Rue de Paradis et cité de Paradis, Xème arrondissement

version française

 

Rue de Paradis et Cité de Paradis

 

Située dans l'ouest du Xème arrondissement de Paris (quartier de la Porte-Saint-Denis), la rue de Paradis est une longue voie de 528 mètres.

 

Disons les choses directement : la rue de Paradis ne jouxte pas la Rue Dieu ! Pour la rejoindre on ne passe pas par le Passage Dieu ! Le passage d’Enfer est à quelques kilomètres sur la rive gauche de la Seine et la place d’Enfer (devenue Denfert) est plus loin encore. Pourquoi diable ! avoir placé une rue de Paradis à cet endroit de Paris, le Xème arrondissement, non loin de la Gare du Nord, à deux pas de la rue de la Fidélité et du passage de la Confiance ? Quels rapports étranges sont cachés sur ce qui a bien pu conduire la ville de Paris, en pleine gloire de la Troisième république, animée par des laïques convaincus, à conférer à cette voie un peu obscure, le saint nom de Paradis ?

 

Les Parisiens y reconnaissaient-ils de beaux souvenirs ? Il est vrai que les Français aiment à narrer les conquêtes féminines de leurs rois et présidents. Une sorte de transfert psychiatrique. Or la rue de Paradis accueillit pendant quelques années les amours coupables du Duc d’Orléans surnommé Philippe Egalité (il tenait son surnom de sa forte inclination pour les révolutionnaires de 1789 et avait poussé son goût pour les changements de régime jusqu’au point de voter la mort de son cousin, le roi Louis XVI). Les Parisiens se seraient-ils souvenus des visites amoureuses du Prince révolutionnaire à la petite danseuse qu’il avait installée dans une charmante petite maison ? C’est bien mince comme explication ! Au surplus, cette rue n’avait pas laissé que des souvenirs volages et licencieux : dans la nuit du 1er aout 1814, au numéro 51, dans l’ancien hôtel de Raguse, la capitulation de Paris fut signée. Napoléon, battu, partait pour Sainte-Hélène.

 

Si les souvenirs manquent pour justifier de ce nom où peut-on trouver des raisons pour avoir doté cette rue du beau nom de Paradis synonyme d’un Eden empli de fleurs et plantés d’arbres fruitiers sur lequel le soleil luit et réchauffe d’une douce chaleur une terre généreuse et accueillante.

 

Pourtant, cette idée de « jardin accueillant » nous met sur une piste. Peut-être la bonne ? Il faut remonter, très longtemps en arrière, quand cette partie de Paris était encore rurale, où champs et potagers se succédaient, où les institutions religieuses prospéraient, non loin de cette Babylone que devenait Paris, non loin d’une quantité incroyable de péchés à faire pardonner, de malades à soigner et de pauvres à recueillir.

 

A cette époque, cette rue n’était qu’une petite partie d’un chemin qui faisait le tour du Paris du XVIIème siècle, entre Ouest et Nord. Il se nommait « grand chemin du Roule à Saint Lazare ». Saint Lazare ? Vous l’avez déjà rencontré. Il y avait là, couvent, léproserie et hôpitaux. Un des héros de la lutte contre la mendicité et la pauvreté à Paris, Saint Vincent de Paul, y était représenté par des institutions généreusement dotées. Les religieuses y avaient leurs jardins, un gigantesque espace de maraîchage, nommé le « clos Saint-Lazare ». 

 

Et voilà, on y est !  Au milieu du XVIIème siècle, la rue courant le long des jardins de l’institution Saint-Lazare, suivait des prés attenant à un couvent accueillant de jeunes religieuses : les Filles-Dieu.

Vous avez deviné cette fois-ci ?

 

Comment, dans l’esprit des paysans et des habitants de la ville capitale, pouvait-on nommer une rue qui longe un jardin nommé le « pré des Filles-Dieu » parce qu’il était dédié à des religieuses et où poussaient légumes, fruits et toutes sortes de bonnes choses. Ce ne pouvait être qu’un Paradis. Et c’est ainsi qu’à partir de 1659, ce chemin qui était dans la continuité du faubourg Poissonnière devint « Paradis-poissonnière » … et rien ne se passa pendant des années. La future « rue de Paradis » n’était encore en 1740 qu’un grand chemin à travers champs qui longeait le clos Saint Lazare, le « pré au filles-Dieu ».

