Jacques Louis David au musée du Louvre

 

 

Décidément, les autorités culturelles françaises ont défini un programme presque complet pour notre éducation artistique. Considérant l’âge moyen des regardeurs convoqués à ces formations, il m’est apparu qu’il s’agissait bien de révision et non pas d’introduction. La plupart des regardeurs appelés par la puissance publique à venir se recueillir devant les œuvres éternelles de la France de toujours, sont bien au-delà du demi-siècle. Dans tous les cas, il était réconfortant de constater une assiduité doublée de joie intérieure. Nos anciens se pressaient devant les œuvres, comme les ménagères cherchant de quoi se nourrir à la libération de la France. Vous faut-il des preuves de cette volonté de révision artistique : pensez qu’en bien peu de temps, nous avons été enseignés au moyen d’une expo sur Greuze, d’une autre sur de la Tour, celle-ci sur David etc.

Pourquoi révision ? cela tombe sous le sens quand on y réfléchit un peu : ces artistes sont pour l’essentiel des régulateurs, des codificateurs. Ils ont réinventé la façon de peindre et créé une manière picturale française. Ils ont diffusé ces trouvailles partout dans le monde civilisé, c’est-à-dire européen. Nous les avons reçues comme des manifestations d’une sorte de grâce picturale, venue du plus haut des cieux et fixant une bonne fois pour toutes comment il fallait peindre et quels thèmes retenir.

Résultat, beaucoup des regardeurs qui se pressent dans les musées français pour donner un coup de plumeau à leurs connaissances de longue date, en ressortiront avec la ferme conviction que nous autres français….

Mais revenons à David. Nous ne pouvons pas ne pas connaître David, l’auteur de l’archicélèbre « Bonaparte conquérant la montagne avant de conquérir l’Italie ». Pas davantage, ne pouvons nous ignorer la cérémonie du Sacre de l’Empereur. Ces œuvres radicalement opposées aux mignardises de Fragonard, aux délicatesses de madame Vigée-Lebrun, aux frémissements matrimoniaux de Greuze, ont imprimé dans nos esprits leur facture totalement classique, austère et définitive.

Bien sûr lorsque le romantisme fera rage, le fameux classicisme de David sera challengé. Mais il aura des armées d’artistes pour le soutenir ou le continuer. Les grandes machines de David, ces hommes appelés à la bravoure, au sacrifice et au don de soi-même, les Horaces, les Spartiates, les Sabines, forgeront talents et sentiments pour les années à venir.

C’est que David savait utiliser ce nouveau style dans des configurations universelles et aussi pour donner à voir personnalités et particuliers. Le même peintre qui a forgé l’image de Socrate prêt à boire la coupe de ciguë a su mettre en valeur la plus belle femme de son temps.

 

C’est dit, nous sommes invités à réviser nos images : le Louvre n’attendra pas éternellement. Il faut y aller. 

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