Rue de la Paix

Texte paru en version bilingue dans The French Quarter Magazine

Cette rue est dans le ressort administratif des 1er et 2ème arrondissements, dans le Quartier Gaillon.

Elle débute Place Vendôme et finit Place de l'Opéra.

Ici, il convient de rappeler un détail de la toponymie et de la morphologie des rues Parisiennes : indiquer qu’une rue débute à tel endroit et finit à tel autre alors qu’on pourrait tout aussi bien dire l’inverse ne se justifie que par la numérotation des immeubles. Une rue « débute » par le numéro 1… (ce n’est pas une plaisanterie à la Lewis Carroll). Dans le cas de la rue de la Paix, le numéro 1, correspond à l’entrée de l’immeuble qui jouxte la place Vendôme. La question devient alors : comment a-t-on décidé que le numéro 1 serait à cet endroit-là, précisément. La réponse est très simple : pour les rues qui sont perpendiculaires par rapport à la Seine, la numérotation débute à partir de cette dernière. Dans la rue de la Paix, le numéro 1 correspond à l’immeuble qui est le plus proche (ou le moins éloigné) de la Seine. On rappellera aussi que les rues à Paris portent les numéros pairs sur un côté et les numéros impairs sur l’autre.  

 

La rue de la Paix est une rue de taille moyenne sur une longueur de 230 m et d’une belle largeur de 22,5 m. les trottoirs sont spacieux sans être très larges. Ils ont été rétrécis dans les années 60 lorsque le développement de la circulation automobile poussa les autorités administratives à réduire la largeur des trottoirs piétonniers. Je me souviens des protestations des habitants du VIIIème et du XVIIème arrondissements à l’occasion du rétrécissement des trottoirs du Bd Malesherbes. « On tue Paris et son élégance » entendait-on clamer dans les salons des beaux appartements de la Plaine Monceau. Pour ce qui concerne la rue de la Paix, la remarque est pertinente. Ils sont très fréquentés. La rue est un des hauts lieux du luxe. Vraiment les trottoirs sont trop étroits !

 

Percée en 1806, la rue de la Paix est une « création » napoléonienne. On pourrait s’en étonner : l’empereur Napoléon a été plus connu pour ses guerres que pour son amour de la paix ! La vérité est que l’Empereur décida de nommer la nouvelle rue : « Rue Napoléon ». Il n’y avait donc pas de contradictions ! Elle deviendra « rue de la Paix» en 1814 lorsque, l’Empereur ayant été défait par une coalition européenne dût abdiquer une première fois. Le nouveau nom célébrait l’arrêt des hostilités entre la France et l’Europe. Ce nom de Paix lui restera en dépit de la période dite des « Cents jours » qui vit Napoléon revenir au pouvoir jusqu’à sa défaite finale en 1815.

 

Dire que la rue de la Paix, au tout début, quand elle s’appelait rue Napoléon, est une création de ce dernier implique que jusque-là, il n’y avait pas de rue à cet emplacement. De fait, la Rue de la Paix a été percée au sens propre du terme, c’est-à-dire a été installée après démolition de bâtiments qui se trouvaient sur son passage ! Dans le vocabulaire voyer parisien, le terme «percer» ou «percement» est très fréquemment employé. Paris, fût sans cesse l’objet de réorganisations avec création de places, création de rue, création de bâtiments religieux, création d’égouts, de nouveau boulevards. Sans cesse Paris, depuis son érection en tant que capitale de la France, a été remodelée, rénovée, transformée, augmentée. Percer une rue, une avenue dans Paris revenait à détruire tout ce qui se trouvait à son emplacement. C’est ainsi que la restructuration de Paris organisée par le Baron Haussmann, conduisit à la destruction de dizaines d’églises, de palais ou d’hôtel particulier, sans parler des maisons et des cimetières. La rue de la Paix, quand elle fut percée, se trouvait à deux pas du centre du pouvoir après la révolution française : le château des Tuileries, résidence impériale et royale jusqu’à ce qu’il fut incendié durant la guerre civile de la Commune en 1871. Elle devint la voie suivie par les délégations étrangères tant que le château des Tuileries demeurât la résidence des chefs d’Etat Français.

 

A la place de la rue de la Paix, donc, se trouvaient des bâtiments en nombre : le centre de Paris était couvert de petites rues, d’immeubles misérables en torchis et de très beaux palais et couvents, dont le couvent des Capucines. Celui-ci avait déjà subi les inconvénients des percements de rues et de l’installation de places puisqu’il avait été partiellement détruit pour permettre la construction de la Place Vendôme et des hôtels particuliers qui l’entourent dont l’actuel ministère de la Justice et un des palaces les plus célèbres de Paris, le Ritz. Louis XIV, qui avait voulu cette place, s’était engagé à compenser les destructions subies par les bâtiments conventuels…Un siècle plus tard, ces nouveaux bâtiments furent eux aussi, en tout ou en partie, détruits pour créer la nouvelle rue.