 

Malgré son nom idyllique, la rue de Paradis n’a pas bénéficié d’un régime de faveur et a connu bien des vicissitudes. Il y a encore une cinquantaine d’années, elle était le « paradis » des femmes de la bonne société : c’était la rue des porcelainiers, des faïenciers, des verriers et des cristalleries. Pas de belle table sans faïences de Choisy-le-Roi. On y construisit de magnifiques sièges sociaux dont celui actuellement occupé par le Manoir de Paris aux murs intérieurs recouverts de décors de faïence. On y trouvait les très célèbres cristalleries Baccarat et Saint Louis et des verriers. Dans le courant du XIXème siècle, ces industriels confiaient la commercialisation de leurs fabrications à des marchands de la rue de Paradis. Il y avait aussi un relais de poste pour les « diligences de l'Est de la France ».

 

Hélas, les révolutions industrielles, la concurrence, le déclin du goût pour les belles tables et la lumière des cristaux ont réduit à bien peu de choses ce commerce et la rue du Paradis n’étale que fort parcimonieusement quelques beaux produits.

 

Les beaux sièges sociaux ont été transformés, certains ont été des musées. D’autres ont été transformés en Théâtres. C’est ainsi qu’est né le Manoir Hanté, installé dans l’ancien siège social des faïenceries de Choisy-le-Roi, la Maison Hippolyte Boulenger. Un jeune Américain vivant à Paris est à l’origine de ce projet inspiré des spectacles « de maisons hantées au Texas » à San Antonio et Austin. L’idée a été adaptée à la France et repose sur des histoires parisiennes imaginaires ou réelles. La dernière fois que je me suis trouvé en face de l’entrée du Manoir, une belle troupe d’adolescents s’apprêtait à y entrer avec cris de frayeur et de joies : d’horribles « walking deads» faisaient trembler les jeunes filles et hurler les garçons.

Non loin de là, s’ouvre la Cité du Paradis.

 

Ne retenez pas votre souffle et ne vous attendez pas à une description dans l’esprit de la Jérusalem Céleste : la Cité du Paradis est constituée de deux rues privées qui se croisent à la perpendiculaire : elles sont bordées de bâtiments sans intérêt datant de la fin du XIXème siècle et du début du XXème. Modernes en leur temps, ils étaient conçus pour recevoir des magasins, des ateliers, des sièges sociaux d’entreprises. Une zone industrielle et commerçante en plein Paris.

 

Cette cité comporte un élément architectural intéressant : la façade « sur cour » d’un hôtel particulier construit en 1772 sur des terrains cédés par … le couvent des « Filles-dieu ». La façade ornée de frise et de guirlandes a été fort maltraitée comme cela a été fréquemment le cas à Paris lorsque les anciens quartiers élégants ayant perdu leurs résidents fortunés partis s’installer dans les nouveaux quartiers de Saint Germain ou de la Plaine Monceau, sont devenus des zones d’ateliers, d’artisanat et de commerce.

 

Revenons quelques instants sur le caractère décidemment inquiétant des Parisiens: on a indiqué que les rues de Paradis et du Faubourg Poissonnière étaient dans la continuité l’une de l’autre. En fait, elles étaient séparées par une section de rue très courte qui fut intitulé « Rue Bleue ». Quelle importance, direz-vous ?

 

 

Sauf que cette rue Bleue qui est attenante à la rue de Paradis, s’est longtemps nommée : rue d’Enfer !

American version

Paradise Street and Paradise square

 

Located in the West of the District 10 of Paris (Porte-Saint-Denis neighborhood), Paradise Street is a long street of 528 meters.

 

Let us say things straight: Paradise Street does not adjoin God Street (rue Dieu)! To join it we do not cross by God Passage! Hell Passage is some kilometers away on the left bank of the Seine river and Hell Square (which has become Denfert in place of “d’Enfer”) is still farther. Why, by Hell, did they put Paradise Street in this part of Paris, the District 10, not far from the Gare du Nord station, just a step away from Loyalty STREET and Confidence Passage? Which strange underground connections are hidden? How was it possible to drive the city of Paris, in full glory of the Third Republic which was governed by convinced anticlerical politicians, to give such a holy name to this slightly gloomy lane?

 

Did the Parisians remember sweet memories in it? It is true that the French people like telling the feminine conquests of their kings and presidents. A kind of psychiatric transfer? Yet Paradise street welcomed for a few years the guilty love affairs of the Duke of Orléans nicknamed Philippe Egalité (he gained this nickname from his strong inclination vis à vis the 1789 revolutionaries and he had urged his taste for political changes up to the point he voted for the death of his cousin, King Louis XVI). Would the Parisians have remembered the loving visits of the revolutionary Prince to the small dancer whom he had moved into a charming small house? It is a pretty poor explanation! Besides, this street had not only left such fickle and loose souvenirs: during the night of the 31st August 1814, in the former Ragusa Mansion, number 51, the surrender of Paris was signed. Napoleon, defeated, had left for Sainte Hélène Island.

