Les « crypto monnaies » souveraines

- Monnaies cryptées souveraines, une introduction

- Monnaies cryptées souveraines, Libra et valeur

La cryptomonnaie est-elle la chloroquine de l'économie ? (publié dans les Echos-le cercle)

Monnaies cryptées souveraines contre monnaies cryptées privées (publié dans le blog de la gestion du Patrimoine)

 

 

Peut-on dire que, dans le moment où la libra a émergé, les institutions monétaires et politiques de plusieurs pays se sont réveillées et ont brutalement compris l’importance du sujet et le côté révolutionnaire du projet « facebook » ?

 

Crypto monnaies et communication

 

Reconnaissons qu’entre le discours sur les monnaies cryptées et celui qui est tenu sur les systèmes de compensation interbancaires, la palme revient aux fameuses altmoneys ! Le bitcoin a ouvert le chemin et l’a balisé. L’esprit libertarien qu’il véhicule, la dénonciation des « tiers de confiance » qui ont « volé » la monnaie aux peuples et la modernité des Blockchains, smart contracts et « decentralized/distributed ledger », parlent aux peuples (au moins ceux qui, férus d’informatiques, comprennent ce qui est dit) pour pousser en avant un nouvel eldorado monétaire. La phraséologie qui accompagne ces discours, renvoie aux mineurs d’or de Californie et du Klondike, et laisse planer l’idée que miner du bitcoin c’est la nouvelle façon d’extraire de l’or et qu’utiliser les monnaies cryptées c’est s’engager dans la voie de la liberté des hommes et des initiatives.

 

De l’autre côté, les banques dans l’ensemble des systèmes économiques, dont le métier basiquement est d’encaisser et de décaisser pour le compte de leurs clients, ne font pas vibrer lorsqu’elles mettent en place des systèmes de paiement transfrontières dont les noms sont parfaitement inconnus du grand public : la description du dernier en date, SEPA, est beaucoup moins « sexy » que les longs discours sur le « scaling » du Bitcoin ou les smart contracts d’Ethereum.

 

Il est pourtant intéressant de mettre en valeur, les permanentes transformations des systèmes bancaires et aussi, leur intérêt prudent pour les techniques de crypto-monnaies.

 

L’évolution des systèmes classiques

 

On approchera la question en prenant l’exemple du système dit « SEPA » soit  «Single Euro Payments Area». L’objectif de ce système est de simplifier le fonctionnement des échanges d’actifs monétaires via les techniques de prélèvements et de virements. En tant qu’espace européen, le système rassemble une part très significative des volumes et des montants monétaires traités dans le monde.

La zone SEPA rassemble les États membres de l'Union Européenne (UE), les quatre États membres de l'AELE (Association européenne de libre-échange composée de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège et de la Suisse), Monaco et Saint-Marin. Les ressortissants de ces pays ont un accès égalitaire au système d’échange mis en place.

 

Ce système de paiement permet d’apporter une réponse aux trois contraintes des systèmes de paiements transnationaux : la sécurité des process, la rapidité du dénouement des opérations, la liquidité des parties qu’il s’agisse des banques ou des agents particuliers et entreprises.

 

Les banques centrales et les nouvelles exigences

 

La feuille de route des banques européennes définie par la BCE est particulièrement riche. Cette dernière a enjoint les banques de son ressort à faire en sorte que les virements et paiements de petits montants (les acteurs du commerce et des ventes de services en ligne sont directement concernés) répondent à un objectif « d’une compensation dans la journée ».

 

Les mêmes préoccupations ont conduit les banques internationales à rechercher des solutions pour les paiements de gros systématisant ce qui est réalisé au niveau européen, sous deux formes, les unes relatives à l’activité commerciale internationale, les autres aux échanges dans le cadre des marchés financiers internationaux.

 

Concrètement toutes ces initiatives répondent aux soucis évoqués plus haut : disposer du plus haut niveau de qualité de l’information relative aux opérations entre parties prenantes au système, réduire au maximum le risque de liquidité et l’impact bilantiel de ces opérations et offrir le prix de traitement le moins élevé dans un contexte de sécurité le plus grand.

