Rue Dieu, Xème Arrondissement

Version française

 

Rues Morales et vertueuses de Paris

Rue Dieu,

Xème arrondissement

 

Dans différentes monographies sur les rues Vertueuses et Morales de Paris on a découvert à quel point les Parisiens étaient sensibles à la bonté, la fidélité, la paix, la félicité tout en demeurant un peu distants. La rue des Vertus, a-t-on fait remarquer, ne fait montre d’aucun lustre, ni d’aucune grandeur. Son architecture est médiocre, les bâtiments banals et la taille même de la rue loin d’être en harmonie avec son nom : cette rue qui prétend rassembler sous sa bannière non pas une vertu particulière mais toutes les Vertus fait pâle figure comparée à d’autres rues portant des intitulés moins prestigieux. Même la rue de la Banque est mieux dotée.

 

On a vu aussi qu’au-delà des simples vertus, les Parisiens ont voulu honorer Dieu. On a montré aussi que cette audace idéologique bien étrange dans un pays qui se pique d’anticléricalisme et se définit obstinément comme « laïc » avait été largement compensée : Le Passage Dieu situé à deux pas de l’Impasse Satan.

 

Ne vous pensez pas quitte pour autant ! Nous n’abandonnons pas Dieu dans le triste Passage où on l’a laissé. Les Parisiens lui ont répété son attachement en lui attribuant une rue. C’est mieux qu’un passage ou une impasse. Dans la hiérarchie des voies parisiennes, « rue » est bien au-dessus de voie, passage, impasse, chemin, square ou allée. Donc, attribuer une rue à Dieu n’est pas une marque d’un anticléricalisme agressif. En revanche, au-dessus de « rues » trônent « Boulevard» et « Avenue ». Donc, à première vue, les Parisiens se sont bien gardés de porter trop haut le nom de la divinité suprême.

 

A première vue ? Si vous vous êtes tenus à cette « première vue » vous avez été bien trompés car la rue Dieu n’honore pas davantage le Dieu des religions que le Passage Dieu qui devait son nom au propriétaire des terrains alentours !

 

La rue Dieu, qui est située dans le Xème arrondissement de Paris, doit son nom …. au Général Dieu sachant que ce terme militaire n’est pas une manière détournée d’évoquer la prééminence de Dieu. Le Général Dieu était un vrai militaire qui a existé en chair et en os, en sabre, en uniforme et en galons et médailles de toutes sortes!

 

Cette rue a reçu le nom du Général par décret du 2mars 1867. Elle fut ouverte par la Compagnie des Magasins Généraux. Elle donne dans le canal Saint Martin et change de nom après l’avoir franchi. D’une longueur de 130 m, elle est large de 12 m.

 

Elle ne présente pas de charme particulier hormis son environnement : elle est perpendiculaire au Canal Saint Martin et s’achève par le pont qui enjambe ce dernier. Par lui-même ce pont présente un point commun avec la plupart des ponts qui enjambent les canaux à Paris : au début, un premier pont de fer, qui saute par-dessus le canal et n’a pour destination que le passage des piétons. Puis, à côté de ce pont, un deuxième qui permet la circulation automobile. La rue n’est pas loin des écluses qui régulent le débit de l’eau et sa hauteur. Tout ceci date du XIXème siècle et correspond à une époque où les alentours, la zone qu’on nomme le faubourg Saint Martin, était très industrieuse.

 

Pour preuve que c’est une rue « militaire », les quais qui bordent le Canal Saint Martin au niveau de la rue Dieu portent des noms de deux grandes victoires de la Révolution Française contre les armées des rois européens : Jemappes et Valmy.

 

De nos jours, autour et tout au long du Canal Saint Martin, ce sont des promenades ombragées par des beaux arbres. Les ouvrages de fer et de fonte du XIXème siècle sont peints en verts et remis à neuf régulièrement. La rue Dieu est à deux pas de la place de la République et de son environnement d’immeubles bourgeois ou commerciaux construits pour la plupart entre la fin du XVIIIème siècle et le début du XXème. Aujourd’hui, les petites industries et l’artisanat ont été remplacés par des entreprises de services et, ce qu’en France on nomme les « bobos », (bourgeois-bohémes) qui se sont installés en nombre. Autrefois très populaire la zone de la rue Dieu est devenue « chic ».

 

La « rue Dieu » présente une originalité qui, à mon sens, compense sa totale banalité.

Il faut revenir à l’origine du nom : le Général Dieu est un de ces innombrables généraux qui ont honoré l’armée française. Mort jeune, en 1859, à 47 ans, il fait partie de cette catégorie d’officiers supérieurs qui, plutôt que de demeurer à l’arrière des troupes pour les diriger, préféraient se mettre devant elles pour leur donner l’exemple, montrer le chemin et les emporter vers la victoire.

