Boulevard et impasse Bonne Nouvelle

version française

 

 

 

Si vous avez eu l’occasion de lire les monographies concernant la rue de la Fidélité et de la rue de Paradis, vous avez nécessairement rencontré les religieuses attachées au couvent des « Filles-Dieu ». Nous les retrouverons brièvement sur le Boulevard Bonne Nouvelle.

 

Situé dans le Xème arrondissement de Paris, il n’est pas bien impressionnant ce boulevard ! Il est large, 35 mètres au minimum, (lorsqu’il fut conçu, quatre carrosses pouvaient rouler de front et il était encadré par deux contre-allées) mais pas long, 347 mètres, bien qu’un peu plus que son voisin, le Boulevard Saint Denis. A l’inverse de ce dernier qui bénéficie de la magnifique « porte Saint Denis », il ne s’y trouve aucun monument ou bâtiment exceptionnels. De nos jours, c’est une voie de circulation fort importante, intégrée dans l’ensemble dit « des Grands Boulevards » qui dessert Paris d’Est en Ouest. La circulation y est donc intense avec bruits et gaz d’échappement.

 

Pour en comprendre « l’économie », il est bon de revenir sous le règne de Louis XIV. Ce dernier décida de « déclasser » les murailles de Charles V construites de 1370 à 1382 ainsi que celles de Louis XIII. Elles étaient très dégradées et ne présentaient finalement que peu d’efficacité pour la défense de Paris. Le plan d’urbanisme volontariste que le Roi « Soleil » lança projetait de transformer les anciennes fortifications et leurs emprises en un vaste « cours » qui ferait ainsi le tour de la capitale par le nord et qui serait organisé pour que les badauds parisiens en tous genres et de toutes origines sociales puissent se délasser. Le chantier du boulevard fut donc lancé sous la responsabilité de l’architecte Pierre Bullet et, pour l’essentiel, achevé en 1705. Le boulevard de Bonne nouvelle est une petite section de ces voies que les Parisiens nommèrent rapidement après leur construction : « les Grands Boulevards ».

 

Jusque dans les années 1960, ils furent un des hauts lieux de la vie parisienne, théâtres, cabarets, panoramas, restaurants, gargotes en tous genres proposaient leurs distractions, leurs menus et leurs vins sur des centaines de mètres. On dit que pour Hemingway, il n’y avait de Paris que « des Grands Boulevards » ! Dans leur partie ouest, ce ne furent que magnifiques hôtels et belles demeures appartenant à la noblesse et à la Finance. Il en est resté de très beaux éléments. Dans la partie Est, dont fait partie notre boulevard, on trouve les charmes qu’y recherchaient Parisiens et étrangers.

 

Pourquoi avoir nommé cette petite section : Boulevard de Bonne nouvelle ! Une église bâtie à l’intérieur des anciennes fortifications portait ce beau nom, cela suffit-il ? Pas sûr ! Une délimitation administrative qui imposait un changement de dénomination ? Probablement. L’histoire et les circonstances de sa construction méritent d’être narrés.

 

Le Boulevard Bonne Nouvelle fut construit initialement en tranchée. En effet, il traversait ce qu’on nommait la « Butte de ville neuve les Gravois », dont la dénomination venait de ce qu’elle était le fruit de l’accumulation d’ordures et de résidus de construction. De nombreuses « buttes » du même type existaient à Paris, où comme dans la plupart des villes anciennes n’existaient pas d’évacuation organisée des ordures en tous genres et où l’équipement en égouts était rudimentaire. Au fil des siècles, ces dépotoirs devinrent des buttes, puis des collines et furent parfois qualifiées de « monts ou de montagnes » tant leur accumulation était impressionnante. La « Butte Bonne Nouvelle », ou butte de la ville neuve les Gravois, était un cloaque où seuls les « gueux » les plus pauvres acceptaient d’habiter malgré tous les efforts des rois. Elle était « un foyer de pestilence » et était parfaitement insalubre. C’est donc au travers de ces monceaux d’ordures que le boulevard de Bonne Nouvelle fut creusé en premier lieu. Puis, la butte fut « découronnée » en 1709. Pas moins de 15000 ouvriers furent employés à l’aplanir. Les lieux devinrent plus paisibles. Les menuisiers qui avaient investis les terrains de l’Abbaye Saint Antoine vinrent s’installer les premiers. De petites maisons, les unes ouvrières, les autres de plaisir y furent construites. Dans les alentours, durant le XVIIIème siècle, vers les rues de Clery, du Caire et d’Aboukir, des Hôtels particuliers élégants furent élevés. Un dernier travail de terrassement eût lieu en 1832 : le boulevard absorba quelques petites rues adjacentes.

 

Puis le boulevard de Bonne Nouvelle vécut sa vie de « grand boulevard », il fut pavé en 1778 (un luxe considérable au sein d’une ville qui ne l’était encore que très rarement) ! Le gaz d’éclairage fut installé en 1826 et à partir de 1828, sa chaussée voit le premier omnibus à cheval de Paris qui relie la place de la Madeleine à la place de la Bastille.

 

Ce quartier, de nos jours, est plus industrieux que résidentiel. Il est nommé « le Sentier » d’après la rue du Sentier : on y trouve une partie importante des grossistes et fabricants de mode féminine et des marchands de tissus. A deux pas des gares du Nord et de l’Est, il est très animé.