 

Les crypto-monnaies « banque centrale ».

 

La recherche des solutions les meilleures a passé depuis quelques années par l’analyse des systèmes dits de Crypto-monnaies et surtout de fichiers distribués et sécurisés par les techniques de cryptage et de blockchain.

L’idée n’est pas neuve selon laquelle les banques centrales pourraient s’appuyer sur des crypto-monnaies souveraines.

Le lancement d’un crypto dollar a été proposé voici près de 6 ans… sous le nom de Fedcoin. Les protagonistes de ce projet visaient ce qu’on nomme « une crypto-monnaie de détail » et par conséquent ouverte à tous les agents économiques, par opposition aux propositions de systèmes de paiement de gros, impliquant aussi des registres distribués.

Plus récemment, le législateur américain a pressé la Federal Reserve pour qu’elle accélère les études sur cette question, insistant sur le fait que la Banque de Règlements Internationaux a relevé lors d’une récente enquête auprès de plusieurs banques centrales que 40 états ont des projets de monnaies cryptées à l’étude.

 

Les raisons invoquées pour ces études, bancs d’essai, et pré-test sont multiples et parfois contradictoires.

C’est ainsi que la banque de Suède, s’inquiétant de l’effondrement de l’usage de la monnaie fiduciaire, s’interroge sur la mise en place d’une monnaie cryptée « de détail » destinée à maintenir un ancrage de la monnaie dans l’esprit de la collectivité. A l’opposé, la banque de Chine envisage sérieusement le lancement d’un renmibi digital dans le but de réduire la circulation fiduciaire. Certains observateurs y voient une tentative de contrôle totalitaire des individus. D’autres font tout simplement remarquer que l’économie chinoise se développant à une vitesse très grande, le niveau de vie suivant, les besoins des consommateurs s’accroissant, les échanges ne peuvent plus s’appuyer sur les seuls billets dont les chinois sont friands. Ces billets ont de très nombreux inconvénients qui tiennent à leur usure physique très rapide, leur obsolescence technique, la possibilité de les imiter massivement, les risques liés à leur transport etc. La France s’appuyant sur son expérience SEPA a lancé l’étude d’une application « registre distribué » de sa base de données « créancier ».

 

Un combat inégal

 

Le lancement de crypto-monnaies souveraines ne serait pas une bonne nouvelle pour les promoteurs privés de crypto-monnaies pour une raison et (presque) une seule : leur acceptabilité.

Les promoteurs du bitcoin n’ont de cesse d’annoncer que les réseaux d’acceptation se multiplient, que les chaînes de boutiques adhérent en masse. Que des salariés demandent le paiement de leurs salaires en bitcoin etc etc.

 

Les monnaies cryptées issues des ICO, annoncent des capacités de valorisation exceptionnelles et … oublient de rappeler que les échecs dans cet univers sont légions.

Tous ces messages ont pour but de montrer qu’à défaut de cours légal les monnaies cryptées se fraient leur voie dans le monde de l’acceptation monétaire.

Les crypto-monnaies souveraines n’auront pas besoin de ces débauches de communication et de communiqués. Emanant du souverain, elles bénéficieront du cours légal, dont une première vertu est celle qui tient au fait qu’elles sont incontestables dans le règlement des créances publiques, et dont la deuxième est qu’on ne peut les refuser dans n’importe quelle transaction opérée entre ressortissants du pays où elles sont émises.

 

Les monnaies cryptées classiques ne reposent sur rien, les crypto-monnaies souveraines reposent sur … le souverain.

 

Conclusion : des monnaies cryptées centralisées ?

 

En règle générale, les projets de monnaies cryptées souveraines n’ont pas grand-chose à voir avec le Bitcoin, parangon des monnaies cryptées pures. Elles sont centralisées même si les paiements ont lieu entre pairs sans passer par un tiers de confiance ; la création monétaire est entre les mains d’une institution publique, de préférence la banque centrale ; la nécessité de techniques cryptographiques sophistiquées n’est pas une contrainte centrale et l’usage de blockchains n’est pas perçu comme une obligation. A tel point que certains projets de monnaies banques centrales ne prévoient aucune blockchain pas plus qu’elles ne prévoient des nœuds et des validations par « des membres de la communauté ».

