Modèles


Courant février, j'ai eu le plaisir de donner une conférence sur ce sujet devant les membres de l'Association des Diplômés du Centre d'Etudes Supérieures de Banque. Elle a été enregistrée sous forme d'une vidéo et l'Association m'a fait le plaisir de me passer les codes permettant d'y accéder. Je vous les livre ci-après.  

Ils se présentent selon trois définitions. 


Bonne vidéo.

 

- full HD;  haute qualitéqualité standard qualité téléphone mobile :

Les Modèles sont mortels : la Finlande

L’affaire de la Grèce prend la tournure à laquelle il fallait s’attendre : après deux ou trois ans d’austérité qui ont vu son PIB régresser d’un tiers et après le retour à la case départ, c’est-à-dire à l’année de l’entrée dans l’Euro, les Grecs en ont par-dessus la tête et finissent par s’y prendre mal avec des dirigeants qui jouent les enfants terribles et des habitudes de ne pas payer leurs impôts qui deviennent déplaisantes.

 

Ils n’ont pas raison de prendre leurs partenaires pour des abrutis. Ils n’ont pas raison de ne faire de réformes que celles qui ne coûtent pas trop chères aux contribuables. Mais les autres pays de l’Eurozone, n’ont pas raison de ne pas écouter les messages que passent mal les Grecs. Les Allemands, en premier, ont tort d’afficher des airs offusqués à la manière de la vieille tante sans enfants qui ne supporte pas le bruit de la marmaille des autres.

On le sait, l’Allemagne se prend pour un modèle. Elle n’est pas la seule en Europe à avoir eu cette idée. Pour autant, l’Allemagne devrait se souvenir que les modèles sont des denrées fragiles et qu’il suffit de quelques mois pour que s’inversent des tendances qu’on croyait écrites dans le marbre. L’exemple de la Finlande devrait sonner douloureusement dans l’oreille de sa grande sœur en méritocratie.

La Finlande, ce pays qui ne ressemble pas à la Grèce.

Si on devait comparer les Finlandais avec les Grecs, on dirait qu’ils sont parfaitement opposés. Les souvenirs du passé démarrent quelques siècles après JC en Finlande et quelques millénaires avant en Grèce. La Grèce a une belle collection de temples grecs, en Finlande, il y a une gare centrale en granit (On a les Parthénon qu’on peut !). Enfin, on sait qu’il y a en Finlande autant de lacs qu’il y a d’îles en Grèce! La Finlande serait en creux ce que la Grèce est en bosse ?

Une autre différence ? Le village du Père Noël est en Laponie. La Finlande serait le pays du Père Noël et des cadeaux aux petits comme aux grands ? Ne nous leurrons pas ! Voici une autre différence avec les Grecs: la Finlande n’est pas le pays qui aura offert à l’Humanité des cadeaux qui secouent les civilisations. Le village du Père Noël est un coup touristique.

Selon certains linguistes, le mot «cadeau» n’existerait pas dans les langues finno-ougriennes ! L’installation du père Noël ne peut donc qu’être récente. La preuve ? Son peu d’effet sur le comportement social des Finlandais. Les Espagnols l’ont bien compris. Pas de cadeaux à attendre des Finlandais. Revenons en arrière: l’Espagne est à genoux, son système bancaire a explosé en plein vol, ravagé par une crise immobilière monstre comme les subprimes avaient ravagé le système bancaire britannique après avoir démoli l’américain.

Les Finlandais ne connaissent pas les «cadeaux»

L’Europe de l’Euro s’est mobilisée et a voulu mettre en place des mécanismes de sauvegarde de même qu’elle était intervenue au secours de l’Irlande et de son système bancaire tout aussi désastreusement atteint. A peine ces idées avaient-elles cheminé que la Finlande excipait de son sens des responsabilités, de son respect total à l’égard des obligations européennes et particulièrement celles qui étaient attachées à son inclusion dans l’Eurozone. Elle parla fort et haut des pays du Sud, cigales quand elle avait toujours su demeurer fourmi.

«Pas de cadeaux» se récria la Finlande! A l’égard des Espagnols d’abord quand on mit en branle le nouveau «MES» (mécanisme européen de sauvetage). Pas de solidarité avec les fautifs. La voix de sa vice-première ministre, ministre des finances, Jutta Urpilainen se fit forte et sûre d’elle : «La politique finlandaise est stricte, mais (...) nous avons respecté toutes les règles approuvées avec les autres Etats». Cela s’entendait ainsi : les Justes n’ont pas à subir les conséquences des erreurs de ceux qui ont méconnu le « droit chemin» et ses contraintes. La Finlande marqua son opposition sur à peu près tout et, précisément, les prêts aux banques espagnoles.

Pas de cadeaux! Et aussitôt de prétendre s’affranchir des règles de solidarité posées entre les Européens et d’exiger, seule parmi tous les européens, des garanties de la part de Madrid !!! Même les Allemands n’étaient pas allés aussi loin.

Des voies d’eau dans le navire-modèle

Ils ne se déjugèrent pas lors de «la crise grecque» et furent peut-être pires.

Lors du deuxième plan d'aide à la Grèce, les Finlandais s’en furent signer un accord bilatéral avec Athènes : il lui était garanti que les sommes prêtées lui seraient rendues intégralement. La Finlande pensait vraiment beaucoup de mal de l’Europe du Sud ! Prudente, en revanche, la Finlande ne menaça pas de quitter l’euro! Par la voix de ses gouvernants, elle se laissa même à déclarer que la monnaie commune lui était bénéfique. 

Vertueux, le pays continua à donner des leçons d’orthodoxie budgétaire jusqu’au moment où un chef de gouvernement Finlandais s’exclama: «Apple m’a tuer» fracassant ainsi l’image du modèle. Il faut expliquer ce qui avait mal tourné dans ce modèle de rêve alors qu’on vient juste d’expliquer comme les Finlandais fiers de leurs réussites avaient su tancer les Européens du Sud.

