Rue de l’Espérance

Rue de l’Espérance

 

Version française

 

13e arrondissement (Quartier Maison-Blanche)

Début : 27 rue de la Butte-aux-Cailles, Fin 61 rue Barrault

Métro : Tolbiac, Glacière, Corvisart

Longueur 280 m Largeur 12 m

 

Voici à nouveau ce paradoxe qu’on rencontre très fréquemment à Paris : plus les vertus sont d’un ordre essentiel, moins les rues qui en portent le nom sont flamboyantes. L’espérance fait partie des vertus cardinales. La rue de l’Espérance à Paris est rien moins que « cardinale » ! C’est une petite rue charmante, parmi les petites rues de Paris. Son charme est peut-être un peu plus raffiné que celui des autres rues vertueuses : quand la rue des Vertus est étroite, sombre et par mauvais temps parfaitement sinistre (or on le sait bien les vertus ne peuvent pas être ni sombres, ni mauvaises, sinistres !) et la rue de la Félicité peu riante, la rue de l’Espérance le serait presque.

 

Avant de s’en expliquer, revenons un peu en arrière sur les origines de cette rue de l’Espérance. Tout d’abord, point important pour l’histoire et la géographie, il faut se souvenir que Paris comme Rome comporte 7 collines dont une fut nommée Butte aux Cailles du nom d’un certain Monsieur Caille qui en fut propriétaire au beau milieu du XVIème siècle. Cette butte n’a donc aucun rapport avec le volatile qui porte le même nom, on n’organisait pas de parties de chasse aux cailles dans cette partie de Paris. (ni dans aucune autre partie). Située sur la rive gauche de la Seine, le mot « colline » est bien adapté, car la Butte aux Cailles ne monte pas bien haut : elle culmine à 63 mètres au-dessus du niveau de la mer.  Notre rue de l’Espérance appartient à cette colline qu’elle permet d’escalader par le Sud. Avant d’être rattachée à la Ville de Paris en 1860, elle appartenait à la commune de Gentilly sous la dénomination de sentier de la Butte-aux-Cailles.

 

S’il y a charme, il est dû à une caractéristique de l’ensemble des rues de la Butte aux Cailles : c’est une colline de calcaire gypseux. C’est à l’abondance de ce matériau extrait du sol dans son environnement immédiat que le vieux Paris puis le Paris haussmannien, doivent cette particularité d’être une ville où la pierre domine. La pierre extraite des mines de la Butte aux Cailles était très appréciée, d’un blanc un peu crémeux, fine, solide, facile à sculpter, elle fut débitée d’abondance. Les carrières étant souterraines, elles ont été creusées de multiples tunnels e cavités et laissant des creux un peu partout dans le sol de la butte. Certaines étaient si vastes qu’on aurait pu y installer Notre-Dame de Paris. Une fois les mines abandonnées, faute de gypse à extraire, la colline de la Butte aux cailles devint une curiosité avec tant de vides laissés sous terre que la construction en surface devint particulièrement hasardeuse.

 

Pour construire, il fallait d’abord s’assurer de ce qui se trouvait en dessous du projet immobilier. Si on découvrait, (très fréquent) des « vides », il fallait alors soit les combler, soit monter des piliers ou des pieux pour étayer et soutenir le bâtiment en projet. Mieux alors valait de ne pas construire des immeubles trop imposants ! La construction sur la Butte aux Cailles est ainsi caractérisée par une abondance de petits immeubles de deux ou trois étages et par de petites maisons de ville. On y trouve plus rarement des immeubles urbains traditionnels de 5 ou 6 étages.

 

Cela donne à la rue de l’Espérance, bordée de ces petites maisons ou des immeubles de faible hauteur, un côté très humain, très village comme on aime dire à Paris. Et aujourd’hui encore, on parle du village de la Butte aux Cailles, comme on parle du village de Montmartre. Le ciel s’y découpe généreusement et donne à la rue et à toutes celles qui la jouxtent cet aspect riant qu’on évoquait plus haut.

