La Liberté est née rue de Chazelles dans le XVIIème arrondissement

 

 

 

 

 

La Liberté est née dans une rue sans charme

 

L’Arc de Triomphe n’est pas loin, les avenues et les boulevards sont parmi les plus beaux de Paris. Ils sont bordés d’arbres et offrent aux piétons de larges trottoirs. Tout au long de ces voies magnifiques ce ne sont que splendides immeubles en pierre de taille, cette fameuse pierre dont la couleur vire au jaune orange les soirs d’été, ou bien des maisons de ville ou enfin des hôtels particuliers parmi les plus imposants de Paris.

 

Vous êtes, ici, dans « la plaine Monceau ». En fait de Plaine, il s’agirait plutôt d’un plateau qui s’étend au pied de la « montagne » Montmartre, la fameuse « Butte » et qui domine la vallée de la Seine. Parmi les voies les plus marquantes de ce quartier : le Boulevard Malesherbes (du nom d’un des défenseurs de Louis XVI lors de son procès par les révolutionnaires) plonge vers la Seine. La pente est assez rude. Je la connais pour l’avoir « grimpée » en vélo ! Quant à l’Avenue de Villiers, elle descend en pente douce vers la Seine qui a fait une boucle et coule à l’opposé.

 

Comble de luxe et d’élégance, ce quartier comporte de nombreux espaces verts, dont le plus célèbre est le Parc Monceau, un parc « Proustien ». Parfaitement artificiel, il est bordé par de splendides demeures : Cernuschi, Camondo édifiées par les grandes fortunes du XIXème siècle. On y trouve des décors à la Zola et il parait qu’en viennent des scènes entières de la « Curée » ou de « Nana ».  Le Parc Monceau était une possession du Duc d’Orléans qui y avait fait bâtir une « folie », une demeure de détente, pour profiter du bon air de la « plaine » bien au-dessus des quartiers centraux de Paris. On trouvait dans ce parc toutes sortes de plantes et aussi des « fabriques » : des « objets architecturaux » souvent fantaisistes, pyramides égyptiennes en miniature, tours et créneaux en réduction. La «naumachie » est une des plus célèbres de ces fabriques. Les naumachies nous viennent des Romains qui, parmi les jeux du cirque, aimaient les reconstitutions de batailles navales célèbres. Elles se déroulaient sur de vrais navires voguant sur les eaux au milieu de cirques comme celui du Colisée. La naumachie du Parc Monceau, minuscule évidemment, a une particularité : elle est entourée d'une colonnade corinthienne provenant de la démolition en 1719 d'une église de Saint-Denis. Une autre relique sculpturale se trouve dans le Parc : une grande arcade de style Renaissance qui vient de l'hôtel de ville de Paris incendié en 1871.

 

Donc, dans cette Plaine Monceau tout ne serait que « luxe, calme et volupté » pour reprendre le fameux vers de Baudelaire.

 

Cela n’a pas toujours été vrai, car jusqu’au milieu du XIXème siècle, cette « plaine » était un peu loin de Paris. C’était une campagne où se trouvaient, de charmantes « résidences secondaires », lieux d’agrément et de plaisir, mais aussi plus prosaïquement de nombreux maraîchers et des dépendances techniques des grandes demeures royales. Puis, sont venus, des ateliers, des industriels et se sont multipliées les usines, les forges etc.

 

Ce n’est pas dans la soie ni l’or qu’est née la Liberté mais au milieu des remugles chimiques et du boucan industriel ! La Liberté dont on parle ici, c’est celle qui est maintenant à New-York : la statue de 67 mètres de haut. Son créateur, le sculpteur du Lion de Belfort dont on a évoqué les hauts-faits dans une monographie concernant la place Denfert-Rochereau, avait installé son atelier à deux pas du Parc Monceau, rue de Chazelles. Ouverte au milieu du XIXème siècle, elle prit le nom du propriétaire des terrains sur lesquels elle fut tracée, un Monsieur de Chazelles, descendant du célèbre chimiste Lavoisier qui fut guillotiné en 1794 par les révolutionnaires aux cris de « la République n’a pas besoin de savants… ». 

 

Non loin de là se trouvaient les bâtiments d’exploitation d’une très importante fabrique de gaz industriel, qui occupait la superficie de plusieurs rues actuelles et des terrains très vastes pour loger ses employés.

 

Dans les années 1880, des terrains de belle taille sont propriétés d’un architecte, Gaget et d’un ingénieur, Gauthier. Leur « usine », qui emploie 300 à 350 personnes, a pour spécialité la plomberie et la distribution d’eau, mais aussi les travaux d’arts en plomb et en cuivre. Ils avaient restauré la colonne Vendôme, renversée par les révolutionnaires en 1871.

 

La Liberté qui est la plus colossale des statues conçues en France sera pour cette entreprise un chantier considérable. Un terrain de 3000 m2 attenant aux locaux de fonderie et de sculpture sur métal sera consacré à sa fabrication et à son érection. Progressivement, les différentes parties constituant la statue, prendront leurs formes définitives. Les photos sont innombrables montrant la tête gigantesque en cours de finition, et les mains et le flambeau, si gigantesques, eux aussi, qu’ils dominaient les ateliers et habitations alentours. La statue qui est installée sur une structure métallique sera, avant son départ pour les Etats-Unis, érigée rue de Chazelles, écrasant par ses dimensions, tout le quartier environnant ! Les photos de l’époque sont saisissantes. Un géant venait de naître armé d’un flambeau et auréolé d’un soleil.

 

Puis, la Liberté partit pour New-York où elle trouva sa place en 1886… avec un retard de 10 ans sur le planning initial.