 

If memories are lacking to give a proof for this name where is it possible to find reasons to provide this street with “Paradise” name? A beautiful name synonymic of the Eden fields filled with flowers and planted with fruit trees on which the sun is gleaming and is softly warming a generous and welcoming ground.

 

Nevertheless, this idea of “a welcoming garden” puts us on a track. Maybe the right one? It is necessary to go back for a very long time in the past, when this part of Paris was still rural, where fields and vegetable gardens followed one another, where convent schools prospered, not far from this Babylon that became Paris, not far from an incredible quantity of sins to be made forgiven, of sick men to look for and poor people to take in.

 

At that time, this street was just a small part of a street which was going around between the West and the North of the city of Paris during the 17th century. It was called “High street of Roule to Saint Lazare”. Saint Lazare? You have already met him. In this place, there were convents, leprosy colonies, and hospitals. One of the heroes of the combat against begging and poverty in Paris, Saint Vincent de Paul, was represented by generously endowed institutions. The nuns had their gardens, a gigantic space of “maraichage” farming there, named “Le clos Saint Lazare.”

 

Here we are, we got it! In the middle of the 17th century, the street running along the gardens of the Saint Lazare institution was following meadows adjacent to a convent which was welcoming young nuns “the Daughters of God” (les Filles-Dieu).

 

Have you guessed this time?

 

How, in the minds of the farmers and the inhabitants of the “capitale” could a street be named which would be stretching along a garden named the “meadow of God’s Daughters” because it was dedicated to nuns who were growing vegetables, fruits and any sorts of good things? It could be only named “a Paradise.”

 

In spite of its idyllic name, Paradise Street did not benefit from a preferential treatment and knew many vicissitudes. There is another about fifty years, it was the “paradise” for the “femmes de bonne compagnie”: it was the STREET of porcelain makers, the faïenciers, the glassworkers and the crystal glass-makers. No beautiful table without Faïences from Choisy-le-Roi. Magnificent head offices were built there including the one that is today occupied by the “Manor house of Paris” with internal walls covered with faïence decorations. The very famous crystal glass-makers Baccarat and Saint-Louis and glassworkers had also buildings there. In the course of the 19th century, these industrialists confide the marketing of their manufacturing to traders of Paradise street. There was also a relay of post for the diligences that were commuting from Paris to the East of France.

 

Regrettably, industrial revolutions, competition, the decline of the taste for beautiful tables and the fading away of crystal lights have reduced these businesses to nearly nothing. Today Paradise Street scarcely displays a few beautiful products on a very limited scale.

 

The beautiful head offices were transformed; some of them have become museums. Others were transformed into Theaters. This is how the Haunted Manor house was born. Settled in the former head office of Hippolyte Boulenger Inc. a great Faïence maker of Choisy-le-Roi. A young American living in Paris is at the origin of this project inspired by the show named “The Haunted Houses in Texas” shown in San Antonio and Austin. The idea was adapted for France based on imaginary or real Parisian stories. The last time I stood in front of the Manor House entrance, a troop of teenagers got ready to enter it with cries of fear and enjoyments: horrible zombies made the girls tremble and the boys scream. Not far from there, opens “la Cité du Paradis.” Do not hold your breath and do not wait for a description in the style of the Heavenly Jerusalem: the City of Paradise is established of two private streets which cross in the perpendicular: they are lined with uninteresting buildings dating the end of the XIXth century and the beginning of the 20th. Modern at their time, they were designed to receive stores, workshops, head offices of companies. An industrial and trading park close to the center of Paris.

 

This estate contains an interesting architectural element: the facade “on courtyard” of a mansion built in 1772 on grounds sold by the convent of the “God’s Daughters”. The facade decorated with frieze and with garlands was hardly mistreated as was frequently the case in Paris when the old elegant districts, having lost their wealthy residents who settled in the new, elegant districts of Saint Germain or Plaine Monceau, became zones of workshops, of small business crafts and trade.

 

Let us return a few moments to the decidedly worrying character of the Parisians: let us say that Paradise street and the “Faubourg Poissonnière” Street?? were in the continuity. In fact, they were separated by a section of a very short street which was entitled “Blue Street”. What’s the matter with this name, you may ask?

 

Here is the matter. This Blue Street adjacent to Paradise street was called for a long time “Hell Street !”

 

This article was proofread by Aubrey Wadman Goetsch.

 


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