Les tribulations de Martenchon et de Mélinez, février - mars 2024

De la paille aux yeux et les mains dans la merde


Les agriculteurs ne sont pas contents. Martenchon et Mélinez s’en vinrent le constater du côté des Champs Elysées.

Mélinez, outré : « Ils ont occupé l’Arc de Triomphe, depuis les Allemands et les gilets jaunes, il semblait que l’endroit était devenu « neutre » ! »

Martenchon, docte : « Ce sont de petits agriculteurs du Sud-Ouest, ils ont confondu l’Arc de Triomphe avec une sous-préfecture ».

Mélinez, interrogatif : « Qu’est-ce que les sous-préfectures ont à faire dans cette histoire ? »

Martenchon, savant : « Une sous-préfecture est un lieu où s’exerce le pouvoir oppressif de l’Etat. C’est aussi, sur le plan sanitaire, un lieu idéal pour balancer du lisier, du purain et toutes les merdes qu’une ferme peut produire, ce qui n’est pas rien »

Mélinez, incompréhensif : « De nos jours les fermes produisent de la merde ? »

Martenchon, professoral : « Bien sûr que non, autrefois par exemple, elles produisaient des choux fleurs, des rutabagas, des topinambours… et quand les agriculteurs manifestaient, ils en balançaient des tonnes devant les sous-préfectures ».

Mélinez, cherchant toujours à comprendre : « Et de nos jours ? »

Martenchon, définitif : « Ils n’en ont plus. Ils balancent ce qu’ils ne peuvent pas vendre »

Mélinez, semblant avoir compris : « Alors, s’ils pouvaient vendre le lisier et la paille, ils n’iraient pas en balancer sur l’Arc de Triomphe et les Sous-préfectures ? »

Martenchon, heureux d’avoir été compris : « Tout juste »

Mélinez : « Mézalors, on devrait leur garantir un prix ! »

De l'or dans les yeux 

 

Ils avaient décidé de faire un tour dans la "foire à tout" de leur quartier. On peut y trouver un peu de tout. Et parfois, acheter des objets qui ne payent pas de mine mais qui, finalement, se découvrent œuvres d’art exceptionnelles.  

Mélinez qui aimait philosopher à partir de petits riens, "les micro-signes" comme il disait, fit remarquer que les grandes œuvres livrées au regard des petits esprits finissent dans les cuisines à côté des placards à balais ou dans des chambres d’enfant, parce qu’il faut bien les mettre quelque part. Ils finissent aussi dans les fameux vides greniers à côté d’un plat a barbe de la fin du XIXème, recollé au début du XXème, mais tu te rappelles, le grand-père en avait un.

« Tu vois Martenchon, la valeur des choses se trouve dans le regard des gens. Si le Raphael qu’une famille se passe de générations en générations, n’attire plus le regard de ses propriétaires soit qu’on le trouve ennuyeux, mal peint, sinistre par le fait de la crasse accumulée, alors, il est légitime qu’il ne vaille rien »


Martenchon, qui n'aimait pas qu’on ait une idée qu’il n’avait pas encore eue, lança « Mais finalement, il ne perd pas sa valeur puisqu’on la lui retrouve. Donc, il n’est pas vrai qu’il ne vaille rien ».

Mélinez indulgent : « Bien vu! Mais le fait est que le regard porté sur lui ayant changé, il reprend de la valeur. C’est vrai aussi de la Musique : Bach, qu’on qualifie aujourd’hui de génie, n’était plus écouté ».

Martenchon, méditant à haute voix : « Ne doit-on pas craindre qu’à force de faire revenir de la valeur aux choses oubliées on aboutisse à perdre le sens de la valeur des choses à venir? »
 

Echange requin contre Bitcoin

 

Mélinez passait beaucoup de temps, chaque semaine, à compulser les gazettes de ventes aux enchères. Il recherchait un peu tous les objets. Il n’achetait rien mais, il lui plaisait de se dire, parfois, que s’il avait voulu… En vérité, il ne voulait pas. Lui suffisaient le plaisir de la découverte et le frisson de l’enchère. Un matin, il n’y a pas si longtemps de cela, il découvrit une curieuse enchère.

Mélinez voulut partager sa trouvaille avec Martenchon, son ami. « Les ventes aux enchères réservent de bien curieuses surprises !» lança-t-il.

 

Martenchon qui était plongé dans la lecture des cours de bourse réagit sans conviction : « La surprise ce sont les prix qu’atteignent des choses sans intérêt ? »

 

Mélinez, docte : « Mais non, je veux parler des objets qui sont proposées. Au-delà des fauteuils Louis-Philippe, des cassolettes chinoises ou des chapeaux de Napoléon, on voit passer en vente des objets surprenants dans des conditions étonnantes ».

 

Martenchon, leva le nez de son hebdomadaire, « Et quoi, par exemple ? »

 

Mélinez ravi d’avoir attiré l’attention de son ami se fit plus précis : « Un requin dans du formol, par exemple ! »

 

Martenchon sursauta : « Je la connais cette histoire, c’est celle du requin de Damien Hirst. Un énorme requin, nageant dans un aquarium géant rempli de formol. Quand je dis « nageant », c’est une image : le requin était mort depuis longtemps. Plongé dans le formol, il devait durer quelques années ! ».