 

Quant au quartier qui l’a vue naître, il a disparu. Elle était née au milieu d’installations industrielles et artisanales. Les beaux quartiers les ont chassées. Les ateliers ont été transformés en immeubles bourgeois. L’usine de fabrication de gaz a été fermée. A sa place de splendides constructions en pierre de taille. Que reste-t-il de ce terrain où fut érigée la statue dans son état final pour la première fois ?

Rien ! Sauf, une plaque. Rue de Chazelles justement. Apposée en 1960 sur l’initiative d’un monsieur Milt Forrest, sur la façade d’un immeuble moderne. On peut y lire le texte suivant :

 

1886

 

Birthplace of the statue of Liberty

 

Ici naquit la statue de la Liberté

 

1960

 

American version

 

 

 

Liberty was born in a charmless little street

 

The Arc de Triomphe is not far, its avenues and boulevards are amongst the most beautiful of Paris. They are lined with trees and offer wide footpaths to the pedestrians. Throughout these magnificent ways either magnificent buildings have been erected, built in ashlar, the famous stone the color of which changes in yellow orange, in summer evenings, or city manors and family mansions among the most impressive in Paris.

 

Here you are, in " the Monceau plain "! Instead of a Plain, it would be rather a plateau which extends at the foot of the "mountain" Montmartre, the famous "Butte", and which dominates the river Seine valley. Among the most striking ways of this district: Boulevard Malesherbes (of the name of one of the defenders of king Louis XVI during its trial by the revolutionaries) dives towards the Seine. The slope is rather rough. I know it for I "climbed" it in bike! Another large street way, Avenue of Villiers slopes towards the Seine which made a buckle loop and flows at the opposite.

 

Height of luxury and elegance, this district contains numerous green spaces, the most famous of which being “the Parc Monceau”. It is a park in a "Proustien" mood. Perfectly artificial, it is lined by magnificent Mansions: Cernuschi, Camondo built by the wealthy people of the XIXth century. We find decorations in Zola style there and it seems that entire scenes issued in " La Curée (scramble)" or "Nana" came from the park.

 

The “Parc Monceau” was an ownership of the Duke of Orléans who had built a "Folie ", that is a house of relaxation, taking advantage of the good air of the "Plaine " lying over the central districts of Paris. In this park there are any sorts of plants and also "fabriques" which are "Architectural often fanciful objects", Egyptian pyramids in miniature, tours and crenels in reduction. The "naumachie" is one of the most famous of these factories. “Naumachies” comes to us from the Romans who, among the games of the circus, liked the reconstitutions of famous naval battles. They took place on real ships navigating on waters in the middle of a circus as that of the Coliseum.  “Naumachie” of the Parc Monceau, a tiny one obviously, has a peculiarity: it is surrounded with a Corinthian colonnade coming from the demolition in 1719 of a church in Saint-Denis city. Another sculptural relic is in the Park: a big arch of Renaissance style which comes from the city hall of Paris set on fire in 1871.

 

Thus, in this Plaine Monceau everything would be only " luxury, peace and sensual delight " (“Luxe, calme et volupté) to resume to famous verses of the French poet Baudelaire.

It had not always been true, until early 19th century, this "plain" was a little far from Paris. It was a campaign where there were numerous cultivators and technical dependences of the big royal houses. Then, came workshops, industrialists; factories and forges multiplied.

 

It is neither in silk nor in gold that Freedom was born but in the middle of the chemical stale smells surrounded with industrial din! The Freedom which is at stake, here, is the one that is standing now in New York: the 67 meters high “Statue of Liberty”. His creator, the sculptor of the Lion of Belfort, whom deeds we evoked in the monograph concerning the place Denfert-Rochereau, had installed his workshop just a step away from the Parc Monceau, in the street of Chazelles.  The latter was opened in the middle of the 19th century. A little later it had been named following the owner of the grounds on which it was traced, Monsieur de Chazelles, a descendant of the famous chemist Lavoisier guillotined in 1794, by the revolutionaries who declared "the Republic does not need scientists”.

 

Not far from this street stood the buildings of a very important factory of industrial gas which occupied the surface of several actual streets and very vast pieces of land to accommodate its employees. In the 1880s, grounds were the properties of an architect, Gaget and an engineer, Gauthier. Their "factory", which employs 300 to 350 people, is a specialist of plumbing and water distribution, and also lead works and copper arts. They had restored Column Vendôme, overturned by the revolutionaries in 1871.

 

“The Statue of Liberty” the most colossal statue designed in France was a considerable construction work for this company. A ground of 3000 m2, adjacent to the premises of foundry and sculpture on metal, was dedicated to the manufacturing and the erection of the statue. Gradually, the various components of the statue, took their definitive forms. Photos are uncountable showing the gigantic head in the course of finish and hands and torch, so gigantic as they dominated workshops and houses surroundings. Before its departure for the United States, the statue which is built on a metallic structure was temporally erected on grounds by street of Chazelles, dominating all the surrounding district by its dimensions! Photos taken in this time of construction are heartbreaking. a Giant had been born armed with a flambeau and haloed with a sun.

 

Then, the “Liberty” left for New York where it found its place in 1886 with a delay of 10 years on the initial schedule.

 

As for the district which saw the birth of “the Statue of Liberty” it has disappeared.  Posh districts chased them away. Workshops were transformed into bourgeois buildings. The gas factory of was closed. In its place are magnificent ashar constructions. What does it remain of this ground where the statue was erected in its final state for the first time?

Nothing! Except for a plaque. In the street de Chazelles precisely. Affixed on a recent building, in 1960 on initiative of a Mr Milt Forrest, we can read on it the following text:

 

1886

 

Birthplace of the statue of Liberty

 

Ici naquit la statue de la Liberté

 

1960

 


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