Passage du Désir

Paru dans The French Quarter Magazine en version bilingue. 

Passage du Désir partie Est
Passage du Désir partie Est

Il est situé dans le 10ème Arrondissement et appartient au quartier de la Porte-Saint-Martin, Porte-Saint-Denis.

 

Il débute, 89 rue du Faubourg-Saint-Martin et finit au 84 rue du Faubourg-Saint-Denis

Sa longueur est de 210 mètres et sa largeur de 5 m.

 

Le désir est-il une vertu ? Peut-on lui trouver une place dans une présentation des rues « morales » de Paris. On va parier que oui et nous serons en bonne compagnie !

Écoutons le célèbre Bossuet, surnommé au temps de Louis le quatorzième, l’Aigle de Meaux : « Il y a dans l’esprit de l’homme un désir avide de l’éternité… ». Voilà qui devrait rassurer tous ceux qui auraient tendance à réduire le désir à des pulsions douteuses, humaines, trop humaines.

 

Mais aussi, dans notre prétention à faire du désir une vertu, nous sommes soutenus par Sigmund Freud, l’inventeur de la psychanalyse : L'homme énergique et qui réussit, c'est celui qui parvient à transformer en réalités les fantaisies du désir." C’est dire que le désir est le mobile de l’ambition et qu’il est du domaine de l’énergie vitale.

 

Donc nous voilà rassurés, ce passage du Désir fait bien partie de la cohorte des rues vertueuses. Dernier argument qui renvoie à la présentation d’une autre rue : sur son milieu, à la fin du XVIIIème siècle, le Passage du désir était lié à la rue de la Fidélité. Cette relation étroite et sympathique qui associait deux vertus complémentaires car nécessaires à la réussite d’une vie conjugale dans la durée et l’intensité, montre qu’associé à la fidélité, le désir ne pouvait qu’être une vertu.

 

Cependant, soyons honnête :  à cette époque-là le passage du Désir ne portait pas ce beau nom. Jusqu’en 1789, il fut connu sous le nom de passage du Puits. Il y avait des raisons à cela plus solides que le nom de Désir qui lui sera ultérieurement donné. En effet, dans ce passage du Puits se trouvaient au moins trois puits qui avaient été creusés longtemps auparavant et qui n’ont été bouchés ou qui ont cessé d’être exploités qu’au cours du XIXème siècle.

 

En 1789 donc, le passage du Puits, devenait passage du Désir sur la requête de ses habitants et demeurait étroitement associé à la rue de la Fidélité. La modernisation et l’extension de Paris au milieu du XIXème siècle vinrent régler le sort du passage et de la rue. Ils furent séparés en raison du percement du boulevard de Strasbourg.

 

Ce secteur de Paris, au Nord, fut l’objet de constructions et de restructurations incessantes à une époque où le Paris moderne émergeait du vieux Paris, celui du Moyen âge et de l’Ancien Régime. Le passage du Désir fut coupé en deux par une rue étroite tout d’abord puis, plus franchement, par le boulevard de Strasbourg dont le tracé prolongea celui du boulevard de Sébastopol. Aux alentours, les constructions poussaient comme des champignons. Non loin du passage on construisait deux gigantesques gares : les Gares de l’Est et du Nord.

 

Boulevard, avenue, rue, chaussée, passage, voies, impasse, square, place, la toponymie parisienne est organisée autour d’un nombre assez varié de termes généraux. « Passage » correspond à deux sortes de voies, les unes reflètent l’organisation ancienne de la ville, les autres une catégorie très particulière d’espaces commerciaux. Disons rapidement un mot sur ceux-là : dans le courant du XIXème siècle furent créés des rues commerciales protégées par des verrières et interdites à toute autre circulation que celle des piétons. Il s’agissait de centres commerciaux avant la lettre, très fréquentés en raison de l’enrichissement des Parisiens et très commodes à une époque où les rues n’étaient pas pavées. L’enthousiasme pour les passages disparut quand le pavage des rues devint systématique. De plus, les nouveaux boulevards et les avenues tracées devinrent très larges. Enfin, apparurent les grands magasins à partir du dernier tiers du XIXème siècle.

 

L’autre catégorie de passages correspond à des voies souvent privées qui relient des voies publiques. L’entretien des premiers passages appartient donc à des personnes privées, celui des seconds à la ville de Paris. Les passages de ce type étaient en général fermés ou gardiennés, n’y pénétraient que les occupants ou les personnes qui y avaient été autorisées. Ces passages-là n’étaient pas très bien vus par les autorités royales et impériales. Les révolutions de 1830 et 1848 avaient pris d’autant plus d’ampleur que les révoltés savaient utiliser les passages pour échapper à la cavalerie. Quittant une barricade, ils se retrouvaient un peu plus loin après avoir suivi un dédale de petites rues et de passages. Ils pouvaient, « ni vu, ni connu », manœuvrer pour se trouver dans le dos des troupes de maintien de l’ordre !!!