 

Dans le boulevard de Bonne Nouvelle donne une Impasse qui porte le même nom ; cette impasse a pour origine un cul de sac qui existait en 1650 et qui a porté pendant quelques temps le nom de « cul de sac des Filles-Dieu ». Ce fut longtemps un dépotoir. Aujourd’hui, il est bordé d’immeubles sans intérêt et, en plein milieu, par une friche qui attend probablement un permis de construire.

 

 

 

american version

 

 

 

 

If you had the opportunity to read the monographs concerning Loyalty Street (rue de la Fidèlité) and Paradise Street (rue de Paradis), you inevitably met the nuns attached to the convent of the “God-daughters” (“Filles-Dieu”). We shall find them briefly on Good News Boulevard.

 

 

Situated partly in the District 10 and partly in District 2, it is not very impressive as a boulevard! It is wide, 35 meters at least (when it was designed, four coaches were possible to drive frontally and it was framed by two service roads) but not long, 347 meters, although a little longer than its neighbour, Saint Denis Boulevard. Contrary to the latter which benefits from the magnificent “Saint Denis Gate”, no exceptional monuments or buildings are standing there. Nowadays, it is an urban street which bears a very important traffic, as a part of the big avenue called “Grand Boulevards” which serves Paris from East to West. The traffic there is intense with noise and exhaust fumes.

 

 

In order to understand “the economy” of “Good News Boulevard”, it is good to go back to the reign of Louis XIV. He decided “to downgrade” King Charles V ramparts constructed from 1370 till 1382 as well as those of Louis XIII. They were very degraded and finally presented not much efficiency for the defence of Paris. The voluntarist town planning scheme which “le Roi-Soleil” launched, intended to transform the old fortifications and their emprise lands into a vast “course” which would make the tour of the Capitale by the North and which would be organized so that the Parisian onlookers of any kind and any social origin could relax. The construction work of the boulevard was thus launched under the responsibility of the architect Pierre Bullet and, for the most part, finished in 1705. Good News Boulevard is a small section of the street which the Parisians quickly named once completed: “Grand boulevards.”

 

 

Up to the sixties, they were a Mecca of Parisian life, theatres, cabarets, panoramas, restaurants, “gargotes” of many kinds offered their entertainments, their menus and their wines across hundreds of meters. We say that for Hemingway, Paris was nothing else but the “Grand boulevards”! In the West part, there were only magnificent mansions and beautiful houses belonging to members of French aristocracy and Finance. Lot of very beautiful architectural pieces are still remaining there. In the East part, of which our boulevard is a part, the charms which Parisians and foreigners had been looking for are still there.

 

Why has this small section of the “Grands Boulevards” been named: Good News Boulevard? A church built within the old fortifications had been named (and still is) after this beautiful name, is that a sufficient reason? Not sure! Was this related to an administrative demarcation which imposed different names for different sections of the Grands Boulevards? Possibly. Let us say that the story and the circumstances of its construction deserve to be told.

 

 

Good News Boulevard was initially built in trenches. In fact, it crossed what was named the “Mound of Gravois new city”, whose name came from the fact that it was the “fruit” of the accumulation of garbage and residues (in old French: gravois) of construction. Numerous “mounds” of the same type existed in Paris, where as in most of the cities in ancient times there was no organized evacuation of the garbage of any kind and where the equipment in sewers was rudimentary. In the course of the centuries, these garbage dumps became mounds, then hills and were sometimes qualified as “mounts or as mountains” so impressive was their accumulation. The “Good News Mound”, or “mound of the Gravois new city”, was a cesspool where only “beggars” of the poorest variety agreed to live in spite of all the efforts of the kings. It was “a focus of stench” and was perfectly unhealthy. It is thus through these piles of garbage that the Good News Boulevard was dug at first. Then, the mound was “deposed” in 1709. Not less than 15,000 workers were used to level it. This place became more peaceful. The carpenters who had already invested the grounds of the Saint Antoine Abbey came to settle down first. Small houses were built there for working people or for pleasure. In the surroundings, during the 18th century, in the vicinity of the Cléry, Cairo and Aboukir streets, elegant mansions were raised. A last earth-moving took place in 1832: the boulevard absorbed some neighbouring side streets.

 

 

Then Good News Boulevard lived its life of “Grand Boulevard”: it was paved in 1778, a considerable luxury for pavements were still very rare within Paris! The town gas was installed in 1826 and from 1828, its pavements saw the first horse-drawn local train in Paris which connected Madeleine Square to Bastille Square.

 

 

This district, nowadays, is more industrious than residential, it is named “Le Sentier” (the path) after the name of “Sentier” Street. There is a significant number of commercial and industrial firms in women’s fashion: wholesalers and manufacturers, traders of fabrics are settled there. Just a step from Gare du Nord (the Northern Railway Station) and Gare de l’Est (Eastern Railway Station), it is very lively.

 

 

Connected to the Good News Boulevard there is a dead end (cul-de-sac) which bears the same name (Impasse de Bonne Nouvelle); its origin dates back to 1650 with a “cul de sac” which bore for a while the name “Cul de sac des Filles-Dieux” (God-Daughters Cul-de-sac). For a long time, it was a garbage dump. Today, it is lined with basic and banal buildings and in its midst with an abandoned field which probably awaits a building permit.

 

 

This article was proofread in English by Aubrey Wadman Goetsch


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