En bref : les Finlandais devaient tout à leurs compétences technologiques. Ils devaient aussi beaucoup à leurs immenses ressources forestières. Grâce à Nokia et au goût de la téléphonie intelligente toute une économie sophistiquée avait poussé et répandu sa manne sous forme d’un emploi durable, d’une balance commerciale super-équilibrée et d’une disparition presque totale du chômage. Fin du premier acte.

Pas de chance ! Dans le domaine des nouvelles technologies rien n’est acquis, les cheminements d’entreprises sont sans cesse en butte à des buissonnements. Nokia avait raté le bon buissonnement. Apple, puis Samsung, créèrent les nouveaux marchés de la téléphonie. Fin du deuxième acte: la brillante économie vacille.

Pas de chance ! Ce triste évènement survient à un moment où l’économie européenne s’effondre et la Finlande, pays modèle, donné en exemple pour sa bonne gestion des finances publiques se trouve emporté dans une vilaine tourmente économique. 

Le PIB s’est contracté de 8,5% en 2009. L’activité tenta une remontée en 2010, mais se heurta à la débâcle de Nokia et de l’industrie téléphonique. Non seulement la haute technologie était atteinte mais aussi l’industrie du papier et l’exploitation des immenses ressources forestières. L’économie finlandaise a alors subi, années après années, la régression de son PIB.

Les Finlandais sont-ils des Grecs en puissance ?

Le Premier ministre finlandais Alexander Stubb a fait comme tous les premiers ministres acculés par les faits : il s’est lancé dans des imprécations contre Apple. "Nous avions deux piliers sur lesquels nous reposions: l'un était les hautes technologies avec Nokia, l'autre l'industrie papetière… l'iPhone a mis KO Nokia et l'iPad, l'industrie du bois" (en accélérant la baisse de la demande de papier).

Ce qu’il n’a pas dit est que le beau Modèle a pris l’eau ! Le respect des engagements européens a commencé à devenir un fardeau. L’endettement public est passé à 60,3% en 2014, légèrement au-dessus des 60% autorisés par le traité de Maastricht. Facteur aggravant, comme pour l’Allemagne, la démographie Finlandaise annonce des armées de seniors dans les années à venir avec des caisses de retraite qui ne tiendront pas le choc. Rien d’enthousiasmant pour l’instant et pour le proche avenir.

C’est alors que la Finlande s’est aperçue que l’Europe, la vraie, l’Europe institutionnelle, celle qui supervise les ratios, les obligations de Maastricht et les dépassements en tous genres, pourrait lui demander de faire des efforts pour éviter de tomber dans les travers Grecs, Italiens et même Français. Au rythme où la Finlande détruisait des emplois et voyait ses avantages compétitifs s’étioler, la question de la dégradation des finances publiques a commencé à devenir un vrai sujet de discorde avec les autorités de Bruxelles.

Ce beau pays est-il en train de faire le Grec ? On pourrait le croire en relevant que la ministre finlandaise des Finances, Jutta Urpilainen, s’est interrogée sur une drôle d’idée : ne pas respecter les engagements maastrichtiens. Il s’agirait de procéder avec mesure et d’enfreindre avec prudence et méthode les règles d’endettement pour restructurer l’économie. Vous avez bien lu : les Finlandais qui sont en infraction considèrent que la loi européenne n’est pas faite pour eux car elle pourrait entraver le redéploiement de l’économie et la réduction du chômage.

Pauvre Finlande ! Elle caracolait, pavoisait et même se pavanait : elle commence à traiter de carcans les contraintes européennes. Elle donnait des leçons à tout le monde et, maintenant, dénonce les appétits insatiables d’un capitalisme interlope. Elle expliquait que petite, elle avait su jouer dans la cour des plus grands de l’économie mondiale : aujourd’hui elle a vendu son fleuron à un représentant de ce même capitalisme.

On va finir par lui faire remarquer qu’elle fait la grecque plus qu’à son tour.  Ce n’est pas juste.

Le déclin démographique de l’Allemagne signifie une chose : en tant que contributeur à la croissance européenne, leur rôle va aller décroissant ! Et pourtant ce sont les Européens les plus riches. Son marché, la structure de sa population, l’accroissement des inégalités vont confirmer l’Allemagne dans un statut de « trappe à liquidité.

 

Quand dans un moment d’enthousiasme Européen et germanophile je me suis laissé aller à dire « N’est-il pas préférable de confier ses destinées à quelqu’un qui est riche, qui a du répondant et qui se sort très bien des situations difficiles ? Il faut avoir l’esprit critique mal placé pour ne pas reconnaître les mérites de l’artiste allemand, revenu de tous les effondrements, de toutes les divisions et de toutes les crises depuis 70 ans ! » (Le retour de l’Empire… p 16), j’occultais à dessein le fait que l’Allemagne « modèle » courait droit vers la version « modèle réduit ».


Faut-il y croire ? L’Allemagne, championne des vertus budgétaires, l’Allemagne où, à l’ombre des tilleuls (unter den linden), des générations de ménagères de cinquante ans ont prôné comportements sages et épargne de précaution, l’Allemagne enfin de la mécanique et de l’automobile, de la réussite et des modèles qui s’imposent comme des évidences, serait comme dans le célèbre film américain en train de rétrécir, lentement mais sûrement. Et personne pour s’en apercevoir ! Personne en France en particulier pour attirer l’attention sur la réduction de l’Allemagne ! Et pourtant l’Allemagne diminue de taille.


De moins en moins d’Allemands !


Le nombre des Allemands diminue. Ce n’est pas le seul pays en Europe où le déclin démographique est en train de ronger les liens sociaux, mais les autres régressions n’ont pas encore la dimension cataclysmique qui s’annonce pour l’Allemagne.


Comment raconter cette histoire ? On écartera les commentaires à base de réchauffement climatique et on ne dira pas non plus que « c’est la bombe » ou sa version moderne « le bisphénol A ». On dira les faits et on rappellera qu’en matière de démographie les mouvements s’inscrivent dans la longue et parfois très longue durée. C’est ainsi que l’hiver démographique de la France, commencé dès avant l’instauration de la IIIème république a duré jusqu’en 1945 soit près d’un siècle !!!