 

Détail macabre : dans le couvent étaient enterrées de nombreuses personnalités, les grands ministres de Louis XIV, Colbert, Louvois et aussi la célèbre marquise de Pompadour (la très fameuse favorite de Louis XV). Il fallut les exhumer et les transporter dans d’autres lieux. La dépouille de la fondatrice du couvent, la reine Louise de Lorraine fût transportée au cimetière du Père-Lachaise en 1806. Un demi-siècle plus tard, en construisant un égout, d’autres cercueils furent découverts. Tous ne l’ont pas été : on dit que le cercueil de la marquise de Pompadour est resté à sa place d’origine ! Certains auteurs donnent même le numéro de l’immeuble dans les caves ou les soubassements duquel on devrait le trouver si on voulait creuser un peu !

 

C’est le charme des vieilles cités, les églises sont construites sur des églises qui elles-mêmes étaient construites sur des chapelles et ainsi de suite ; des rues passent sur des cimetières qu’on a peiné à vider. La rue de la Montagne Sainte Geneviève, grimpe en suivant une pente abrupte tracée sur des déblais dont l’accumulation a progressivement enterré les caves et les souterrains alentours. Il y a une trentaine d’années, dans cette même rue, je visitai une cave voûtée datant du XVIème siècle. Son propriétaire me fit observer une dalle sur le sol dotée d’un énorme anneau de fer. Elle donnait accès à une autre salle voûtée. Il avait découvert trois autres niveaux. Le premier qui remontait au XIème siècle était à plus de 20 mètres en dessous du niveau du sol !

 

Aujourd’hui, la rue de la Paix est toujours la voie luxueuse et élégante qu’elle est devenue lors de la réorganisation du quartier : construction du théâtre de l’Opéra et ouverture des grands boulevards dont celui de l’Opéra. Les plus grands noms de la joaillerie, de l’horlogerie et de l’hôtellerie françaises et étrangères s’y pressent. Au sortir de l’Opéra et de la place de l’Opéra, la rue de la Paix conduit aussi vers les boutiques du luxe extrême de la place Vendôme et vers les grandes maisons de couture, de bijouterie et de maroquinerie de la rue du Faubourg Saint Honoré.

 

La Rue de la Paix, rue du luxe, des vitrines somptueuses et des hôtels les plus renommés, mérite bien son nom : pas de commerce sans Paix. Pourtant, il faut se méfier : la place Vendôme où commence la rue de la Paix a souvent changé de nom : pendant quelques temps, sous Louis XIV, elle porta le nom glorieux de « place des Conquêtes » …

 

Mais, à cette époque, la rue de la Paix n’existait pas encore.

 

 

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Photo de Pascal Ordonneau.

This street is in the administrative area of 1st and 2nd arrondissements (districts), in the Gaillon quartier (neighbourhood). It begins at “Place Vendôme” and finishes at “Place de l’Opera”. (the Opera theatre square).

 

Here, it is advisable to recall a detail of the toponymy and the morphology of Parisian streets: when you indicate that a street begins in one place and finishes in another, while the opposite could be said as well, is justified only by the numbering of buildings. A street “begins” with the number 1 … (This is not a joke in Lewis Carroll style). In the case of the “rue de la Paix”, the number 1 corresponds to the entrance of the building which adjoins the “place Vendôme”. Then the question becomes: what is the reason why someone decided that the number 1 would be in this place, precisely? The answer is very simple: as regards the streets which are perpendicular to the Seine River, the numbering begins from the Seine. As far as the “rue de la Paix” is concerned, the number 1 corresponds to the building which is the closest to the Seine river. We shall also remember about the numbering of buildings along the streets in Paris, that the even numbers are on one side and the odd numbers on the other one.

 

The “rue de la Paix” is a medium-sized street of a length of 230 m and of a beautiful width of 22.5 m. The sidewalks are spacious without being very wide. They were shrunk in the 60s when the development of auto traffic urged the authorities to reduce the width of the pedestrian sidewalks. I remember protests of the inhabitants of the VIIIth and of XVIIth arrondissements on the occasion of the narrowing of the sidewalks of the Boulevard Malesherbes. “We are killing Paris and its elegance” was heard cried out in the “salons” of the munificent apartments of the “Plaine Monceau”. As regards the “rue de la Paix” the remark is relevant. They are very crowded. The street is one of the highest places of luxury and elegance in the World. Definitely, its sidewalks are too narrow!

