Divers Petits Passages et Impasses

Passage de l'Espérance, de la Confiance, impasse des Souhaits

La nomenclature des rues de Paris laisse beaucoup de place à la fantaisie, l’imagination, ou … l’absence d’imagination. Considérez le grand nombre de rues qui doivent leur nom au patronyme d’un propriétaire foncier, ou au prénom de son épouse, ou bien à l’idée qu’il se fait de la société et vous aurez déjà une petite idée de ces originalités.

 

On a indiqué dans une monographie que la rue de la Confiance croisait la rue de la Providence. On a rappelé que l’impasse du Désir était à deux pas de la rue de la Fidélité. On s’est amusé lorsqu’on a découvert que l’impasse Satan se trouvait à proximité immédiate du passage Dieu. Dans les lignes qui suivent on va découvrir que l’Impasse de la Providence (Ne pas confondre avec la rue de la Providence) est elle-même fort proche du Passage de la Confiance. On voit ainsi que les Parisiens sont, malgré les apparences, des gens de cœur et de conviction !

 

Toutes ces voies font parties du XXème arrondissement qui, jusque dans les années 1960, était une juxtaposition de villages qu’une urbanisation pas très bien contrôlée avait fait grandir et se télescoper les uns les autres. On y voyait des restes d’habitat rural, de vieilles cours de fermes, des puits à ciel ouvert dont les margelles étaient usées au point d’être lisses comme du marbre. Tout ceci respirait encore la province avec ses malheurs cachés et quelques odeurs de vieux foin et de cuir usé. Au-dessus des puits les manivelles devenues ferrailles auraient eu bien du mal à monter et descendre des seaux d’eaux.  

Très couleur local… mais surtout très pauvre.

 

Depuis cinquante ans, tous ces secteurs qui se souvenaient d’un Paris d’autrefois, un Paris du XIXème siècle, ont été restructurés. De nouveaux bâtiments ont été élevés. Des écoles, des dispensaires, bibliothèques…

 

On commencera ici par l’impasse de la Providence. Elle n’est pas bien grande : d’une longueur de 63 m et pas très large : 3 m. De nos jours, elle est surtout bordée par des écoles et par une institution religieuse d’assistance aux démunis.

 

Un peu plus loin, on découvre une ruelle, l’Impasse des Souhaits, d’une longueur de 67 m et d’une largeur de 2,5 m. Je suis sûr que vous êtes très impressionnés par la logique incontournable qui régit tous ces noms de rues. Vous le serez encore plus lorsque vous saurez que l’Impasse des Souhaits ne s’est pas toujours nommée ainsi : Jusqu’à 1877, elle fut connue comme « Impasse de l’Espérance ». On ne glosera pas sur la différence ontologique entre Providence, Souhaits et Espérance. Je vous laisse méditer sur leurs rapports étroits respectifs et sur l’impérieuse nécessité qu’il y a eu de concentrer tant de noms si nobles dans des quartiers si modestes.

 

L’impasse des souhaits ne commence pas très gaiement. Elle est même à proprement parler « sinistre ». Je n’aimerai pas m’y trouver tout seul à deux heures du matin en hiver ! Elle est éclairée, ne vous y trompez pas ! On y a installé de magnifiques réverbères à l’ancienne. Leur dessin rappelle bien les temps anciens quand ils fonctionnaient au gaz. Aujourd’hui, ils sont alimentés en courant électrique. L’allumage est automatique et l’« allumeur de réverbères» au métier si poétique (rappelez-vous : c’est un personnage essentiel dans le Petit Prince, ce petit roman philosophique écrit par Saint Exupéry) qui œuvrait pour que la lumière fût a quitté les lieux depuis longtemps. Tout n’est pas noir dans cette impasse : tout au fond, on trouve quelques petites maisons indépendantes, charmantes, aux portes colorées et aux fenêtres ornées de fleurs.

 

Il faut maintenant en venir à l’impasse des Souhaits, auparavant dénommée impasse de l’Espérance, ce qui n’était pas contradictoire : l’espérance n’est-elle pas la condition nécessaire de la formulation d’un souhait. Quel souhait n’est-il pas le produit de l’espérance ?

Les souhaits ont rapport avec l’espérance, c’est certain mais en ont-ils avec la Confiance ? Vaste question que je pose à l’instant car l’impasse des Souhaits faisait face au passage de le Confiance ! D’une longueur de 89 m et d’une largeur de 2 m, ce passage-là n’était pas d’un gabarit si différent de celui de l’impasse de l’Espérance !

 

On dit que le nom de cette voie privée ne lui a été attribuée qu’en 1877 par ses propriétaires. Il suivait une précédente désignation : impasse Meunier qui probablement correspondait à un nom de propriétaire immobilier plutôt qu’à un propriétaire de moulin.

On voit que si les Parisiens peuvent être fantaisistes dans l’attribution des noms de rues, ils sont capables s’obstiner en distribuant des noms de vertus et de qualités morales même dans les endroits les plus improbables, en tout cas dans les endroits les plus pauvres de Paris.

 

Mais voilà, l’embûche. J’ai pu vous décrire ces petites voies sans importance parce que j’y suis allé. J’ai pris le métro et à partir de la Station Alexandre Dumas, je les ai retrouvées et j’ai pu les arpenter et les photographier.