En 1871, la France et ce qui venait de devenir l’Allemagne, faisaient jeu égal en termes de population. 40 ans plus tard, en 1914, la population allemande excédait la française de 50%. Aujourd’hui, l’écart entre les populations des deux pays (l’Allemagne étant comprise comme la somme des « deux Allemagnes ») est passée en cinquante ans d’un peu moins de 40 millions à 15 millions. Les deux pays devraient avoir le même nombre d’habitants vers 2040, dans un quart de siécle. Cette « révolution » est déjà lisible dans la structure démographique des deux pays. Alors qu’en 2013, les populations montraient une supériorité de la France, en valeur absolue, pour les tranches d’âges de 0 à 19 ans, l’Allemagne laissait apparaitre une forte supériorité dans les tranches d’âges supérieures et tout particulièrement celle des plus âgés. Ils représentaient en 2011 plus de 20% de la population contre 16% pour la France. 


La population active qui a atteint le niveau le plus élevé de l’histoire allemande va maintenant régresser et devrait perdre des effectifs de l’ordre de 5 millions de personnes dans les 15 années à venir… c’est-à-dire demain, quand celle de la France resterait stable à son niveau actuel pendant le même laps de temps.


Une Allemagne rétrécie : de moins en moins de dépenses ?


L’Allemagne n’a pas trop de difficultés à gérer son budget vers l’équilibre : quand on ne fait que très peu d’enfants, quand on ne veut plus faire la guerre, quand on a décidé de ne s’occuper de personne dans le monde sauf des populations qui achètent sans réticence des voitures allemandes, quand on s’attend à ce que les femmes ne s’intéresse pas à autre chose qu’à leurs enfants, quand enfin les chômeurs sont jugés responsables de leur situation, alors, il est relativement facile d’équilibrer un budget. Ajoutons qu’on peut s’épargner des dépenses d’infrastructures, ponts, chaussées, routes etc…. il y a de moins en moins de monde pour les emprunter !!!


Le terme « de moins en moins » prend, en ce moment, tout son sens car quand débute l’hiver démographique allemand son économie tire le maximum d’une population active dont on a rappelé qu’elle était à son niveau le plus élevé de tous les temps.

Les Allemands sont donc encore dans la phase où ne pas faire d’enfants est plutôt source de richesse : l’argent qui n’est pas dépensé à entretenir des enfants tant sur le plan domestique que sur le plan public peut être utilisé à autre chose, à éponger les dettes par exemple et à maintenir un flux d’investissement sur l’étranger, ou encore à financer les retraites !!! Cela va devenir un must, la société allemande est d’ores et déjà une société de vieux : pour l’avenir la part des pensions dans le PIB va progresser de 24% pour l’Allemagne contre 3% pour la France.


Le marché allemand, en chute libre: pas de chances pour les Européens !


Les Allemands ont pu mener leurs réformes sociales et économiques, celles de l’Agenda 2000, dans des conditions optimum : l’euphorie de l’Euro laissait toutes les économies de la Zone euro croire à l’arrivée du paradis économique sur terre, et ne les incitaient pas trop à aller regarder ce qui se passait chez leur grand voisin et ami. Les marchés européens euphoriques pensaient plus à profiter qu’à s’organiser. Les Allemands ont pu ainsi se refinancer grâce aux exportations massives sur leurs voisins (et pas vers le vaste monde comme aujourd’hui encore, ils aimeraient le faire croire !).


Ayant mis les marchés européens dans leur poche, ils se sont servis largement. A ce stade on ne peut qu’être admiratif. En regardant plus avant, on ne peut qu’être inquiet pour deux raisons : les Allemands sont convaincus que leur bonne santé ne doit sa force qu’à leurs qualités et à leurs dons industriels, on a vu plus haut qu’il s’agit de plus en plus de qualités et de dons de rentiers. Mais surtout, aujourd’hui, malgré la crise et parce que justement les pays européens sont empêtrés dans des mesures rectificatrices indispensables, les Allemands continue à profiter de la bonne occasion tout en réduisant davantage chaque année toute chance pour leurs voisins de pouvoir compter sur leur marché.

Une population qui décroit ne donne pas beaucoup de chances aux ambitions de vente des entreprises. L’augmentation de la part des « seniors » va se traduire par une diminution de la capacité de consommation : le niveau des retraites en Allemagne, si elles peuvent être financées, va se retrouver à un étiage très bas ; les retraités, c’est connu, consomment plus de services du type aides à la personne, santé, soins, hôpitaux, maisons de retraites que de voitures, ordinateurs, jeux vidéos, de voyages etc.


Un pays de vieux n’a pas les mêmes contraintes …


Ainsi, les pays européens et, la France en particulier, n’ont pas à se réjouir de ce déclin démographique et du rétrécissement de l’Allemagne.

On a dit que grâce à leurs économies sur les jeunes classes, les Allemands pourront aussi penser à réduire leurs dettes sans que l’inflation vienne s’en mêler. L’inflation, serait pour leurs seniors la pire chose qui pourrait arriver car elle aboutirait soit à rogner le pouvoir d’achat de ressources déjà congrues, soit à pousser à des revalorisations non financées.


Le moyen de financer les retraites et les dépenses sociales se trouvera dans le développement des revenus venant des investissements à l’étranger, partout dans le monde, mais surtout pas en Europe de la zone euro. C’est pourquoi, il sera hors de question pour les Allemands de laisser s’affaiblir leur «hyper compétitivité » vis-à-vis des autres pays européens. Elle leur est nécessaire pour disposer de ressources d’investissement vers le monde entier. La guerre que mènent les Allemands ne se nomme plus « conquête de territoire » mais « captation de flux monétaires », utilisation d’un euro fort pour renforcer tous les moyens permettant de financer la régression démographique et de permettre aux seniors de vivre dignement.