 

Le passage du Désir ne s’est pas illustré dans ces grands moments historiques mais il rentre dans cette catégorie de passages privés.  Dans les actes juridiques relatifs à la propriété du passage, il est clairement rapporté qu’avant d’être séparé en deux tronçons, il était la propriété d’une seule personne. Une fois séparés chacun des tronçons devint la propriété de deux personnes : un frère et une sœur. Puis l’un des deux tronçons devint une copropriété familiale.

Curieusement, preuve que la construction du passage ne s’est pas déroulée de façon uniforme, les deux tronçons ne se ressemblent en rien. L’un est constitué d’un ensemble très homogène de bâtiments de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée. Le style en est élégant et donne la même impression que les fameuses « rows » de Londres, succession d’immeubles conçus sur le même modèle sur une rue entière de part et d’autre de la rue. La construction est en brique. On trouve dans cette partie du Passage du Désir deux fontaines de part et d’autre de l’entrée donnant sur le boulevard. Les deux entrées de cette partie du passage sont formées d’immeubles datant de 1856 dont les façades sont ornées et dont l’entrée est surmontée d’une tête « à l’antique ». S’agit-il de Cérès, la déesse des moissons ? Ce n’est pas impossible, la figure de la déesse était célèbre en France car elle avait été choisie pour orner les timbres-poste ?

 

L’autre partie est protégée par une grille simple dont l’ouverture est soumise à un digicode elle est constituée d’immeubles de constructions très diverses sur une voie dont le pavement est grossier et disjoint. L’écartement de la voie et des trottoirs permet un accès automobile et sert de parking pour les résidents.

 

On terminera cette chronique sur le passage du Paradis sur une note qui pourra paraître peu vertueuse. Certains mauvais esprits racontent qu’il s’y trouvait une maison de passe à usage des officiers des armées napoléoniennes logés dans les rues adjacentes. Cette maison se serait nommée, fort opportunément, l’hôtel du Désir. Pour un hôtel borgne le nom était joli.

 

 

Aujourd’hui, le passage du Désir est placé au milieu d’un quartier de Paris dont les magasins et les résidents sont assez largement originaires d’Afrique.

 

The “Passage du Désir” is situated in the 10th District and belongs to the district of “la Porte Saint-Martin” and “la Porte Saint-Denis” the famous Louis XIV gates to the old city of Paris. It begins, 89 Faubourg St-Martin street and finishes in number 84 of Faubourg St Denis street. It is a 210 meters long street with a 5 meters width.

Is the desire a virtue? Can we find a place for it in a display of the “moral” streets of Paris. We shall bet that the answer is positive, thereby we shall stay in good company!

DSC_0031

Photo by Pascal Ordonneau.

Let us listen to famous Bossuet, Bishop of Meaux, nicknamed in the time of Louis the fourteenth, the Eagle of Meaux: ” There is in mind of the man a desire eager for eternity “. That is what should reassure all those who would tend to reduce the desire to doubtful, human, too human drives.

But also, we are supported in our claim to make of the desire a virtue, by Sigmund Freud, the inventor of the psychoanalysis: “the energetic man and who he makes it, this is the one who succeeds in transforming into realities the whims of the desire. ” It is to say that the desire is the mobile of ambition and that it is of the domain of the vital energy.

Thus here we are reassured: this “passage du Désir” is actually a part of the batch of Paris virtuous streets. A last argument sends back to the display of another street that joined the “passage” on its middle at the end of the 18th century: by this time, the “Passage du désir” was bound to the “rue de la Fidélité” (street of the Loyalty). This close and nice relationship which associated two virtues that are additional because necessary for the intensity and the success of a long-term married life, definitely shows the virtuousness of “Désir” to those who would be doubtful. So firmly associated with such a great virtue “the loyalty”, the desire could only be a virtue as well.

DSC_0034

Photo by Pascal Ordonneau.

However, let us be honest: at that time the “Passage du Désir” did not carry this beautiful name! Until 1789, it was known under the name of “Passage du Puits” (passage of the well). There were reasons in it more solid than the name of “Désir” which will later be given to it. Indeed, in this “passage du Puits” were at least three wells which had long before been sunk and which were blocked or no longer exploited in the 19th century.

