Bressler livre ses observations telles qu’elle les a vécues. Sans s’imposer les schémas convenus. Sans engager des débats profonds sur la Révolutions culturelle, sur la fuite du Dalaï Lama, sans éluder le rôle et la présence des monastères et d’une religion présente à chaque pas, sur chaque col, au pied des monstres que sont les grands massifs de l’Himalaya. C’est un récit sans conclusions, ni morale ou prises de position. Un récit de voyage qui a cette richesse de plus que le voyage se déroule au sein de la société tibétaine où on vit, rêve, tombe malade, travaille, qu’il fasse moins quarante ou non, qu’on soit à 4000 ou 5000 mètres, qu’il faille qu’on est trop fatigué, respirer un peu d’oxygène en spray, disponible dans tous les débits de boissons qui se respectent.

                                                           


Quelques citations



50 L’altitude moyenne du plateau du Tibet : quatre mille mètres. Nous allons voyager sur le Toit du Monde. Une manière d’être plus près des étoiles.
62 … Les quatre mille mètres sont atteints depuis un petit moment. Je souris en imaginant un train passant non loin du sommet du Mont Blanc
63 La seconde nuit est plus délicate : le sommeil devient plus difficile. Le corps éprouve la raréfaction de l’oxygène. Au second petit matin, l’altitude maximale est atteinte : 5072 mètres au col de Tanggula.
68 … Lhassa… un lieu de mythes, un lieu d’histoire, un lieu d’entropies entrelacées.
77 Généralement, les guides de voyage décrivent la ville comme séparée en trois secteurs : tibétain, musulman, chinois…
88 Au Tibet, les artistes sont : des « peintres des divinités » ou des « fabricants de divinités ». Au cœur de cette interdépendance de l’art et de la religion, les Tibétains distinguent traditionnellement trois types d’œuvres : les images « support du corps du Bouddha », qui comprennent les peintures et les sculptures ; les textes « parole du Bouddha » ; enfin, le « chörtens, supports d’offrande, structures géométriques de toutes tailles, donc chacun des niveaux symbolise à la fois une partie du corps humain, un élément du Bouddha et une partie de l’univers.
106 La lumière qui traverse l’Himalaya est sûre d’elle-même. Elle transperce l’esprit, fortifie le corps. Elle livre ses mystères. Elle est tranchante.
121 Peindre un Tangka, … est avant tout un acte religieux. Ce dernier accroît non seulement  les mérites de son commanditaire (généralement un croyant) mais favorise en miroir ceux du peintre.
123 La peinture des yeux des personnages divins n’a lieu qu’au dernier moment. Il faut que l’œuvre soit entièrement coloriée… cet acte est une cérémonie en soi, elle se nomme « spyan dye » : l’ouverture des yeux.
188 …Dans la salle à déjeuner de l’hôtel… de la bière tibétaine et différents alcools à vendre, mais on y trouve également des sprays individuels d’oxygène….


En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-85069-lhiver-au-tibet-rencontres-dun-autre-type-1006042.php?TrC8tE1KyGrlUxbm.99


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