Les Français qui veulent faire changer de stratégie leurs bons voisins et amis allemands ont du pain sur la planche: les objectifs des Allemands sont exactement inverse de ceux de leurs voisins et les moyens mis en œuvre à l’opposé des souhaits des Française et des Italiens.

Trop bon l’Europe pour l’Allemagne !

« C’est la contagion qui scelle le destin d’une théorie en sciences sociales, pas sa validité ». Cela devient une banalité contagieuse. L’Allemagne, modèle insigne ! Allemagne qui fait toujours tout bien ! Cette Allemagne qui a su maîtriser ses coûts et a mené une politique constante de rigueur et d’austérité sur les dix dernières années. Allemagne du consensus viril entre Syndicats responsables et Gouvernements qui voient loin. Allemagne décomplexée qui n’oublie pas les millions de morts de la Shoah et la folie de la guerre, et aussi, Allemagne d’aujourd’hui dont les enfants savent qu’ils n’y sont pour rien. Allemagne, dont les succès économiques sont un modèle, pour les Français en particulier, qui, fermés dans leurs jeux politiques puérils, dans leur incapacité à grandir et à choisir, se réfugient dans les facilités de l’Euro, des chèques qu’on tire finalement sur l’Allemagne, sur sa richesse et son heureuse contribution à une monnaie commune presque solide.


Elevons des autels en l’honneur du modèle allemand.


Louis XIV disait à Molière "n'irritez pas les dévots, ce sont des gens implacables". La France laïque a réussi à se réinventer des religions et à ériger des autels parmi lesquels ceux des dévots admirateurs du modèle Allemand. Et il est vrai qu’ils sont implacables. Pas un mois, pas une semaine sans qu’une cérémonie, un sacrifice sur l’autel des mérites germaniques, se déroule, à notre consternation la plus totale. Ils se répandent en « flectamus genua », en gémissements de flagellants et en protestation de vertu pour mettre en valeur nos défauts hideux et notre persistance dans la mécréance économique, financière et sociale.

Il faut dire que le clercs en Modèles Etrangers ne peuvent plus défourailler  sans limites. Et s’il prend à quelques diacres de lancer encore « chaque fois que j’entends le mot France, je sors mon modèle étranger », on doit reconnaître que les jappements de la presse Murdochienne sont moins bruyants.  L’effondrement des folles idées (pardon… il faudrait dire des modèles) financières et bancaires américaines et anglaises a sérieusement calmé ce genre d’enthousiasme. Ceux qui clamaient que la France n’était au mieux qu’ « un pays soviétique qui avait réussi », ont dû rabattre de leur superbe. Tous les modèles n’ont pas tenu le coup. Seul l’Allemand est là, debout, solide et vénéré.


Le modèle allemand : une illusion d’optique


Eh bien non ! Il n’y a pas de modèle allemand. A moins qu’on veuille faire croire que la France de la Belle Epoque était un modèle. A moins qu’on veuille faire l’apologie des économies de rentiers ou qu’on s’emploie à féliciter les gros malins, capteurs d’opportunités et rouleurs de mécaniques.

Ne laissons pas les évidences de côté : sur les 10 dernières années, la croissance française et la croissance allemande ont été à peu prés équivalentes. Autre évidence : l’attrait de la France pour les investisseurs étrangers, et pas seulement ceux qui veulent investir dans la pierre, ceux aussi qui veulent créer des usines, des centres de recherche, des sièges sociaux.

Ensuite, tordons le cou à une idée qui court comme le furet des contines enfantines : l'Allemagne est bonne et responsable, car, en vrai rouleur de mécanique, elle  pourrait fort bien se passer de l’Europe et, donc, de s’en séparer. Bien sûr il faudrait que l’égoïsme la saisisse ou que son altruisme se trouve épuisé par les abus de commensaux indélicats (dont évidemment les Français). Lâchons le gros mot : L’Allemagne pourrait quitter l’Euro. Or, n’est-ce pas à l’Allemagne, à sa puissance industrielle, à son économie réelle, solide et durable, que l’Euro doit de conserver quelque valeur ? Ce ne sont ni quelques Iles Grecques, ni les palais florentins et leurs collections de sculptures gréco-romaines, ni le « gai Paris » et ses millions de touristes qui peuvent ancrer la monnaie européenne dans la réalité économique d’aujourd’hui.


Comme l’Euro est agréable et doux à l’économie allemande !


Trop faciles ces arguments ! Et faux ! Archi-faux ! L’Allemagne profite au maximum de l’Euro, comme elle a profité de l’Europe lors de l'absorption de la fameuse « partie Orientale ».  Qui se souvient que les Européens ont dû subir une fantastique hausse des taux d’intérêts pour permettre aux Allemands de l’Ouest d’offrir sur un plateau leur Deutsch mark aux Allemands de l’Est ! Que se passerait-il, à l’heure actuelle si l’Allemagne quittait l’Euro ? Passons sur les différents aspects réglementaires, politiques etc. de ce coup d’éclat. On dira simplement que, puisque l’Allemagne, selon les clercs en modèles étrangers, est le modèle des modèles, comme Zeus est le Dieu des Dieux, le nouveau Mark exploserait et monterait au ciel, comme un vulgaire Yen japonais. Evidemment, ce serait un coup sérieux porté à la compétitivité allemande. Ses exportations prendraient une autre allure ! Mais non, s’écrieront les diacres en modèle allemand, les exportations allemandes portent sur des biens qu’ils sont les seuls à fabriquer avec tout le sérieux et la compétence qu’on leur connait…. Bien sûr, bien sûr ! Allons, les seuls fabricants au monde de machines-outils sont les Allemands, les seuls fabricants de voitures et de camions haut de gamme sont les Allemands. Plaisanterie que tout ceci, et aveuglement. Les Japonais ne sont pas mauvais, mais, leur monnaie est trop forte, les Chinois s’y mettent et les Indiens suivent.

