Place et Avenue Denfert-Rochereau, (et aussi passage d'Enfer)

Version française

 

 

La place est longue de 220 m et large de 145 m, l’avenue est longue de 500 mêtres et large de 31 mêtres au minimum.

 

Toutes deux sont situées dans le XIVème arrondissement de Paris.

 

 

 

Curieuse ville que Paris. Pour quelles mystérieuses raisons a-t-elle vu se concentrer en quelques endroits précis ses fêtes, ses théâtres et ses opéras alors qu’à deux pas (le XIVème arrondissement) elle rassemblait quantité d’œuvres de charité, d’hôpitaux, dispensaires, maternités et autres institutions destinés à l’enfance abandonnée et malheureuse et aux femmes en périls et malades ?

 

Par quelle mystérieuse alchimie est-elle capable de transformer par le moyen d’un jeu de mots improbable le nom d’un lieu dont le sens était exactement à l’opposé de toute générosité et charité, pour lui donner celui d’un homme qui se défendit admirablement contre l’ennemi.

 

Dévoilons ces mystères ! La place et l’avenue Denfert-Rochereau ne se nommaient pas ainsi jusque dans la seconde moitié du XIXéme Siècle ! Les deux sites portaient le doux nom « d’Enfer » : lieu d’où bonté, charité, générosité et don de soi sont parfaitement exclus !

 

Et pourtant, les œuvres de charité et de bienfaisance se multiplièrent dans les parages de la rue d’Enfer et de sa place ! Il faut aller un peu plus dans l’histoire pour essayer de comprendre. Tout d’abord, il faut essayer d’expliquer cette sombre affaire d’un nom aussi peu glorieux. On a vu qu’il y avait à Paris une rue du Paradis et une rue Dieu, et même une rue des Vertus. Fallait-il qu’il y eût, pour assurer une sorte d’équilibre douteux, une rue et une place d’Enfer ? Disons les choses directement : personne ne sait d’où ces places et avenue d’Enfer ont pu tirer leur nom.  Plusieurs hypothèses ont été émises dont une tiendrait à l’existence d’une voie romaine passant dans les environs qui aurait été nommée « Via inferior », dont la déformation aurait produit le mot « enfer » ! Mais on n’en aucune preuve. On dit aussi qu’un Bois nommé « Enfer » aurait recouvert ces terres…

 

Cette dénomination était peut-être due au sous-sol particulièrement dangereux de ce secteur ! En effet, les terrains qui bordent tant l’avenue que la place ne sont pas sûrs. Ils surplombent des carrières dont l’existence fut oubliée pendant tout un temps. Ces « vides » souterrains jouèrent de vilains tours aux habitants des quartiers alentours: en 1774, le sol s’effondra sur une longueur de 300 mètres et plongea dans un gouffre 25 mètres plus bas semant la panique que vous pouvez imaginer ! Paris, on l’a montré dans certaines descriptions qu’on a faites de quelques rues était un véritable gruyère : sa chance a été que tout au long de son existence il a été possible d’exploiter sur place de très belles carrières de gypse et de calcaires d’excellente qualité et d’élever de magnifiques bâtiments, l’inconvénient … c’est qu’une bonne part des quartiers parisiens sont « suspendus » au-dessus d’anciennes carrières parfois comblées ou tout simplement étayées. La ville de Paris gère ces « vides » avec grand soin : une administration particulière en est chargée, l’Inspection des Carrières, dont les bureaux sont installés : place d’Enfer, aujourd’hui Denfert-Rochereau.  

 

Il faut noter un curieux point d’histoire des noms de rues de Paris : d’autres voies ont porté ce doux nom d’Enfer, pour les unes pendant quelques temps, pour d’autres pendant des siècles. C’est le cas de l’actuelle Rue Bleue qui se trouve dans le prolongement de la rue du Paradis et qui fut nommée pendant des siècles « la rue d’Enfer » !

 

C’est ainsi que la place et la rue d’Enfer, devenue avenue, vécurent leur vie « infernale » pendant très longtemps, la place ayant été créée en 1760, la rue quant à elle, étant connue dès le XVIème siècle. Cela dura jusqu’en 1879.  

 

Il faut maintenant s’attacher à expliquer pourquoi et comment ces deux voies prirent le nom de Denfert-Rochereau. Il est commun pour la plupart des historiens de Paris de prétendre qu’il s’agit d’’un curieux jeu de mot « administratif ». En d’autres termes, « Denfert-Rochereau » serait venu se substituer à « D’Enfer » un peu par hasard. Une étrange confusion d’un fonctionnaire quelconque qui aurait apposé le mot « Denfert Rochereau » au lieu et place du nom officiel, par mégarde ! Si c’était la vraie raison, ce ne serait pas flatteur pour l’administration française et ses fonctionnaires ! Il faut, quoiqu’officiellement personne ne le reconnaisse vraiment, aller un peu plus loin et commencer par le commencement : d’où vient le mot « Denfert-Rochereau » (vous commencez à avoir l’impression que nous sommes en plein roman policier).