 

Toutes ? Non pas ! Il en est une que j’ai recherchée pendant une demi-heure. Je n’y croyais pas. Ce n’était pas possible. Je l’avais trouvée dans mon plan de Paris. Je reconnais que l’édition n’en était pas récente mais je sais aussi que les rues de Paris ne changent de noms que très marginalement et surtout dans les endroits « chics ». A Paris, comme ailleurs je suppose, on ne s’occupe pas beaucoup de donner de nouveaux noms aux rues de quartiers « défavorisés ».

 

Donc, j’ai cherché mon passage de la Confiance qui avait disparu et je ne l’ai pas trouvé. Alors, il a bien fallu que je me rende à l’évidente : Le Passage de la Confiance avait été supprimé. Je ne le trouvais pas parce que mon plan trop vieux ne savait pas que la Confiance était sur le point de disparaître.

 

Etait-ce prémonitoire ? Cela annonçait-il quelque chose de grave sur le point de frapper la société française ? Cette question trouvera une bonne part de sa réponse dans d’autres tribulations parmi les rues morales et vertueuses de Paris.

 

 

The naming of the streets of Paris leaves plenty of room for imagination, or the absence of imagination. Consider the large number of streets which owe their name either to the patronym of a property owner, to the first name of his wife, or to his vision of society and you will already have a small idea of these originalities.

 

We indicated in a monograph that Confidence (Confiance) Street crossed Providence Street. We recalled that Desire Cul-de-sac was just a step from Loyalty (Fidélité) Street. We were amused to discover that Satan Cul-de-sac was in immediate proximity of God (Dieu) Passage. In the lines which follow we are going to discover that Providence Cul-de-sac (not to be confused with Providence Street) is very close itself to Confidence (Confiance) Passage. So, we can see that the Parisians are, in spite of appearances, people of heart and conviction!

 

All these streets are part of District 20, which, till the end of the 60s, was a juxtaposition of villages which a not very well controlled urbanization had made grow and overlap onto each other. We saw the remains of rural group settlements, old farmyards, open-air wells there whose edges were worn as smooth as marble. All this still smelled of the “province” with its hidden misfortunes and some smells of old hay and worn out leather. Over the wells, cranks that had become scraps would have had a great deal of difficulty raising or lowering buckets of water.

This scene is full of character, but also very poor.

 

For fifty years, all these sectors which recalled Paris of ancient times, Paris of the XIXth century, were restructured. New buildings were constructed. Schools, health centers, libraries.

 

We shall begin here with providence Cul-de-sac. It is not very big: a length of 63 meters, and not very wide, 3 m. Nowadays, it is lined by schools and by a religious institution of assistance for the poor.

 

A little farther, we discover an alley, “wishes” Cul-de-sac (Cul-de-sac des Souhaits), with a length of 67 m and a width of 2.5 m. I am sure that you are very impressed by the inescapable logic which governs all these street names. You will be even more impressed to know that Wishes Cul-de-sac was not always called that: until 1877, it was known as “Hope Cul-de-sac “. We shall not ramble on about the ontological difference between Providence, Wishes and Hope. I will let you meditate on their respective close connections and on the imperious necessity of concentrating so many noble names in such modest districts.

 

Wishes Cul-de-sac does not begin very cheerfully. It is even, strictly speaking, “creepy”. I would not like to be alone there at two o’clock in the morning in winter! It is well lit, make no mistake! Local administration installed magnificent traditional streetlights there. Their design brings back ancient times when they ran on gas. Today, they are fed with electric current. The ignition is automatic and the “lamplighter” with such a poetic job (remember: this is an essential character in “Le Petit Prince”, this short philosophical novel by Saint-Exupéry) who worked so that the light was on, left this place a long time ago. Everything is not gloomy in this Cul-de-sac: toward the end, we find some small independent, charming houses in the coloured doors and in the windows decorated with flowers.

 

It is now necessary to come there to Wishes Cul-de-sac, previously called Hope Cul-de-sac, what was not contradictory: hope is not a necessary condition for the formulation of a wish. Conversely: what wish is not the product of hope?

 

Wishes have a connection with hope, it is certain! But do they have one with confidence (Confiance)? This is a vast question which I pose now because Wishes Cul-de-sac faced Confidence (Confiance) Passage! With a length of 89 m and a width of 2 m, this passage was not so different from Hope Cul-de-sac!

 

They say that the name of this private road was awarded to it only in 1877 by its owners. It followed a previous name: “Cul-de-sac Meunier” which probably corresponded to the name of a property owner rather than to an owner of a mill. (Meunier in French is Miller in English).

 

We see that if the Parisians can be fanciful in the attribution of street names, they are capable of distributing names of virtues and moral qualities, even in the most improbable places, in any case in the poorest parts of Paris.

 

And there’s the rub! I was able to describe these small unimportant streets to you because I went there. I took the subway to Alexandre Dumas Station. Once there I found them and I was able to measure and to photograph them.

 

Not all of them, though! I looked for one of the streets for half an hour. I could not believe it. It was impossible: I had found it on my map of Paris. I must confess that my edition was not the most recent. Nevertheless, I also know that the streets of Paris change names only very rarely and especially in the “chic” parts of town. In Paris, like in other places I suppose, we do not worry much about giving new names to the streets located in “disadvantaged” districts.

 

Thus, I looked for Confidence (Confiance) Passage which had disappeared and I did not find it. Then, I had to surrender to the obvious: Confidence (Confiance) Passage had been eliminated. I did not find it because my old map did not know that Confidence (Confiance) was about to disappear.

 

Was it a sign? Did it announce anything grievous about to strike French society? This question will find a good part of its answer in other wanderings within “the moral and virtuous streets” of Paris.

 

 


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