Grâce à tous ces pays de l’Union Européenne qui n’ont rien compris et qui se laissent aller aux délices de l’endettement public, l’Euro flageole et n’est plus ce concurrent que les Etats-Unis redoutaient. Il s’affaiblit, pas autant que la livre, certes, mais ne tout cas il ne caracole pas. Et çà c’est bon pour les exportateurs allemands. Alors, imaginer que les Allemands voudraient se désarrimer de l’Euro et, peu ou prou de l’Europe, est un songe creux.


Les autels vont chuter, le modèle Allemand est bancal !


Il faut cependant aller plus loin. Disons-le en peu de mots : le modèle allemand est bancal, il est surfait et surtout il n’est durable en aucune façon. En regardant loin, ce soi-disant modèle est une machine infernale lancée contre l’Allemagne et, par voie de conséquence, contre l’Europe. Pour faire bref : L'Europe, pour les Allemands, c'est l’équivalent d’une rente et l’assurance d’un revenu minimum garanti. 

La structure démographique de l’Allemagne et les tendances qui s’inscrivent dans le prochain quart de siècle conduisent nécessairement à relativiser le fameux modèle et à faire vaciller les colonnes du temple que ses adorateurs lui ont érigé.


Résumons un peu : la population de l’Allemagne régresse chaque année et, avant le milieu de ce siècle, sera revenue au niveau de celle de la France. La population active est stationnaire depuis une quinzaine d’années à l’inverse de celle de la France. La conséquence logique est que la part de la population âgée progresse à forte allure. Tout ceci est connu, ainsi que son corollaire, l’augmentation de l’immigration en Allemagne.


Il faut en tirer aussi quelques conséquences évidentes qui auront le mérite de définir plus précisément les conditions réelles du fonctionnement du fameux « modèle ».


Un point mort artificiellement abaissé.


Le point mort de la machine économique Allemagne  est artificiellement abaissé. Il est clair qu’une démographie en berne, ce sont des milliards d’euros d’économie. Milliers d’écoles qui ne sont pas nécessaires, milliers de lits d’hôpitaux, médecine néo-natale, post-natale, maternités qui ne s’imposent plus, milliards de transferts de revenus en faveur des familles qui n’ont pas à être mis en place, milliards d’investissements en logements, en équipements publics en tous genres…


Mais l’impact ne se mesure pas seulement à l’égard du coût, fonctionnement et investissement, que représente la croissance démographique, il se mesure aussi sur le marché du travail. Une économie qui n’est pas confrontée à la progression de sa population active se préoccupe moins de la création d’emploi ! Obtenir des succès dans la lutte contre le chômage n’est plus très difficile. C’est l’inverse lorsque le dynamisme démographique se traduit par la croissance ininterrompue de la population.  

C’est en ce sens que le « modèle » allemand est bancal : le point mort de l’économie allemande n’est pas abaissé par une action intelligente sur les conditions de formation des revenus et des coûts, mais en raison de la défaillance d’un des éléments clefs de l’avenir d’un pays.  La situation est caricaturale à ce point que dans cette économie, à point mort abaissé, les gast arbeiter, sont à proprement parler une variable d'ajustement.  


Alors, y-a-t-il un divin modèle Allemand ? Ou une machine qui, continuant sur son erre,  va conduire l’Allemagne en enfer ? Déjà les autorités allemandes s’inquiètent du niveau de la population active. Le modèle allemand pour survivre doit, depuis longtemps, compter sur un apport de main d’œuvre étrangère. Bientôt, caricaturalement, les retraités allemands dépendront pour leur survie des gast-arbeiter, Turcs, Kurdes et sûrement Polonais, ainsi que de quelques slaves du Sud…et de Français pourquoi pas ?


Les seniors allemands verront-ils tout cela ?  Peut-être pas ! Les retraités allemands se seront installés en Europe, ou ailleurs,  selon leur niveau de vie : Les riches en France et Italie, puis, plus modestement, en Espagne et au Portugal, les autres en Croatie, au Maroc… ou ailleurs ! Ils y stimuleront la consommation locale!

L’Allemagne des rentiers fera pendant à la France de la Belle Epoque quand elle importait des Italiens, des Belges et des Espagnols.

  Allemagne : Fissures dans le modèle

 

Le « modèle » Allemand, vivait heureux. Depuis cinq ans, depuis le début de la crise, le bonheur de vivre au sein de ce modèle, avait progressé régulièrement. Il y eût un moment d’incertitude bien sûr en 2008 et en 2009, mais il avait vite repris le dessus : PIB en hausse, chômage en baisse, sous-emploi des jeunes réduit à peu de choses, exportations battant tous leurs records en volume et en excédent commercial et surtout, surtout, budget progressivement revenu à l’équilibre.

 

 

Il y avait eu des ratés : un système bancaire à moitié effondré, des banques  quémandant l’aide de l’Etat et qu’il fallait protéger à tout prix contre les velléités inquisitoriales de la BCE. Il y avait eu des erreurs statistiques, des fonds propres de banques (encore !) mal évalués et des comptabilisations de dettes publiques pas tout à fait justes (une erreur de 250 milliards) qu’il avait fallu rectifier sous « l’amicale » pression d’Eurostat. Il y avait eu aussi cette erreur dans le décompte de la population : 1,5 million en trop ! (Mais le chiffre fatidique de 80 millions avait été préservé). Ces ratés n’étaient rien à côté du ratage permanent de l’ensemble des pays européens, spécialement ceux du Sud et très spécialement la France. Celle-là, son modèle était parti en vrille, incapable de se réformer, incapable de maîtriser ses « grands équilibres »… Incapable tout court…

 

Le « Modèle » est mis en doute

 

Le modèle allemand vivait donc heureux quand, de proche en proche, quelques accrocs à sa perfection sont venus rompre une sorte de sérénité. Le « modèle des modèles » fait maintenant l’objet d’un flot montant de critiques. S’il ne s’agissait que de commentaires français où le modèle vertueux serait qualifié de « modèle imaginaire », on passerait. Etre le meilleur de la classe suscite toujours la jalousie des cancres. Quant aux remarques du FMI (croissance qui s’effondre) ou de l’OCDE (insuffisances des investissements publics) ou même de la Commission Européenne (excédent anormalement élevé de la balance commerciale), elles sont à traiter comme le Général de Gaulle traitait le « machin » : au mieux par l’indifférence à l’égard de technocrates apatrides, au pire par le mépris. Plus pernicieuse cependant est la critique qui vient des Allemands eux-mêmes : « l’Allemagne Disparaît », ce livre millionnaire en lecteurs et pourtant long, lourd et ardu, a créé un choc, d’autres ont suivi et, récemment, c’est une rafale d’ouvrages dont celui de Marcel Fratzscher qui étrille à peu près tout ce qui faisait vibrer de fierté les élites allemandes.   