In 1789 thus, the” passage du Puits”, became the “passage du Désir” at the request of its inhabitants and remained closely associated with the street of “la Fidélité”. The modernization and the extension of Paris in process in the middle of the 19th century, the destiny of the passage and the street were separated because of the drilling of the “boulevard de Sebastopol” (boulevard of Sevastopol).

This sector of Paris, in the North, was the object of multiple constructions and ceaseless restructuring in a time when modern Paris emerged from old Paris, that of the Middle Ages and from the Ancien Régime. The “passage du Désir”, went cut in two parts by a narrow street in a first time, then frankly by the “boulevard de Strasbourg” the plan of which extended that “of Sebastopol”: on top of these transformations, not far from the passage two gigantic stations were established: “Gare de l’Est” (the East Station) and, “Gare du Nord” (the North Station).

DSC_0021

Photo by Pascal Ordonneau.

“Boulevard, avenue, rue, route, passage, chemin, impasse, square, place…» the Parisian places names is organized around a restricted number of general terms. “Passage” corresponds to two sorts of ways, the ones correspond to the former organization of the city, the others to a very particular category of commercial spaces. In short let us say a word on the latter: in the course of the 19th century were created numerous commercial streets protected by canopies. They were dedicated to pedestrians exclusively and prohibited to any means of transportation. It was “shopping malls” before the term existed, very active because of the enrichment of the Parisians and very convenient in a time when streets were not paved. The enthusiasm for this type of passages disappeared when the pavement of streets became systematic, when the pavements of the newly drilled boulevards and avenues showed to be very wide and finally when appeared the department stores during the last part of the 19th century.

The other category of “passage” often corresponded to privately owned ways which connected public highways. The maintenance of these “passages” thus belonged to private persons, the other streets being supported at the expense of the city of Paris. The passages of this sort were generally closed or under the supervision of “gatekeepers”. Only the occupants or people who had been authorized could penetrate. These passages were not very popular by the royal and imperial authorities. The revolutions of 1830 and 1848 had taken all the more scale as the rebels knew how to use the passages to escape the cavalry. Leaving a barricade, running through passages, the revolutionaries found themselves a little farther and sometimes in the back of the troops combatting them.

The “passage du Désir” did not become famous in these historic great moments although it goes into this category of privately owned passages. In the legal acts relative to the property of the passage, it is clearly reported that before being separated in two sections, it was the property of a single person. Once separated each of the sections became the property of two people: a brother and a sister. Then one of the two sections became a family co-ownership.

Curiously, an evidence that the construction of the passage did not take place in an uniform way, both sections are not alike at all. One part (the western part) is established in the form of a very homogeneous set of two-storeyed buildings over the ground floor. The style is elegant there and gives the same impression as the famous “rows” of London, succession of buildings conceived on the same model on a whole street on both sides of the street. The construction is brick-built. We find in this part of the “Passage du Désir” two fountains on both sides of the entrance gate that opens onto the “boulevard de Sébastopol”. Both entrances of this part are formed by buildings dating 1856 of which facades are decorated and the entrance gate is surmounted by a head carved “in classic art style”. Is it the figure of Cérès, the goddess of the harvests? It is not impossible, the face of Cérès was famous in France as it had been chosen to illustrate postage stamps?

The other part of the passage is protected by a simple railing the opening of which being subjected to a digital code. It is established by buildings of very diverse constructions on a way the pavement of which is unrefined and separated. The space of the way and the pavements allows an automobile access and serves as parking lot for the residents.

To end on the “passage du Désir” story, we shall indicate, what can seem poorly virtuous, that certain evil spirits people insinuate that the passage was named by the name of a brothel that was very conveniently established close to streets where there were buildings for the officers of the Napoleonic armies. This brothel would have been called the “hôtel du Désir”. Pretty much adequate and attractive name for an hotel of this sort.

Today, the” passage du Désir” is within a district of Paris where stores and residents are rather widely of African origins.


Quelques ouvrages de Pascal Ordonneau

Panthéon au Carré est disponible aux éditions de la Route de la Soie.

Promotion est disponible chez Numeriklivre et dans toutes les librairies "digitales"

Au Pays de l'Eau et des Dieux est disponible chez Jacques Flament Editeur ainsi que

La Désillusion, le retour de l'Empire allemand, le Bunker et "Survivre dans un monde de Cons".

"La bataille mondiale des matières premières" et "Les multinationales contre les Etats" sont épuisés. 

S'inscrire 

 chaque semaine "La" newsletter (tous les lundis)

et "Humeur" (tous les jeudis)

 

Il vous suffit de transmettre vos coordonnées "Mel" à l'adresse suivante

pordonneau@gmail.com