 

Pour résumer ces projets : l’explosion même si elle est très souvent désordonnée, des monnaies cryptées, incite les banques centrales à prendre le sujet au sérieux et à reconnaître qu’il répond à un double besoin social : celui qui est né de l’usage de technologie dites « sans fil » et de l’usage des « smartphones » et celui qui résulte des échanges de « réseaux ». Il répond aussi à des besoins de plus en plus pressants, touchant à la liquidité des établissements bancaires et financiers et à la sécurité des transactions dont ils ont la charge.

 

 

les monnaies cryptées souveraines à l'épreuve de la libra

 

 

La Libra est mal partie, les commentaires sont le plus souvent dans ce sens. Que, maintenant, Facebook s’efforce de retomber sur ses pieds après s’être mis la tête à l’envers me parait normal ! Difficile de perdre la face (je ne me laisserai pas aller à un humour « facial » douteux !!!) et puis, il y a une réalité commerciale de Facebook : sa base de clientèle élargie à toutes les messageries et réseaux qui fonctionnent sous sa houlette. Cela fait 2 milliards de personnes. Facebook n’a pas envie de les décevoir c’est-à-dire de les voir partir ailleurs, faute de pouvoir « jouer » au geek indépendant des tiers de confiance traditionnels. Un client en moins, c’est de la publicité en moins. Donc, on entendra parler de la Libra pendant encore quelques temps, jusqu’à ce que la rumeur devienne inaudible.

 

Grâce à Libra, les monnaies cryptées souveraines.

 

Le mérite de la Libra aura sûrement été de lancer un pavé dans la mare tranquille des monnaies souveraines. Celles qu’on a judicieusement nommé les « monnaies signées ». Peuvent-elles continuer à vivre une vie paisible entre systèmes bancaires structurés comme un parti communiste ?

 

On a envie de dire qu’il n’est pas urgent de se précipiter et que les banques centrales ont à l’heure actuelle suffisamment de sujets de préoccupation pour ne pas en rajouter. Et à y regarder de près, ne constate-t-on pas que les banques centrales et les banques placées sous leur gouvernance ont, pour la plupart d’entre elles, saisi à bras le corps la question des paiements (qui est profondément la question de la compensation et de la liquidité interbancaires) de gros et de détail.

Alors pourquoi, les banques centrales se saisiraient-elles de ce sujet ?

 

Une première raison : la certitude que d’ici deux à cinq ans, la Chine aura lancé sa monnaie cryptée souveraines (CBDC ou central bank digital currency ou encore BCMD, banque centrale monnaie digitale etc…).

Une deuxième raison : les enjeux géopolitiques qui devraient conduire des groupes d’Etats ou des Etats, nommément le UE et la Chine à essayer de trouver des moyens de compensation internationale indépendants du dollar.

Une troisième et non la moindre malgré les apparences : le rejet du billet de banque pour des raisons qui vont de la désaffection des utilisateurs jusqu’à la lutte des Etats contre le terrorisme et le travail caché.

 

 

Peut-on imaginer que la Libra deviendra un moyen de paiement de CBDC ? Au travers de ce qu’on vient de dire, cela n’aura pas beaucoup de sens : on a du mal à imaginer des banquiers centraux confier le sort de leurs crypto-monnaies souveraines à un entreprise privée qui a clairement échoué à les évincer du jeu monétaire. Personne ne peut être rassuré par les déclarations de David Marcus devant le Sénat américain lorsqu’il annonçait que la Libra serait un moyen idéal pour défendre le monde libre contre les ambitions chinoises !!!

 

Les Chinois ont compris le message et l’ont retourné en : « la Libra est un des nombreux instruments inventés par les américains pour soumettre le monde à leur impérialisme, économique et politique ».

 

Ces différentes considérations conduisent directement à une réflexion sur ce que « monnaie » veut dire.

