Rue de la Bienfaisance

Version française

 

Elle déroule sa chaussée dans le VIIIème arrondissement de Paris. C’est une belle rue classique, pas trop large, 12 mètres, bordée de beaux immeubles en pierre de taille.

 

Dans la plupart des villes, en France mais aussi, j’en suis sûr dans la plupart des pays du monde, des rues sont dénommées « Bienfaisance ». L’origine, bien sûr, tient aux vertus morales des populations quelles que soient les nationalités ou les religions ; souvent, le nom vient d’une institution religieuse ou laïque qui avait été établie pour remplir des œuvres de charité et distribuer ses bienfaits aux misérables et aux nécessiteux ; plus rarement, ce nom vient des actes d’une personne qui a marqué son quartier par l’attention qu’il portait aux autres.

 

Pourquoi, dans ces conditions, nommer la rue « bienfaisance » et non pas reprendre le patronyme de l’auteur des bienfaits ? Peut-être faut-il penser qu’un vrai bienfaiteur ne tient pas à la gloire posthume d’un nom de rue ? Peut-être faut-il imaginer que la modestie caractérisant celui-ci, ses amis et son entourage ont eu la délicatesse de ne pas marquer son nom sur les lieux mêmes où il exerçait son activité bienfaisante ?

 

Pour la rue de la Bienfaisance, à Paris, c’est exactement ce cas. Le bienfaiteur se nommait Goetz, il était médecin et se dévoua jusqu’à sa mort à la cause des pauvres. Il disparut en 1813. Peu de temps après, la rue prenait le nom qu’elle a conservée jusqu’à nos jours.

 

Ce n’est pas une rue bien remarquable. Elle est ancienne puisqu’elle mentionnée dans un plan de Paris du milieu du XVIIIème siècle. Elle était très courte jusqu’au moment où, en pleine Révolution française, il fut décidé d’en accroître la longueur en nivelant le sol pour lui permettre de joindre une des rues qui descendait du plateau de Monceau vers la Seine, la rue du Rocher.

 

La rue de la Bienfaisance naquit « administrativement » en 1793, sous la dénomination de « Rue de l'Observance » par référence à un couvent de l’Observance installé là au début du XVIIIème siècle. Puis elle porta le nom de «Rovigo ». Peu de temps après, il y a plus de deux cents ans, son nom « moderne » lui était attribué.

 

La Rue de la Bienfaisance croise l’avenue de Messine à deux pas du Parc Monceau et de ses fameuses « grilles d’or ». Aujourd’hui, on pourrait dire qu’elle est à la frontière de deux quartiers emblématiques du Paris « Moderne ». Au Nord, on trouvera le très bourgeois, très « huppé » et très chic quartier dit de la « plaine Monceau », que le milieu du XIXème siècle a doté de magnifiques hôtels particuliers, d’immeubles imposants et de très larges avenues généreusement agrémentées de rangées d’arbres. Au Sud, c’est le quartier du faubourg Saint Honoré, plus ancien, bâti au XVIIIème siècle où se trouvent non seulement les boutiques de luxe les plus célèbres mais aussi les lieux du pouvoir, le Palais de l’Elysée et les grandes Ambassades. La rue de la bienfaisance est à la fois discrète et paisible, mélange de quartier résidentiel et de quartier d’affaires où on trouve cabinets d’avocats et départements spécialisés de banques d’affaires.

 

A l’opposé de l’avenue de Messine, face à son croisement avec la rue du Rocher, la rue débute en longeant une des rares églises « métalliques » de Paris : Saint Augustin. Elle fut, en effet, construite par l’architecte Baltard, aussi auteur des grands pavillons en fonte dans lesquels furent installées les Halles de Paris, jusqu’à leur transfert dans le sud de Paris, à Rungis. Audacieux, Baltard choisit de poser de construire l’église sur la base d’une ossature métallique et d’innover radicalement quant au mode de construction. En revanche, sur le plan « stylistique » le bâtiment surmonté d’un dôme gigantesque est de style « syncrétique » associant à peu près tous les formes possibles de toutes les époques depuis Byzance jusqu’au « genre Jésuite » !