 

Le modèle allemand ne serait donc pas si efficient ? On y relèverait des manques ou pire des fissures. La croissance allemande ? Elle semble moins fringante et serait, au rythme des révisions de prévisions, sur la voie de ressembler à la française (Schade !). La production industrielle allemande ? Il parait que sa progression ne suit plus les mêmes « trends » qu’il y a quelques temps. Le mauvais positionnement des vacances scolaires en serait la cause, disent les « sachants »! (On n’ose pas imaginer les ricanements qu’un propos de ce genre aurait suscité en France !!!). Le chômage ? Il remonterait (mais il part de si bas,  donc rien de grave n’est-ce pas ?).

 

 

Le modèle allemand rencontrerait des limites parce qu’il est mal fondé ? L’Allemagne qui maintient une politique d’austérité et soutient que c’est de cette politique que vient sa « réussite » économique n’est-elle pas dans l’erreur ? Les raisons du succès de ces dernières années ne sont-elles pas « ailleurs » ? Un « ailleurs » qui n’annoncerait rien de bon pour l’avenir. Par exemple : le chômage des jeunes qui est si bas et dont l’Allemagne est si fière serait la conséquence logique d’un taux de natalité parmi les plus bas d’Europe ! (entre 2000 et 2013, la population allemande a stagné). On détournera un dicton célèbre en rappelant qu’un «corbeau n’annonce pas l’Hiver» et qu’il n’est pas sage de jouer les oiseaux de mauvais augure pour quelques statistiques malheureuses. Pour autant, s’il est téméraire d’annoncer la fin des « cinq miraculeuses », on doit quand même parler de l’avenir.

 

 

Un modèle mortifère ?


L’Hiver serait annoncé ? Sous une forme démographique, il est pour bientôt : l’Allemagne rétrécit ! Les uns après les autres, les commentaires enfoncent le clou sans hésiter à être outrancier : un auteur allemand n’a-t-il pas annoncé qu’en 2100, au rythme où va l’Allemagne, il n’y restera plus que 20 millions d’habitants ! Sans aller si loin, relevons que dans dix ans la population active aura régressé de 5 millions. Dans 25 ans, les populations françaises et allemandes feront jeu égal : cela signifie que le marché allemand va se rétrécir dans tous les domaines et que l’Allemagne va priver l’Europe de 10 millions de consommateurs (pendant ce temps-là, la France en fournira 7 de plus).

 

 

Est-il là le fameux « modèle des modèles » ? Est-il dans un équilibre budgétaire où la faiblesse démographique jointe (conséquence ?) à l’absence quasi complète de politique familiale permet de sérieuses économies ! Où l’absence de vision politique internationale conduit à une armée mal équipée, dont les capacités de mobilisation et d’intervention sont caricaturalement basses: il suffit de sous-traiter à des alliés et de ne se mêler de rien (ou d’en faire le moins possible). Un rapide calcul montre que, sur le plan des dépenses, les Allemands économisent sur ces postes-là, un peu plus de 3,5% de PIB…!

 

 

Et pendant ce temps, le marché européen est le champ d’action préférentiel de l’Allemagne. Ses exportations y sont orientées à plus de 70%. Son excédent commercial y trouve sa source aux deux-tiers. Les réserves en Euro détenues par les banques centrales « non-euro » sont largement constituées de créances sur l’Allemagne, lui permettant de se financer à très bon compte (et pourtant l’Euro est la monnaie commune de 18 pays). C’est souligner ce paradoxe déplaisant : l’Europe est la chance de l’Allemagne à un moment où on peut s’interroger sur le potentiel européen de l’économie et la société allemandes.

Comment peut-on en arriver à en faire le modèle que toute l’Europe doit suivre ? Comment en faire l’«ardente obligation» Européenne quand on sait qu’il repose et ainsi que son soi-disant succès sur l’occultation complète du futur social et économique de l’Allemagne et quand on voit bien qu’il ne doit son efficacité qu’à l’existence du gigantesque marché de l’Union européenne et de l’Euro… ?

 

 

La critique interne à l’Allemagne sera-t-elle en mesure de déciller les Allemands et de leur faire prendre conscience que leur modèle n’est pas seulement imaginaire, il est surtout mortifère ? Il faut l’espérer comme il faut espérer que va s’élaborer une pensée européenne sur la gestion des économies de l’Union et leurs objectifs humains et sociaux. On en finirait avec les modèles imaginaires ….

 


Première partie


Il faut prendre garde qu’un modèle étranger peut en cacher un autre. Le dernier en date, c’est le modèle danois. On a eu le modèle allemand, toujours vivace. Le modèle anglais (on se demande pourquoi au vu des déséquilibres économiques et sociaux). Aujourd’hui le modèle danois à la cote. Pas de chômage. Pas d’inflation. Pas de déséquilibres. Comme l’Allemagne! Et comme l’Allemagne, une démographie qui se traine. Résumons-nous : si vous voulez éviter le chômage ne faites pas d’enfants… c’est cette leçon qu’il convient d’étudier.

 

Les Français, les intellectuels français n’aiment rien moins que de déplorer la France et d’encenser les pays qui l’entourent. C’est une constante. Nous avons le modèle Allemand et de temps à autres déboule le modèle canadien ! Mais c’est bien loin et c’est très froid (et puis leur gaz ou pétrole de schiste sont tout l’inverse de l’ambition écologique de nos intellectuels de base).