 

On en parle à tort et à travers et la première ICO un peu rigolote est accompagnée très sérieusement de sa crypto-monnaie, de la blockchain qui lui est nécessaire pour fonctionner et de toute une gamme de tokens, utility, service, financial asset et autres.

 

La monnaie et la valeur comme la loi et la justice.

 

Peut-on imaginer un univers irénique genre Thoreau/Emmerson où l’individu pourrait, comme on au supermarché on choisit une marque pâtes alimentaires, choisir sa monnaie de paiement au grand bazar monétaire planétaire ? Outre le fait qu’il est évident que ce serait une parfaite régression économique ; outre le fait que ces subtilités de choix n’enrichissent que les malins et se payent sur le dos des « geeks » et surtout du consommateur lambda ; outre le fait qu’on ne voit pas un instant les « rationale » d’un maniement de plusieurs monnaies tant sur le plan culturel que sur le plan financier, il faut admettre qu’il s’agit d’un space-opéra monétaire au sens de ce genre littéraire vis-à-vis de la Science-fiction en général.

 

Car, que cela plaise ou non aux inventeurs de monnaies cryptées en tous genres, la monnaie n’est pas simplement un machin destiné à faire circuler les marchandises et les services. Elle n’émerge pas sous la pression des marchands, des consommateurs et de toutes les personnes privées qui passent leur temps à râler contre les contraintes publiques. On a trop répété la doxa aristotélicienne des trois fonctions de la monnaie (on oublie trop que le grand philosophe soutenait que le soleil tournait autour de la terre et qu’il avait des preuves scientifiques de ce qu’il annonçait). Aristote a eu une belle intuition sur la monnaie. Elle était cependant trop fonctionnelle et pas assez conceptuelle ! La monnaie primairement, essentiellement, est un produit de la société et, sur le plan politique, a une valeur institutionnelle. La Monnaie régit les rapports de valeurs des artefacts. La Monnaie fait partie du corps des normes politiques et sociales au même sens que la loi et la justice.

 

(Pour illustrer l’urgence de ce propos : la monnaie est l’unité de mesure de la valeur et son expression même comme le sont les fameuses unités de mesure de poids, de temps, d’espace. Cela n’entraîne pas qu’il s’agisse d’unité « unique » sur un plan mondial. Les souverains, pour des raisons très variables ont revendiqué leur droit à définir leurs mesures propres : en Grande-Bretagne, on ne pèse pas selon les mêmes mesures qu’on France. Mais, la tendance de toutes les unités de mesure est bien de s’unifier et non pas de se disperser ! On mesure la radioactivité de la même façon sur toute la surface de la planète).

 

Cela s’exprime pratiquement par le concept de monnaie signée, coup de génie des Grecs, à qui justement nous devons la conception moderne de la cité. Cette même monnaie signée s’exprime dans la société qui l’a portée et qui l’utilise, par un moyen archi-connu : le cours légal. La prétention d’un agent économique à user d’une monnaie cryptée de son choix sera toujours limitée par cette injonction du souverain, garant final, en tant qu’auteur de la monnaie et de sa valeur et donc de ses deux rôles d’instrument de paiements et de conservateur de valeur.

 

La monnaie est un élément central des sociétés politiques. La dislocation des espaces monétaires se traduit toujours par une dislocation sociale et politique, au pire, par une aliénation du même ordre, au mieux. L’évolution des systèmes monétaires est affaire, et porte conséquence, politique. Introduire la pluralité des monnaies n’est pas une simple question de narcissisme « silicon valley » c’est bouleverser la façon d’être en société.

 

 

La cryptomonnaie est-elle la chloroquine de l'économie ?

  

Pour relancer la consommation, en chute libre depuis la crise du coronavirus, il est parfois envisagé de distribuer de l'argent aux citoyens. Comment ? Plusieurs pistes sont à l'étude. Et pourquoi pas les cryptomonnaies, s'interroge Pascal Ordonneau.