 

Toutes les armées du monde ont eu de ces chefs qui risquaient leurs vies au combat tel Léonidas aux Thermopyles. Les écoliers français ont frémi à l’appel d’Henri IV à ses soldats lors de la bataille d’Ivry « suivez mon panache blanc ». Ils sont encore émus par le courage du Général Bonaparte prenant la tête de ses troupes sur le pont d’Arcole. Or, justement, le Général Charles-Prosper Dieu était à la tête d’une brigade de l’armée impériale française lors des guerres qui conduisirent à la réunification de l’Italie. Lors de la bataille de Solferino alors qu’il conduisait ses tirailleurs au combat, il fut gravement blessé. Peu de temps après, il mourait de ses blessures.

 

La France a toujours été reconnaissante aux hommes courageux. Le Général Dieu l’était sans conteste. Lui attribuer une rue n’était que justice. Pourtant, dans la pratique, cette attribution s’est accompagnée d’une curieuse anomalie : la rue ne se nomme pas « rue du Général Dieu ». C’est d’autant plus étrange que pas une rue nommée en l’honneur de Généraux français ou étrangers (les Français ont cette faiblesse de penser que le courage est une vertu qui transcende les frontières) n’oublie de rappeler le titre militaire du héros. Elles sont très nombreuses les rues de Paris dédiées à des militaires de haut rang et toutes font précéder le nom ce dernier par son titre. C’est ainsi que Paris a « fait » une avenue du Général Eisenhower et une place du Général Patton pour prendre des exemples américains.

 

Le Général Dieu n’a pas eu ce privilège posthume. On a oublié son titre ! Alors que des rues et des avenues rappellent le Lieutenant x, l’Amiral Y, le Sergent Z, la rue Dieu, ne rappelle pas que Charles-Prosper Dieu était Général. Elle ne rappelle même pas qu’il se prénommait Charles Prosper. Il existe un autre cas aussi étrange, celui de Simon Bolivar qui a droit aux honneurs d’une voie parisienne sans qu’il soit mentionné qu’il fut Général. Peut-être les Parisiens préférèrent-ils son statut d’homme politique et de révolutionnaire à son statut militaire ?

 

On dit pourtant, qu’une plaque apposée dans la rue Dieu rappelait le Général et son honorable conduite à la bataille de Solferino.

 

A-t-elle disparue avec les années ? Je n’en sais trop rien. Il n’en demeure pas moins une question qui ne me paraît pas résolue au milieu de toutes ces originalités : pourquoi a-t-on voulu honorer la mémoire de ce général parfaitement inconnu ? Fut-ce une initiative de la Compagnie des Magasins Généraux ? La famille Dieu avait-elle des intérêts dans cette entreprise ? On relèvera qu’il n’a pas fallu attendre très longtemps après sa mort, 7 ans, pour que cet obscur Général se voit attribuer une rue.

Est-ce une initiative secrète des Turcs pour qu’on se souvienne du Général qui fut, pendant la Guerre des Balkans, attaché au général en chef de l’armée ottomane.

 

 

L’histoire ne se répète pas disait un philosophe, elle grimace : la rue Dieu avait tout simplement été oubliée dans le plan de Paris qui fait référence : le plan Ponchet édition 1999. On l’a retrouvée depuis : elle est mentionnée dans l’édition de 2008. 

 

Version anglaise

 

 

 

 

 

In various monographs on the Virtuous and Moral streets of Paris we discovered to what extent the Parisians were sensitive to kindness, fidelity, peace and joy while remaining a little bit distant. Virtues Street, as it was pointed out, shows no luster and no greatness. Its architecture is mediocre, its buildings are banal and even the size of the street is far from being in accordance with its name: this street which claims to gather under its banner not one particular virtue but all the Virtues pales in comparison with other streets carrying less prestigious titles. Even Bank Street is better endowed.

 

We also saw that beyond the simple virtues, the Parisians wanted to honour God. We also showed that this very strange ideological audacity, in a country which prides itself on its anticlericalism and defines itself stubbornly as “secular” had been compensated for: God’s Passage is situated very close to Satan’s Cul de Sac.

 

Don’t think you’ll get off that lightly! We do not give up God in the sad Passage where we left him. The Parisians reiterated their attachment to him by awarding him a street. It is better than a passage or a cul-de-sac. In the hierarchy of the Parisian roads, the status of “street” is much higher than passage, cul-de-sac, path, park, or drive… Awarding a street to God is not a mark of an aggressive anticlericalism, nor a way to despise him. However on the other hand, above “streets” we have “Boulevard” and “Avenue”. Thus, at first glance, it seems the Parisians were careful not to hold up the name of the supreme divinity too high.