Le modèle Danois, ce ne sont pas les Vikings !


Récemment, on a vu s’esquisser le modèle danois. On pouvait lire ces phrases fortes, si fortes qu’elles ne pouvaient que faire trembler la France et les Français : « Les danois ont réussi à répondre au défi de la croissance et du chômage » équivalent, en langue de bois économique, du vieux « Nous gagnerons parce que nous sommes les plus forts ». Et il est vrai qu’ils sont forts ces danois ! Le taux de chômage est chez eux tout aussi symbolique que celui des Allemands : il serait tombé à 5.3% de la population active. Et quand on compte les chiffres de croissance ou de décroissance du chômage, il suffit presque des doigts de deux mains. En février, ils étaient 2700 de moins qu’en janvier le tout pour une malheureuse armée de réserve des travailleurs (comme on dit dans l’ultra-gauche française) de 140 600 personnes.


Rien qu’à lire le nombre en valeur absolue, un Français normalement constitué se prend à blêmir de honte. Et quand on y rajoute les valeurs relatives, il ne reste plus qu’à se jeter du haut de la tour Eiffel. Et pourquoi les Danois réussissent-ils là où les Français ratent complétement ? C’est très simple, comme les Allemands, et peut-être parce qu’ils ressemblent un peu aux Allemands, ils ont fait des réformes de type « Hartz ». Et elles sont sévères ces réformes : les jeunes (au Danemark on est jeune jusqu’à 30 ans et on est vieux à partir de 40) qui n’ont pas de diplômes et qui s’obstinent à ne pas travailler se voient supprimer toute aide sociale. Ils n’ont pas beaucoup de choix les jeunes au Danemark : ils doivent, s’ils n’ont pas de diplôme, suivre une formation. En contrepartie, ils sont payés comme les étudiants (ce n’est pas un salaire, mais une subvention).


Les Danois qui sont honnêtes avec les statistiques et qui s’efforcent de les faire justes (au contraire des Allemands qui n’arrêtent pas de se tromper et ont vu leur population passer récemment en dessous de 80 millions d’habitants pour une erreur dans le décompte des gast-arbeiter), attribuent une partie de la baisse aux travaux de nettoyage et de remblayage qui ont été rendus nécessaires par le passage de deux ouragans. Les Danois auraient beaucoup recruté en agents de surface temporaires. En France, les tempêtes n’ont pas fait bouger d’un iota la courbe du chômage. Et c’est normal, les chômeurs au Danemark se comptent en milliers, en France, ils se comptent par millions!!! Plus loin encore, dans l’honnêteté statistiques, les danois ont noté que certains aspects de la diminution du chômage étaient dus à des « mini-jobs » ou à des sorties du registre « chômeur » et des rentrées dans le registre « formation ».


Donc, mis à part ces quelques finesses statistiques, nos amis Danois ont tout bon ou à peu près, comme d’ailleurs nos amis Allemands et tous nos amis autour de nous. Et nous, tout seul, nous sommes au milieu de nos amis comme le petit canard noir au milieu de la bande des blancs !


Or, une fois de plus, on confond tout et surtout, on oublie qu’il n’y a rien de plus facile que de juguler le chômage quand la population active stagne. Quand elle décroit, réduire le chômage devient un plaisir. Une fois de plus, je me vois obligé de rappeler quelques « basiques » sur le chômage et la population.

 


Deuxième partie


La régression démographique de l’Europe, Allemands compris, coûte cher à la France. Celle-ci a offert 5 millions de consommateurs à ses voisins… qui ne lui ont rien donné. Faites vos calculs : le marché disponible pour la France régresse quand le marché offert qu’elle offre régresse…vous avez dit déficits ?


Ne faites pas d’enfants, vous ne ferez pas de chômeurs !


Cette formule est violente, j’en conviens mais aussi, reconnaissons que les petits génies du traitement du chômage en Europe sont des pays en voie d’extinction ! Si les Danois continuent à ne pas produire d’enfants, il va leur arriver ce que redoutent certains Allemands : le Danemark disparaîtra. Personne en France ne pourra s’en réjouir. Les Danois ont joué un rôle de premier plan dans notre pays. Ils ont un peu pillé durant le Xème siècle, en contrepartie ils ont fait circuler les richesses qui étaient thésaurisées par les moines et les barons !!! Ils ont été Duc de Normandie. Ils sont signé le traité de Saint-Clair sur Epte et nous ont permis de conquérir l’Angleterre et de lui apporter la civilisation. En Europe aussi, ils ont beaucoup contribué : ils ont libéré les Deux-Siciles et on dit même que les meilleurs Ukrainiens seraient des descendants des Danois (on ne dit pas s’ils sont du côté Russe ou du côté non-russe) !

Il n’y a pas lieu par conséquent de trouver drôle que Le Danemark, de 1990 à 2005, ait vu le nombre d'emplois n’augmenter que de 1,7 % (43.600, de 2.615.000 à 2.658.600) contre 11,2 % en France ! (2.521.000 c'est-à-dire de 22.400.00. à 24.921.000). Mais d’un autre côté on admettra que contenir le chômage dans ces conditions est à la porter du premier technocrate à manche de lustrine venu. Il suffit de laisser décliner la population active et de multiplier les préretraites: il y en a autant au Danemark qu’en France pour une population dix fois plus faible! Ou bien, faire des fonctionnaires : les deux-tiers de la population active est payée sur le budget de l’Etat ou bénéficie d’aides sociales.


Est-ce à dire que les Danois, ravis d’obtenir des résultats incroyables bons en matière de chômage, ne veulent surtout plus entendre parler de natalité, nuptialité, enfants, crèches et autres choses qui se traduisent toutes par des coûts, des impôts et des nuits blanches quand les enfants ne dorment pas ? Ce ne serait pas pensable : le Danemark lutterait contre la dénatalité. De très nombreuses mesures ont été prises en ce sens. Hélas ! Rien n’y fait, même les initiatives cocasses des agences de tourisme danoises qui proposent des réductions aux couples sans enfants dont les vacances se concluraient par des naissances !!! C’est sûrement une blague ! Dans le domaine des stimulants à la production d’enfants, rappelons que la formule idéale, expérimentée aux Etats-Unis, il y a maintenant un bon nombre d’années : c’est la coupure d’électricité qui dure !