 

Mélinez enthousiaste : « Cher ami, tu es brillant comme d’habitude, mais le plus étonnant n’est pas là ! »

 

Martenchon, interrogatif : « Ne me dis pas que Damien Hirst a mis en scène, un requin, sa requine et un requinau, son rejeton … »

 

Mélinez rieur « Cela aurait pu être étonnant, mais l’étonnant est ailleurs : les enchères devront se faire en bitcoin ».

 

Martenchon, sursauta « En bitcoin ! Mais le bitcoin, ça ne vaut rien ! »

 

Mélinez, sérieux comme un pape annonça « Le bitcoin vaut 70 000 dollars, ce n’est pas rien ! »

 

Martenchon, resta méditatif pendant quelques instants : « Remarque Mélinez, le requin, dans son formol, va pourrir, lentement, mais surement. Il vaut mieux le payer en bitcoin, ça ne déparera pas l’ensemble ».

 

Vive l'uniforme

Toujours au fait de l’actualité, les deux amis venaient de s’emparer d’un sujet épineux dans le pays de la mode, de l’élégance et du chic. Fallait-il décider que les élèves portassent dans l’avenir le même vêtement ( mais rose, quand même pour les filles).

Martenchon était définitivement pour.

Mélinez se fit hargneux : Tu es pour quoi ?

Martenchon : « Je suis pour l’uniforme. Même s’il ne serait pas mauvais qu’une distinction conduise à des couleurs rose pour les filles »

Mélinez : « En somme, tu t’attaques à toute l’industrie textile française ? »


Martenchon : « Mais elle est dans les choux, l’industrie textile française. Tout nous vient de Chine. Donc pas de problème »

Mélinez : « Mais si ! Il y a un problème : ils vont nous envoyer leur camelote en y installant des puces de dernière génération pour nous espionner, via nos enfants »


Martenchon, ricanant : « Es-tu sûr que les vêtements des enfants pour aller à l’école n’ont pas déjà donné lieu à manipulation ? »

Mélinez prit son air le plus étonné.

Martenchon froidement « Quand les enfants, ou leurs parents, choisissent des vêtements, ne sont-ils pas sous influence. Influence des Etats-Unis particulièrement ».

Mélinez : « Tu veux dire que les Américains veulent nous empêcher d’avoir un uniforme pour nos enfants afin de favoriser la soi-disant diversité artistique de leurs producteurs de chaussures, de  T-shirts, de caleçons….etc.

Martenchon : « Et aussi, leurs profits : ils poussent les enfants à changer. Et même, ils poussent à l’uniformisation, mais pas total, en ajoutant un petit truc ici, un petit truc là, et ces trucs sont payants ! ».

Mélinez, s’effondra dans un silence déprimé… : « Alors que faire ? »

Martenchon : « Des référendums dans les écoles ? »
 

Les voies des jeux olympiques sont mystérieuses

 

Les deux amis viennent de recevoir l’information que les autorités civiles et militaires ont concocté sur la délicate question des jeux olympiques dont on découvre, (pour ceux que cela n’intéressait pas) qu’ils se dérouleront dans la ville de Paris ou une ville de sa proximité.

Ils ont poussé un soupir de soulagement. Manifestement, tout ceci concernera surtout la rive gauche, avec une concentration aux alentours de la tour Eiffel. Là, il sera préférable d’être cycliste, est-il écrit, mieux encore piéton. Mais idéalement, ne pas bouger de chez soi sera le vrai must.

Mélinez, ayant étalé un plan sur une table de bridge étudiait les contraintes imposées. « Comme nous sommes dans le Nord-Ouest à deux pas du périphérique, les inconvénients seront moins pires… »

Martenchon, lui fit remarquer que « Les emplacements n’étaient pas très clairs et que l’échelle de la carte ne simplifiait pas sa lecture. Des espaces verts étaient marqués… »

Mélinez l’interrompit dans ses pensées « Ne te mets pas martel en tête, tout évolue dans cette organisation : on avait annoncé le retrait des bouquinistes, ils sont restés »

Martenchon, considérant le plan déplié par son ami, lança, « Tu imagines la mairesse et le président pataugeant ensemble dans cette eau boueuse ? Ils risquent de se percuter dans un pétrolier ! »

Mélinez, rétorqua qu’on ne pourra pas ne pas le voir arriver. « Depuis la maison du parlement, rien sur le fleuve ne pourra passer inaperçu ». Et puis ajouta-t-il « L’embouchure n’est quand même pas si proche même pour des nageurs entraînés ».

Martenchon, regarda son ami, perplexe: « L’embouchure ? Pas si proche ? Tu veux dire qu’elle est plutôt loin. 200 km. Ils ne vont pas le faire à la nage ! C’est une plaisanterie. Autant les envoyer nager jusqu’à Londres! »

Mélinez hésitait, troublé par les remarques de son ami. Il se pencha sur la carte, comme pour l’obliger à se dévoiler et à dire tout le mal qu’il fallait en penser.
Doucement, il fit cette remarque: « Martenchon! Enfin ! Regarde ! l’embouchure n’est pas à 200 km ».


Martenchon, délicat comme toujours, lui répondit d’une voix paisible et douce « Tu as raison si tu te penches sur la carte de Londres que tu as sous tes yeux ».

Mélinez, non moins doucement : « C’est un acte manqué ! Je pense, en vrai, que Londres serait une bonne idée pour les vacances de juillet ».


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