 

Publié le 26 mars 2020 à 14h25Mis à jour le 26 mars 2020 à 14h34

Pour lutter contre la maladie, il faut des médicaments. Si on trouve des miraculeux, tant mieux. Si on n’est pas sûr du résultat, tant pis. Il faut essayer. C'est d'ailleurs le débat du moment avec l'utilisation de l'hydro-chloroquine pour soigner les patients atteints du coronavirus SARS-CoV-2.

 

Dans le domaine économique, on trouve aussi des partisans des formules révolutionnaires ou, tout du moins, disruptives. Comment préserver la liquidité des économies et comment protéger des hommes et des femmes qui se trouveront démunis faute de travail, et, par conséquent, faute de ressources. La conjonction de ces deux risques conduirait ni plus ni moins à une crise économique mondiale plus profonde et plus mondiale que celle de 1929.

 

Liquidité des systèmes

Pour ce qui est de la liquidité, la question est simple et la solution aussi. La liquidité concerne les agents bancaires et financiers. La crise de 2008 a montré qu’à trop tergiverser et à brandir des principes du type «libre concurrence» ou «punissons les coupables, ceux qui spéculaient avec l’argent des autres» on provoque des effets de dominos désastreux qui se propagent de banques en banques, de produits financiers en produits financiers.

 

 

Keynes avait inventé le multiplicateur d’investissement. Dans sa foulée, ses suiveurs avaient découvert le multiplicateur de crédit. Certains esprits aventureux avaient imaginé le démultiplicateur, ce mécanisme infernal qui conduit à la déflation et à l’effondrement des mécanismes de fixation de la valeur. La destruction de monnaie dans ces conditions devient un effondrement incontrôlable. La société suit immanquablement.

 

La lutte contre l’assèchement de la liquidité est du domaine des banques centrales et concerne les banques secondaires de dépôts et d’investissement. L’Europe a finalement mis en œuvre de mécanisme de résolution, des quantitative easing, des achats de créances privées et publiques pour, desserrant la contrainte de liquidité, permettre un fonctionnement «normal» du système et, mieux, faire en sorte qu’il puisse garder une capacité d’initiative décentralisée.

 

Il est probable que pour cette branche de la question, les initiatives des banquiers centraux, nommément la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE), accompagnées, timidement par le Fonds monétaire international (FMI) - dont ce n’est pas le rôle - seront efficaces et rapides à mettre en œuvre. Il est certain que le risque de collapse de certaines banques systémiques sera atténué par des nationalisations ou par des plans de résolution solidement dotés.

 

Distribuer de l'argent

L’autre branche de la question est plus délicate. Non pas sur le plan conceptuel : on ne manque ni d’idées ni de principes ni de très bonnes raisons d’agir. La difficulté est plutôt logistique au sens où ce qui va être proposé n’a jamais existé sous la forme « méta-économique» que l’on pressent.

 

Et c’est là que surviennent les docteurs miracles, les solutions révolutionnaires. L’idée qui se fait jour dans de nombreux pays libéraux - dont les Etats-Unis - est simple comme bonjour. Pour relancer les économies, pour atténuer l’impact dramatique sur le niveau de vie des citoyens du monde, et donc, ne pas provoquer l’effondrement des appareils productifs en raison de l’effondrement de la demande, il faut que les consommateurs puissent continuer à consommer.

 

Donc, il faut distribuer de l’argent, peu importe sur quelle base, peu importe l’apport réel des bénéficiaires à l’économie. Il faut leur donner les moyens de consommer. Si possible des biens et produits locaux. Personne n’imaginerait de gaieté de cœur que des distributions d’argent se retrouvent en importations massives de télé, de jeux en tous genres et de tee-shirts fabriqués ailleurs. Parmi les règles de gestion de ces injections de monnaie, on trouvera donc un renforcement des frontières économiques. On n’a pas pu empêcher le coronavirus de se répandre dans le monde. On y parviendra pour les biens et les services classiques.

 

Distribuer des billets ou créditer les comptes en banque ?