 

Toutes ces explications ne disent pas pourquoi, elle se nomme rue de l’Espérance au lieu d’avoir conservé sa dénomination précédente de sentier de la Butte aux Cailles. Faut-il penser que puisqu’il existait (et existe toujours) une rue de la Butte aux Cailles, quelqu’un s’est dit qu’il serait judicieux de ne pas créer de confusion et de changer le nom ? A moins que cela soit un legs de l’histoire et que la Butte aux Cailles ayant été le lieu d’une des batailles qui marquèrent la guerre civile qui se déroula principalement à Paris en 1871. La rue de l’Espérance, en effet, aboutit sur la place la Commune de Paris, qui incarnait la révolte de Paris. Son nom évoquerait, l’Espérance pour un monde meilleur, celle qui porta les révolutionnaires (on les nommait, les Fédérés) à défendre la Butte contre un ennemi bien supérieur en nombre ?

 

Ou bien faut-il simplement penser à un propriétaire terrien fier de son épouse et qui aurait voulu l’honorer en attribuant son prénom « Espérance » à une partie de la rue bordant ses terrains ? Cela ne serait pas surprenant : deux rues à proximité de la rue de l’Espérance portent encore le nom des propriétaires de terrains alentours, les rue Buot et Alphand, il en est de même de la très longue rue Barrault, et un peu plus loin du passage Boiton. Plus loin encore, la rue de Pouy renvoie à l’épouse d’un autre propriétaire.

 

Pour accroître le mystère, il faut parcourir la rue de l’Espérance et se trouver à un croisement un peu surprenant. En son premier tiers en remontant vers la place de la Commune de Paris, notre rue croise la rue de la Providence ! Faut-il y voir un signe ? S’agit-il d’une pure coïncidence ? On en débattra lorsqu’il sera question de cette dernière rue.

 

En attendant, on évoquera un texte qui mentionne la rue de l’Espérance. Il est tiré d’un journal local, consacré au XIIIème arrondissement, « le 13 du Mois ». Il évoque dans un dossier spécial la réputation sulfureuse du quartier demeuré un véritable village à l’écart des grandes restructurations urbaines : on a longtemps prétendu qu’habitaient ou trafiquaient « Des mauvais garçons avec des flingues ». On peut lire cette anecdote de 1978 narrée par un jeune marocain, étudiant, Abdel Ajenoui : «je passe devant un bar, un type sort en courant. Derrière lui, un homme d'une cinquantaine d'années se jette à sa poursuite et l'injurie, pistolet à la main. Il tire deux fois, je vois les impacts sur le mur. Le jeune parvient finalement à tourner vers la rue de l'Espérance. Au moins cette fois, il s'en est sorti».

 

«Mais en vérité, continuait le journal, la Butte n'est pas un lieu réputé pour ses truands ».

 

Espérance Street

 

English version

 

(In this text, « Rue de l’Espérance » is quoted as « Espérance str, » and not as « Hope str”)

 

 

 

 

Here is again this paradox which we meet very frequently in Paris: the more the virtues are of an essential order, the less the streets which bear their names are blazing. L’Espérance (Hope) is one of the cardinal virtues. “L’Espérance” str, is nothing less than "cardinal"!

It is one charming side street among the other side streets of Paris. Maybe its charm is a little bit more sophisticated than that of the other “virtuous” streets: while Des Vertus str, is narrow, dark and rather sinister in bad weather (yet we know for sure that virtues cannot be neither dark, bad or sinister!) and similarly, while Félicité str, is hardly pleasant, Espérance str, would look like almost cheerful.

 

Before giving some explanation, let us go back on the origins of that “Espérance”str. First of all, an important point for history and geography, it is necessary to remember that Paris as Rome contains 7 hills among which one is named “the Cailles Hillock” (la Butte aux Cailles) of the name of a Mister Caille who was the owner of this hillock in the middle of the XVIth century. “Butte aux Cailles” thus should not be translated in “Quails Hillock”! (the French “caille” is the name of the British bird “quail”) Nobody would have been hunting quails in this part of Paris, the “Cailles Hillock”. (Nor in any other part).

