Passage Vérité

version française

 

Quel est le meilleur moyen de se prétendre fin connaisseur de Paris ? Énoncer quelques banalités sur les Champs Elysées, la plus belle avenue du monde, s’enthousiasmer devant l’énorme gâteau à la crème et à l’or fin qu’est le théâtre de l’Opéra ou raconter avec des larmes dans la voix qu’on a dépensé des sommes folles en remontant la rue du Faubourg Saint Honoré après avoir fait le tour de la place Vendôme ?

 

Bien sûr que non. Ça c’est à la portée de n’importe quel richissime aventurier de la finance ou d’un quelconque potentat marxiste ou islamiste !

 

Ne pensez pas que vous améliorerez votre sort en faisant l’intellectuel. Commenter Saint Germain des Prés d’un air épuisé, essayer l’absinthe dans les bistrots préférés de Toulouse-Lautrec, porter une croix pesant une tonne tout au long des venelles et des escaliers qui conduisent à la Basilique Montmartre, ne feraient pas l’affaire ?

 

C’est faire trop tard ce que de nombreux américains essayaient de faire plus tôt. Maintenant, c’est fini. La Trumpmania est passé par là.

 

Alors que faire ? Comment se démarquer et se poser en admirateur sincère de la plus belle ville du monde ?

 

Il faut et il suffit d’aller se balader là où personne ne va ! Dans les petites rues que personne ne connait ! D’apprendre à se diriger dans des quartiers à l’écart de tout ! En d’autres termes, il faut et il suffit d’apprendre à arpenter Paris dans ses moindres recoins.

 

Tenez, par exemple, vous pouvez être sûr que, dans n’importe quelle conversation, dîner, tea-party, compétition de golf ou réunion des anciens de la dynamic university of Folle ville (Arizona), votre connaissance de Paris en suffoquera plus d’un, si vous évoquez votre traversée du Passage Vérité.

 

Personne ne connaît le passage Vérité. Vous si. Combien de Parisiens connaissent le passage Vérité, en dehors de ceux qui habitent à côté ? Pas un Parisien n’a idée qu’un passage Vérité puisse exister à Paris. Les plus malins essaieront de faire de l’esprit en évoquant un passage Mensonge ; or, celui-là, à l’inverse du passage Vérité n’est pas mentionné dans l’annuaire des rues de Paris. Donc, il n’existe pas et la blague fait long feu ; les plus stupides diront que ce n’est pas possible, que c’est un coup des socialistes. Affirmation ridicule puisque le passage prit son nom en 1796, à une époque où le mot « socialiste » n’existait pas.

 

Les Parisiens honnêtes (il en existe encore), de même que tous les étrangers amoureux de Paris, se tairont et attendront que vous vouliez bien les enseigner. Alors, vous pourrez leur dire que ce passage de 11 mètres de long et de 2 mètres de large était connu dès le début du 18ème siècle pour joindre la rue des Bons Enfants au Palais Royal. Il était emprunté par le personnel qui travaillait au Palais et qui venait d’immeubles installés dans les rues adjacentes. Il est devenu public par un arrêté du 19 Ventôse an VII (9 mars 1799).

 

Mais au fait, pourquoi « Vérité » ? On dit que cela est venu d’une boutique de presse qui y tenait devanture. Son propriétaire était très attaché à la bonne réputation de son journal. Il était connu pour se refuser à toute compromission avec la Vérité. Ses successeurs, reprenant ce commerce de journaux avait repris cette noble idée. La vérité s’est donc imposée.

 

On remarquera cependant que les Parisiens se sont bien gardés de réserver à une avenue noble et élégante le beau nom de Vérité, en revanche, la rue des Mauvais Garçons est à deux pas.

 

 

On en tirera les conclusions qu’on voudra…


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