Pierre Picquart, où sera la Chine dans 20 ans

Critique du livre de Pierre Picquart : « La Chine dans vingt ans et le reste du monde ». Editions Favre. Mars 2011. 18,50 euros

Les livres qu’on installe dans sa bibliothèque pour pouvoir s’en resservir le plus souvent possible sont les plus précieux. Qu’est-ce qu’un livre-outil en économie ? Pierre Picquart en donne ici un bel exemple.

Les livres d’opinions sont souvent passionnants, mais masquent volontiers derrière des vivacités de plume une certaine indigence d’informations factuelles si ce n’est un usage approximatif d’informations non contrôlées. Ce livre-ci, qui est aussi, que cela plaise ou non à son auteur, un livre d’opinion, s’est voulu d’abord et avant tout un livre d’informations, de données, de chiffres venant du passé et prolongés vers l’avenir

Le livre de Pierre Picquart est un document complet sur la Chine « dans vingt ans » face au « reste du monde ». Bien sûr, il n’est pas le seul à avoir écrit un bouquin sur ce beau et mystérieux pays sur le point de surperformer tous les vieux champions. Ce qui est intéressant ici c’est que le livre est à la fois remarquablement construit et documenté.

La Chine donc est dans l’immédiat un redoutable challenger pour l’ensemble de la planète et surtout pour les ex-grands de ce monde que sont les Etats-Unis et les pays Européens. Pierre Picquart la décrit dans le détail, des années récentes  qu’elle vient de traverser et qui en ont fait l’atelier du monde et le détenteur des plus colossales réserves de change de tous les temps. Il nous dessine le cheminement qu’elle va suivre pour devenir la plus grande nation du monde, sur le plan économique et financier, sur le plan démographique et culturel mais aussi sur les plans scientifiques et techniques.

Les chiffres sont saisissants. Ils sont disposés par Pierre Picquart comme en ordre de bataille, les villes explosent, les moyens de communication aussi, la Chine va devenir le réseau  routier, ferré, aérien le plus considérable du monde. Les ports vont devenir gigantesques et la marine chinoise, reniant l’acte de déni qui vit quelques siècles  auparavant ce pays se refuser à être une puissance maritime, sera la plus importante du monde. La Chine devient le premier investisseur direct dans les pays du monde entier dans tous les domaines et de façon très frappante dans le domaine agricole où elle achète des millions d’hectares sur tous les continents. Les universités produisent déjà des milliers d’ingénieurs et de techniciens supérieurs. Les centres de recherche sont de plus en plus richement dotés.

Les nouvelles frontières de la Chine seront-elles situées sur la Lune ou sur Mars ? La puissance chinoise s’imposera-t-elle en matière diplomatique, vis-à-vis des grandes questions internationales, FMI, monnaies internationales, et ONU… Serons-nous « Demain, tous Chinois ? ». Le sous-titre du livre pose la question sans détour. Et sa conclusion est sans ambiguïté : « c’est un bouleversement radical auquel nous allons devoir nous habituer ».

Ce serait pourtant renier la mission du critique que d’arrêter ici, ayant salué la qualité remarquable de l’ouvrage et distribué des bons points. Il faut aller un peu plus avant, justement.

Lisant ce bouquin passionnant, convaincu qu’il faut que d’autres le lisent, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à cet autre livre tout aussi passionnant et étonnant pour son temps, écrit par un gourou américain de la prospective, Hermann Kahn.  « Le Défi Japonais » parût en France en …. 1971. Il y a quarante ans, ce livre décrivait l’ascension irrésistible du Japon, écrasant toutes les taupinières occidentales sur son passage. Hermann Kahn prévenait les peuples occidentaux : « ce pays dépassera les Etats-Unis pour le PNB par tête, et peut-être pour le PNB total aux environs de l’an 2000… » Et d’ajouter « une chose parait certaine. … les Japonais entendent faire de leur environnement une œuvre d’art et une merveille technique. » On n’aura pas la cruauté d’insister sur ce que les japonais ont fait de leur environnement. On sait bien que les évènements naturels sont la source d’un drame exceptionnel. Il n’en demeure pas moins que les prévisions d’Hermann Kahn ont été controuvées dans les grandes largeurs.

On dira que la science économique a fait des progrès pour ne pas tirer de cette comparaison une raison. Mais on dira aussi que quelques doutes sont émis ci et là sur cette montée sereine et impavide de la Chine vers les sommets. C’est, par exemple, Henry Kissinger convaincu que les desseins mondiaux de la Chine pourraient se heurter à des « enormous problems internally ».

Le premier problème, et non le moindre, va résider dans la confrontation entre le système politique actuel de la Chine et son développement économique et social. On ne « produit » pas impunément des dizaines de milliers d’ingénieurs, de chercheurs, d’entrepreneurs et de cadres gestionnaires, financiers sans que des questions de prises de responsabilité, d’organisation et de pouvoirs, ne surgissent.

Les investissements lancés pour équiper le pays devront être rentabilisés, et ce n’est déjà un secret pour personne que les nouveaux aéroports, lignes de chemin de fer à grande vitesse etc. sont lourdement déficitaires. Pour éviter que les grandes zones actuelles du développement économique chinois s’engorgent et soient victimes de « thrombose », le rééquilibrage du pays vers les villes du centre est indispensable. A quels coûts sociaux cela se fera-t-il?

Quant à la Chine, en tant que futur leader mondial, Henry Kissinger en jugeait ainsi "I doubt that a country that will be so preoccupied with this fundamental change will also have time to concentrate on dominating the world."

Dans quarante ans, Pierre Picquart aura-t-il raison ? Peu importe ! Il faut lire son livre parce qu’il pose et dimensionne la question chinoise avec rigueur et clarté.

 


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