 

Situated on the left bank of the Seine River, the word "Hullock" fits:  “la Butte aux Cailles” does not rise very high: 63 meters over the sea level. Our “Espérance” str, belongs to this hullock which it allows to climb by the South. Before being integrated in the City of Paris in 1860, this street was on the municipality of Gentilly territory under the name of “path of Butte-aux-Cailles”.

 

If there is charm, it is due to a characteristic of all the streets on the “Cailles Hullock”: it is a hill of gypseous limestone. It is in the abundance of this material extracted from the ground in its immediate environment that old Paris, called afterwards “Haussmann Paris”, has got this peculiarity of being a city where buildings made of stones dominate. The stone extracted from the “Cailles Hullock” mines was very favoured: a little bit creamy and white, fine, solid, easy to sculpture, it was produced in abundance. Quarries being subterranean, they were dug by multiple tunnels and cavities, leaving hollows almost everywhere inside the ground of the hill. Some were so vast as one would have been able to settle Notre-Dame de Paris there. Once abandoned for lack of gypsum to be extracted, the “Cailles Hullock”  became a curiosity with so much space left underground as the on-surface construction became particularly risky.

 

Before any construction proceedings, in a first stage, one should closely surveyed what was below the real estate project ground. If empty spaces were discovered, (very frequent), it was mandatory to either fill them or to take up pillars or pickets to support the future building. Better then was worth not building too impressive buildings! This is why Cailles hullock district is so characterized by an abundance of small two or three-storeyed buildings and or small houses.  5 or 6-storeyed traditional urban buildings are not frequent in this area.

It gives to “Espérance” str, lined with these small houses or with low buildings, a very human character, very “village” as we like saying in Paris. And today still, we speak about the village of the “Caille Hullock” in the same way we would speak about the village of Montmartre. The sky stands out there generously and gives to the street and to all those who adjoin it the cheerful aspect which we evoked higher.

 

All these explanations do not say why it is called “Espérance” str, instead of having kept its previous name of “Cailles hillock path”. Is it necessary to think that because there was (and always is) a street of the Cailles Hullock? It would have led somebody to remark that it would be sensible not to create confusion, hence to change the name? Unless,  is it a legacy of history? the Cailles Hullock having been the place of one of the battles which marked the 1871 French civil war which took place mainly in Paris. The Espérance str, ends up in the “Commune de Paris” place which embodied the revolt of Paris. Would its name evoke the Hope for a better world, this hope which carried the Parisian revolutionaries (named “les Fédérés) to defend the hill against an enemy very superior in number?

 

Either is it simply necessary to think to a landowner proud of his wife and who would have wanted to honor her by attributing her first name "Espérance" to a part of the way lining its properties? It would not be surprising: two streets nearby the Espérance str, still bear the name of the owners of surroundings estates, Buot and Alphand str, the same for the very long Barrault str, and, a little farther,  the Boiton passage. Farther, Pouy str, sends back to the second name of another landowner’s wife.

 

To increase the mystery, it is necessary to walk along Espérance str, toward a crossing that shows to be a little bit surprising! In its first third part, going back up towards the Commune de Paris place, Espérance street crosses Providence str,! Is it necessary to see a sign there? Is it about a pure coincidence? We shall discuss it when it will be question of this street.

 

In the meantime, let us evoke a text which mentions the Espérance str. It is extracted from a local newspaper, dedicated to the XIIIth district of Paris and called " the 13rd of the Month ". In a special release it said the nefarious reputation of the district which has remained a real village away from the big urban restructurings: there, for a long time, it said, lived or forged " bad boys with guns ". We can read this anecdote written in 1978  told by a young Moroccan student, Abdel Ajenoui: " I pass in front of a bar, a chap runs out. Behind him, a man of about fifty years throws himself in his pursuit and scolds him, gun in the hand. He fires twice, I see the impacts on the wall. The young chap succeeds finally in turning into Espérance str,. At least this time, he went out there ".

 

" But really, continued the newspaper, the Cailles hillock is not a place renowned for its gangsters ".

 

 

 

 


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