Distribuer de l’argent ce n’est pas simple. Imaginons des billets. Et ce sont donc des milliards de bouts de papier qu’il faudra imprimer, dans les conditions de sécurité habituelles pour éviter les fraudes et les fausses émissions. Je passe sur la comptabilité de l’opération, sur les queues aux points de distribution, sur l’enregistrement des bénéficiaires, et. On ne peut que conclure qu’une opération physique pure est impossible et qu’il vaut mieux la réserver à des cas marginaux.

 

L'autre solution est classique : créditer les comptes en banques de millions de citoyens, quitte à demander aux banques de second rang de prêter main-forte aux pouvoirs publics, moyennant des dispositions fermes des banques centrales pour garantir les banques sous-traitantes contre les risques de bilan ? L’argent cascaderait dans le système bancaire quitte à ce que la manne soit soumise à plusieurs étages de cascade. Les premières en ligne directe avec les banquiers centraux, qui recevraient les milliards à distribuer, les suivantes recevant leurs parts, jusqu’à celles qui ont le contact B to C.

 

Il ne faut pas être effrayé par les écritures. Les ordinateurs quantiques seront mobilisés pour une noble cause. Reconnaissons cependant que rien ne sera simple là aussi, les risques de doublons, de fraudes, de ratés informatiques et organisationnels seraient moindres que dans le cas précédent, mais ils seraient incontournables.

 

Cryptodollars

Enfin, la crypto-économie vient massivement apporter ses services. Aux Etats-Unis, on verserait ces subsides sous la forme de dollars numériques. Un cryptodollar adossé au dollar lui-même dans un rapport paritaire. Pour ce cryptodollar, pas besoin de toutes les complications des bitcoins et de leurs émules. Pas de nœuds, pas de communauté où tout le monde fait mouliner son ordinateur, pas d’autre chose qu’un portefeuille et une clef personnelle. Le reste ce sont des enregistrements informatiques sur une blockchain gérée par les pouvoirs publics. Cette technique aurait le mérite d’éviter que les données aillent se perdre chez une ou deux grosses baleines comme on nomme les milliardaires en monnaies cryptées.

 

Peut-on vraiment penser que la Fed toute seule pourrait se charger de cette opération énorme de digitalisation de l’ensemble de la première économie mondiale ? Il y a des chances que non. La banque centrale américaine n’est pas connue en tant que société de prestation informatique.

 

C’est là que le monde des cryptomonnaies frémit et voit naître des grandes espérances. « Pourquoi ne pas nous confier cette opération ?», glissent ses représentants dans des billets publiés sur des sites d'information spécialisés. Pourquoi, même ne pas ouvrir cette sous-traitance à plusieurs sociétés, il en est des milliers et parmi elles de vraies escroqueries, mais il suffirait à la banque centrale et aux grandes banques de mettre en place des dispositifs de vérification. On mettrait aussi en concurrence des techniques. On pourrait même introduire là-dedans des systèmes de représentation des cryptodollars, des « coins » et des «tokens» de notre fabrication, plus commodes, si la cryptomonnaie souveraine s’avérait trop lourde à manipuler.

 

On pourrait faire exploser le rôle du souverain et sa prétendue responsabilité ultime à l’égard de la détermination de la valeur d’échange des biens et des services. On pourrait réinventer des systèmes monétaires privés, locaux ou professionnels. La Californie, dit-on, n’attend que cela : fabriquer elle-même sa monnaie et se dégager des lourdeurs fédérales.

 

Pour quitter le tumulte insipide et insensé des réseaux, un livre de pensées ou la sagesse orientale est alliée au goût occidental pour l'analyse et l'humour

 

Quelques ouvrages de Pascal Ordonneau

Panthéon au Carré est disponible aux éditions de la Route de la Soie.

Promotion est disponible chez Numeriklivre et dans toutes les librairies "digitales"

Au Pays de l'Eau et des Dieux est disponible chez Jacques Flament Editeur ainsi que

La Désillusion, le retour de l'Empire allemand, le Bunker et "Survivre dans un monde de Cons".

"La bataille mondiale des matières premières", "le crédit à moyen et long terme" et "Les multinationales contre les Etats" sont épuisés. 

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