 

At first sight? If you held onto this “first glance” you have been deceived because God Street does not honour the God of religion any more than God Passage which, as you know, received its name from the owner of surrounding grounds!

 

God Street, which is situated in District X of Paris, owes its name to General Dieu , so this military term is not a convoluted way to evoke God’s supremacy. General Dieu was a real serviceman who existed in flesh and bone, with sabre and uniform and medals of all kinds! So let’s forget “God street” and continue with “Dieu Street”!

 

This street received the name of the General by decree on March 2nd, 1867. It was opened by the Company of Warehouses. It extends to the Saint Martin canal and changes names after having crossed it. It is 130 m in length and 12 m wide.

 

It does not presentany particular charm except its environment: it is perpendicular to the Saint Martin canal and ends with the bridge which crosses over the latter. By itself this bridge presents a common point with most of the bridges which cross over canals in Paris: at the beginning, an iron bridge, which jumps over the canal, destined for the pedestrian crossing. Then, next to this bridge, a second one which allows for car traffic. The street is not far from the locks which regulate the flow and height of the water. All this equipment dates back to the XIXth century and corresponds to a period when the surroundings, a zone which we name the Saint-Martin faubourg, was very industrious.

 

For proof that this is a “military” street, the quays which line the Saint Martin canal at the level of Dieu Street, bear French names of great victories of the French Revolution against the armies of European kings: Jemmapes and Valmy.

 

Around the Saint Martin canal, and along its banks, nowadays, are walks shaded by beautiful trees. The wrought iron and cast iron of the XIXth century are painted in green and done up like new regularly. Dieu Street is just a step from Republic Square and its environment of bourgeois buildings and commercial buildings built for the most part between the end of the XVIIIth century and the beginning of the XXth. Today the small businesses and the artisans have been replaced by service companies and resident people whom, in France, we call the “bobos” (BOurgeois – BOhèmes) (middle class urban people and stylish people in the Bohème mindset) who settled here in great numbers. Formerly inhabited by workers, the Dieu Street area became “Posh”.

 

Dieu Street indeed presents an originality which, in my opinion, compensates for its total banality.

 

It is necessary to return to the origin of the name: General Dieu is one of these uncountable French generals who honored the French army. He died young, in 1859, at the age of 47, a member of this category of superior officers who, rather than remain behind the troops to direct them, preferred to put themselves at the forefront, to lead by example, show the way and bring them to victory.

 

All the armies of the world had some of these leaders who risked their lives in the fight such Leonidas at Thermopylae. The French pupils shivered at Henri IV’s call to his soldiers during the battle of Ivry: ” follow my white panache “. They are still moved by the courage of General Bonaparte taking the lead of his troops on the Pont d’Arcole. It was exactly the same for General Charles-Prosper Dieu, who was at the head of a brigade of the French imperial army during the wars which drove the reunification of Italy. During the battle of Solferino, as he led his infantrymen to the fight, he was gravely injured. A short time later, he died from his wounds.

 

France has always been grateful to these brave men. General Dieu was unquestionably brave. Awarding him a street was only fair. Nevertheless, in practice, this attribution came along with a curious anomaly: the street is not called “General Dieu Street”. This is all the more strange as there no streets named in honour of French or foreign Generals (the French people have this weakness to think that courage is a virtue that transcends borders) that forget to mention the military title of the hero. Numerous streets of Paris are dedicated to senior military personnel and all of them include both the name and the title. This is the way Paris “made” General Eisenhower Avenue and General Patton Square, to cite some to American examples.

 

General Dieu did not have this posthumous privilege. We forgot his title! Although streets and avenues recall Lieutenant X, Admiral Y, and Sergeant Z, God Street, does not remind us that Charles-Prosper Dieu was a General. It does not even mention his first names, Charles Prosper. There is another case as strange: that of Simon Bolivar who received the honour of a Parisian street without any mention that he was General. Maybe the Parisians preferred his status as a politician and revolutionary rather than his military status?

 

We say nevertheless, that a plaque displayed on Dieu Street reminds us of the General’s honorable behaviour during the battle of Solferino.

 

Has it diminished with years? I am not too sure. It has nevertheless left a question which does not seem to me resolved amongst all these peculiarities: why did we want to honor the memory of this unknown general? Is it an initiative of the Company of Warehouses? Did the Dieu family have an interest in this company? Another issue should be raised: it was not a very long time after he died, 7 years, that the obscure General had been attributed a street by his name.

 

Was it a secret initiative of the Turks so that we would remember a General who was, during the Balkan Wars, attached to general-in-chief of the Ottoman army.

 

“History does not repeat itself,” said a philosopher, “it grimaces.” Furthermore, Dieu Street had simply been forgotten in the map of Paris which makes a reference: the Ponchet Map 1999 edition. We have since found it: it is mentioned in the 2008 edition.

 

 


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