Pourquoi assassiner ainsi un petit pays pacifique qui n’a rien fait de mal et qui fait plutôt du bien aux gens qui y vivent : de passage à Copenhague, j’en ai eu la démonstration à la fois chiffrée et affective de la bouche d’un Français qui y vit et y travaille ? « Heureux comme un Français au Danemark », voilà comment aurait pu s’intituler cette conversation ! Je n’en veux pas aux Danois, pas plus qu’aux Allemands. J’en veux aux Français qui ne cessent de chercher des modèles là où il n’y en a pas. C’est une maladie française qui n’a pas encore été traduites en farces théâtrales. On pourrait l’intituler : « le modèle imaginaire ».


Les modèles imaginaires


Allons directement au but : si la France, dans les quinze dernières années avait fait comme le Danemark, ou comme l’Allemagne… elle n’aurait pas de chômeurs. Disons-le clairement et fort. Ce serait le plein emploi ! À tous points de vue, y compris dans la version « faux chômage » des emplois aidés ou des temps partiels. Mauvais approche du problème, on en conviendra.


Il y a plusieurs façons d’attaquer la question. L’une d’entre elle n’est jamais abordée : en Europe, faire des enfants c’est fournir du business aux autres ; inversement, les pays qui ne font pas d’enfants restreignent les marchés accessibles pour leurs voisins.  Prenons l’exemple de la France. Les importations françaises représentent 30% du PNB. Chaque année, la démographie Française offre aux pays étrangers l’équivalent de 1 700 000 consommateurs (60% Union européenne) sur les 5 millions qu’elle a « produite » dans les 15 dernières années.


Pendant ce temps-là, tous les pays européens (sauf l’Irlande) connaissent une diminution de leur population et réduisent notre potentiel d’exportations.


Si les hommes politiques français étaient un peu audacieux et moins promptes à s’aplatir devant les modèles Danois, Allemands, Canadiens et autres, ils le clameraient haut et fort. Ils diraient aux Européens que s’ils s’étaient comportés comme les Français, il y aurait au minimum 20 millions d’habitants en plus dans l’UE. Qui importeraient des produits français. Comme la France, exporte près de 25% de son PNB, ce sont 5 millions de consommateurs qui lui ont manqué. En équivalent PIB, il manque à la France, l’équivalent 42,5 milliards de revenus soit 3% de PIB !!! Veut-on cauchemarder l’avenir de la France ? Il suffit de penser à la structure démographique de nos voisins dans 25 ans… les seniors domineront le paysage économique où ils seront des retraités appauvris et des « quatrième âge » affaiblis : le potentiel de consommation sera donc encore amoindri couplé qu’il sera avec la disparition de consommateurs par dizaines de millions !!!!


Raisonnement absurde ou par l’absurde ? Faut-il encore marteler que la France est placée au sein d’un univers en régression ? Faut-il rappeler que les 20 000 000 d’habitants qui manquent à l’Europe ne sont pas le seul fait des Danois (!!!) ni des Allemands, mais aussi des Italiens, des Espagnols etc. La vraie question des déficits français est bien là : bien sûr des éléments de compétitivité jouent…. Mais pas tant que ça, en définitive, toutes les statistiques et études mondiales sur notre pays en décrivent l’économie comme une des plus innovantes, une des plus modernes et des plus avancées dans des domaines particulièrement pointus ; une économie qui aligne une diversité de très grandes entreprises et de banques qui la mettent loin devant… l’Allemagne.


Enfin, on viendra à la façon traditionnelle d’aborder la question du dynamisme démographique français: les coûts ! Eh oui, les Allemands, les Danois et tous les autres font des tas d’économies! Là où la France doit dépenser pour naissance, écoles, cliniques et crèches, formation, éducation, santé, logement etc.... les autres ronronnent sur leurs équilibres budgétaires. De temps en temps, ils se réveillent en pensant que dans 20 ans, leurs retraités seront trop pauvres et que leur quatrième âge pèsera affreusement lourd sur une population active réduite en peau de chagrin. On a évalué que le coût sur 15 ans d’un enfant s’élevait à 300 000 d’euros dont un tiers en dépenses publiques diverses… faites votre calcul ! Le mien donne que 5 millions d’enfants sur 15 ans auront coûté à l’Etat, de l’ordre de 20 milliards d’euros en moyenne, 1.2% du PIB actuel et 3.2% du budget de l’Etat… 3.2 non loin du fameux 3.0 qui fait trembler les gouvernements de la zone euro.


La France n'a pas à rougir d'une bonne partie de ses déficits car ils sont, en termes de coûts, le «revers» de sa démographie.  En revanche, il ne faut pas oublier que ses voisins, dont la démographie est exactement inverse, contribuent indirectement à les aggraver. 


La démographie française est le signe d’une population plus dynamique et confiante dans l’avenir qu’on le dit ou le croit.  Surcoût pour le présent, elle devrait être une chance pour l'avenir. Le nier, l'ignorer, ne pas être capable de le quantifier relève d'une vision primaire de l'économie. Elle devrait l’être pour l’Europe si la France était entourée de populations elles aussi dynamiques et confiantes dans l’avenir. La réalité est toute autre on l’a montré. Dans ces conditions, plutôt que d’exiger de la France qu’elle respecte des obligations présentes alors que ses «associés» ne respectent pas leurs obligations pour l’avenir, il serait logique que l’Europe mette en place un système de compensation refinançant les pays porteurs d’avenir, plutôt que de leur demander de s’aligner sur les avaricieux qui préfèrent le présent. Ne serait-il pas normal, que les pays Européens, participent à nos frais de jeunesse, d’avenir et de renouvellement? Nous leur fournissons les consommateurs de demain !

 


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