 

Outre l’Eglise Saint-Augustin, de nombreux Hôtels particuliers ornent la rue : la plupart ont été construits au XIXème siècle, Hôtel de Broglie, Hôtel Van Blarenberghe, Hôtel de Ribes et ont abrité aristocrates, financiers et …demi-mondaines !

 

Et la demeure du Docteur Goetz ? Elle a disparu, victime de l’extension d’une école primaire !

 

American version

The street unravels itself through the 8th arrondissement of Paris. It is a beautiful and classic street. it’s not too wide, just 12 meters, and is lined with stone buildings.

 

In most of the cities in France, but also, I am sure, in most of the other countries in the world, there are streets named “charity.” The origin, of course, relates to the moral virtues of the population as well as religious nationalities. Often the name comes from a religious or secular institution that was established to perform charitable works and distribute its assistance to the poor and needy. More rarely, this name comes from the actions of a person who made a lasting impression on his neighborhood by the attention he gave to others.

 

 

Why, in these conditions, would the street be named “charity,” instead of taking on the family name of the founder of such benefactions? It may be necessary to think about how a true humanitarian doesn’t hold the posthumous glory of a street name. It may be necessary to imagine that the modesty characterizing the latter, and of how his friends and family had the delicacy not to label his name on the very scene where he had exercised his charitable activities.

 

As for the street called charity in Paris, this was exactly the case. The benefactors name was Goetz, he was a Doctor and he devoted himself to the cause of the poor until he died. He disappeared in 1813. Shortly after, the street took on the name that it kept right up until just recently.

 

 

It’s not a very remarkable street. It is ancient because it’s mentioned in a blueprint of Paris dating back to the middle of the 18th century. It was very short until the time of the French Revolution. Where upon it was decided to increase its length by leveling the ground so that it joined one of the streets called “la rue du Rocher” or “the street of the rock” which descended from “le plateau de Monceau” or “the highland of Monceau” towards the Seine.

 

 

Charity Street was born “administratively” in 1793. Under the name of “la rue de l’Observance” or “the street of the observance” in reference to a convent of the observance installed there at the beginning of the 18th century. Then it took the name “Rovigo.” A little while later, more than two hundred years ago, it was attributed with its “modern name.”

 

 

Charity Street crosses Messina Avenue, just a step away from Monceau Park and its famous “Golden Gates.” Today we could say that it is a border for two symbolic districts of modern day Paris.
In the North, we shall find the very bourgeois, very “posh,” and very chic neighborhood called “plaine Monceau” of “Monceau plain” which, since the middle of the 19th century, has been graced with private mansions, towering buildings, and very large, generously embellished avenues lined with rows of trees. To the South, is the older neighborhood of Faubourg Saint Honoré. It was built in the 18th century, where there were not only the most famous luxury shops, but also the places of power. “Le Palais de l’Elysée” or the “Elysee Palace” and all the major embassies. Charity Street is both discreet and peaceful, a mixed residential neighborhood and business district where one finds law firms and departments of investment banks.

 

 

In contrast to Messina Avenue, facing its intersection with Rock Street, our street begins by following one of the rare “metallic” churches of Paris. The Church of Saint Augustin was indeed constructed by the architect Victor Baltard. Also the designer of the grand iron pavilions that were installed at Les Halles (Paris’s central fresh food market), until their transfer to the southern suburbs of Paris in Rungis. Extremely daring, Baltard choose to construct the church on the basis of a metallic skeletal framework and to come up with some radical innovations in regards to the methods of construction. However, on the “stylistic” side, topping the building with a gigantic dome is of a “syncretic” style associating close to all the possible forms of all the periods since the Byzantine empire right up until the “Jesuit style!”

 

 

Besides the Church of Saint Augustine, numerous private mansions decorate the street. Most of which were built in the 19th century, The Hôtel de Broglie, Hôtel Van Blarenberghe, and Hôtel de Ribes. They were homes to aristocrats, bankers, and half-worldly’s!

 

 

And what ever happened to the house of Dr. Goetz? It disappeared, fell victim to the expansion of a primary school!

 

This article was proofread in English by John Wilmot.


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