 

Denfert-Rochereau est un héros. Tout simplement. Colonel du Génie, il dirigea la défense de la ville de Belfort, aux confins de l’Alsace-Lorraine, pendant la guerre Franco-Prussienne de 1870. Il le fit avec tant de force et de détermination que la ville, qui était englobée dans les territoires annexés par l’Allemagne, demeura libre, sa résistance ayant provoqué l’admiration de ses adversaires. Mort en 1878, le colonel ne pouvait rester oublié. Pour autant, lui attribuer officiellement le nom d’une très grande place et d’une avenue, aurait pu constituer un affront diplomatique à l’égard du nouvel Empire Allemand… on dit qu’un fonctionnaire de la ville de Paris, aurait pris une initiative héroïque, sans que personne ne s’en aperçoive, et changé le mot « d’Enfer » en « Denfert ». Puis, un peu plus tard, il aurait ajouté le mot « Rochereau ». Ainsi, sans tambour ni trompette et sans que les Prussiens y trouvent à redire, il aurait rendu les honneurs au vaillant colonel !

 

Nous n’en avons pas encore fini avec la guerre Franco-Prussienne : la place « Denfert-Rochereau » y est non seulement dédiée par son nouveau nom mais aussi par le lion magnifique qui est placé en son centre. Pour commémorer leur résistance à l’ennemi, les habitants de Belfort avaient décidé d’ériger une sculpture grandiose : ils avaient choisi un lion, énorme, massif, couché, la gueule ouverte tournée vers…. Berlin. Cette idée n’avait pas été du goût des Prussiens qui avaient exigé que la sculpture ait la politesse de tourner sa gueule menaçante d’un autre côté que celui de l’Empire Allemand ! Prudents, les Belfortains demandèrent au sculpteur Bartholdi, son créateur, de tourner le lion vers l’Ouest. On dit que Bartholdi « le fit alors le dos tourné à l'adversaire, dans une attitude dédaigneuse. Mais, entre ses pattes, il plaça une flèche tournée vers la frontière allemande ». Le Lion fut installé en 1880. Dans le même temps, la ville de Paris achetait une réplique à l’échelle d’un tiers de la gigantesque sculpture (la plus grande et la plus massive de France). Le Lion de Belfort en bronze fut installé au centre de la place « Denfert-Rochereau ». On dit que la tête du Lion de la place Denfert-Rochereau est orientée vers la statue de la Liberté. Beau symbole ! Mais aussi, n’oublions pas que Bartholdi est … l’auteur de la statue de la Liberté qui domine l’entrée de la baie de New York et dont une réplique « modèle réduit » orne un des ponts de Paris : le pont de Grenelle.

 

Ancrés sur la place Denfert-Rochereau, se trouvent deux monuments intéressants nommés « les Barrières d’Enfer » avant le fameux changement de nom décrit plus haut. Oubliez la référence à l’Enfer : les fameuses barrières n’étaient que d’imposants bâtiments à but « fiscal » (une autre manifestation de l’enfer ?). Paris fût, jusqu’à la Révolution Française, entourée d’un mur dit « des Fermiers généraux ». Son objectif n’était pas défensif : il enserrait Paris pour la bonne perception des taxes dites d’octroi perçues sur les marchandises entrant dans la ville. Il était percé de « barrières » d’entrée dont le dessin était très audacieux pour l’époque. L’architecte de cette série de bâtiments, Claude Nicolas-Ledoux défendait le style « néo-classique » (dont la Maison Blanche est un exemple) d’inspiration gréco-romaine. Les deux barrières de la Place Denfert-Rochereau constituent une très belle illustration de ces monuments dont quelques bâtiments subsistent de nos jours.

 

Dans un des bâtiments de Claude Nicolas-Ledoux, se trouve l’entrée des …. Catacombes de Paris. Nous repartirions en « Enfer » ? C’est un sombre lieu que ces catacombes : on y trouve plus de six millions de parisiens stockés dans d’anciennes carrières. Il s’agit de leurs os, bien sûr ! Paris a grandi de siècles en siècles et surtout au XIXème siècle. Des rues, des places furent rasées ou redessinées, des Eglises furent détruites ou démontées…. Pour des raisons d’hygiène, il fallut déplacer les cimetières qui les entouraient selon les habitudes anciennes. C’est ainsi qu’à partir de 1780, des millions de squelettes furent « déménagés » pour trouver une dernière demeure sagement entassés dans les catacombes de Paris. Le mouvement s’accéléra lorsque, dans le courant du XIXème siècle, le Préfet Haussmann lança une rénovation colossale de la capitale. On visite les Catacombes de Paris. Il faut s’y prendre à l’avance car les queues sont longues pour aller rendre hommage aux ossements des vieux parisiens. 

 

Un dernier mot : sur la place Denfert-Rochereau est installée une station de métro et de chemin de fer régional. C’est la plus ancienne gare de Paris demeurée en service. Elle fut inaugurée en 1846. Son embarcadère était nommé « Paris d’Enfer » !

 

En avons-nous vraiment terminé ? Mais non ! Il faut maintenant vous dire qu’il existe non loin de la place et de l’avenue, un passage. Devinez comment il se nomme ? Le « Passage d’Enfer » ! Autrefois, partie du chemin de ronde qui suivait le « Mur des Fermiers généraux », c’est aujourd’hui une rue privée bordée de petits immeubles construits en majeure partie à la fin du XIXème siècle dont on dit qu’ils étaient destinés aux employés d’un des grands magasins du centre de Paris.

ci-dessous quelques photos arrachées à cette cité bien protégée.


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