 

Drilled in 1806, the “rue de la Paix” is a Napoleonic “creation”. We could wonder: Emperor Napoleon was more known for his wars than for his love of peace! The truth is that the Emperor decided to name the new street: “Napoleon street”! Thus, there were no contradictions! The street became the “rue de la Paix” in 1814 when, the Emperor having been defeated by a European coalition, had been constrained to abdicate for the first time. The new name celebrated the cessation of hostilities between France and Europe. This “Paix” name remained in spite of the so-called period of “les cent jours” (the hundred days) during which Napoleon returned to power until his final defeat in 1815.

 

When we say that the “rue de la Paix”, at its very beginning, when it was called Napoleon street, is a “creation” of the latter implies that up to its year of creation, there was no street in this location. Actually, the Street of “la Paix” was literally drilled, that is, it was installed after demolition of buildings which were in its path! In the Parisian urban vocabulary, the term “drill” or “drilling” is used very frequently. Paris had been ceaselessly the object of reorganizations with creation of squares, streets, religious buildings, sewers, boulevards, and new avenues. Ceaselessly Paris, since its election as the capital of France, had been remodelled, renovated, transformed, expanded. To drill a street, an avenue in Paris, meant destroying all that was in its location. In this way the restructuring of Paris organized by the Baron Haussmann, led to the destruction of tens of churches, palaces or mansions, not to mention houses and cemeteries.

 

The “rue de la Paix”, when it was drilled, was just a step from the center of power after the French revolution: the castle of the Tuileries, that is the imperial and royal residence until it was set on fire during the civil war of “la Commune” in 1871. It became the way taken by the foreign embassies as long as the castle of the Tuileries remained the residence of the French heads of state.

 

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Photo de Pascal Ordonneau.

Before the drilling of the “rue de la Paix”, thus, were numerous buildings: the center of Paris was covered with side streets, miserable buildings in cob and very beautiful palaces and convents including the convent of the “Capucines”. This one had already undergone the inconveniences of stree drilling and the installation of squares, because it had been partially destroyed to allow the construction of the Place Vendôme and the munificent mansions which surround it, among them the current Ministry of Justice and one of the most famous luxury hotels of Paris, “le Ritz”. Louis the 14th, who had wanted this place, had made a commitment to compensate for the destructions undergone by the conventual buildings. A century later, these new buildings were too, in whole or in part, destroyed to create the new street.

 

Macabre detail, in the convent were buried numerous personalities: the famous Ministers of Louis XIV, Colbert and Louvois and also the famous “Marquise de Pompadour” (the very beautiful favorite of Louis the 15th). It was necessary to dig up them and to transport them to other places. The remains of the founder of the convent, queen Louise of Lorraine was transported to the Père Lachaise Cemetery in 1806. Half a century later, Not all were: it is said that the coffin of the “Marquise de Pompadour” still remains in its original location! Certain authors give even the number of the building in cellars or basements from which the coffin should be retrieved provided people wished to dig a little bit in the soil.

 

It is the charm of the old cities, churches are built on churches which were built on chapels and so on; streets pass on cemeteries that people had difficulty emptying. An example: the street of the “Montagne Sainte Geneviève “ (street of the Saint Geneviève Mountain), climbs by following an abrupt slope drawn on rubble, the accumulation of which gradually buried surrounding cellars and underground passageways. Around thirty years ago, on the same street, I visited a vaulted cellar dating back to the 16th century. Its owner pointed out a paving stone on the ground endowed with an enormous iron ring. It gave access to another vaulted room. The owner had discovered three other levels. The first one that went back to the 11th century was more than 20 meters below the ground level!

 

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Photo de Pascal Ordonneau.

Today, the “rue de la Paix” is still the luxurious and elegant road that it had become during the reorganization of the district: construction of the Opéra theater and the opening of the “grand boulevards” such as le “boulevard de l’Opéra. The biggest brand names of jewelery, of watchmaking and of the hotel business, run by French and foreign investors, flock there. On leaving the Opera theatre and the “place de l’Opera”, the “rue de la Paix” also leads towards the shops of extreme luxury of “place Vendôme” and towards the most famous “boutiques de haute couture”, jewellery shops and leather shops which decorate the street of “the Faubourg Saint-Honoré.”

 

The street of “La Paix”, street of luxury with its sumptuous window displays and most famous hotels, well deserves its name: there is no trade without Peace. Nevertheless, beware: the “place Vendôme” where the street “de la Paix” begins, often changed name: for a while, under Louis the XIVth, it bore the glorious name of ” place des Conquêtes ” (Conquests Square). But, at that time, the “rue de la Paix” did not yet exist.


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