La Place des Etats-Unis/ The Place of the United-States

« A tout seigneur tout honneur »

 

A deux pas de l’Etoile, des Champs-Elysées et de la Seine, s’il est une place par où commencer « l’histoire des Etats-Unis racontée par les rues de Paris », c’est bien celle des Etats-Unis !

 

C’est une belle place, en forme d’un magnifique rectangle, régulier. En son centre, on trouve ce qu’on nomme en France un square, un espace en forme de jardin, de petite taille, orné de statues de grands hommes…. Américains bien sûr.

 

Le square, tout aussi impeccablement rectangulaire que la place, porte un nom illustre : celui du Président Jefferson (1743-1826). Une petite plaque rappelle qu’il fut le rédacteur de la constitution américaine (1776). Ambassadeur des Etats-Unis en France de 1785 à 1789, il sera le 3ème Président de son pays de 1801 à 1809. Le square porte son nom mais n’est pas orné de sa statue ! Paris ne l’a pourtant pas oublié : sa statue est au bord de la Seine, à deux pas du Musée d’Orsay et du Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale (équivalent de la Chambre des Représentants).

 

D’où vient que cette place porte le nom d’Etats-Unis ? Cela tient à de curieuses circonstances comme bien souvent à Paris. Dans la capitale, les rues se voient attribuer des noms, pour des raisons parfois saugrenues, pour des histoires étranges ou tout simplement pour la commodité et le respect de leurs riverains. C’est le cas de la Place des Etats-Unis.

 

Il faut revenir en arrière et faire un peu d’histoire.

 

La place est récente à l’échelle de l’histoire parisienne. Elle débute sa vie urbanistique en 1886-1887. Jusque-là, elle n’existe pas. Ce n’est pas une place parce que bien de peu de choses sont construites à cet endroit-là, malgré son ancienneté.

 

La place des Etats-Unis est localisée dans le 16ème arrondissement dans le quartier de Chaillot. Les parisiens aiment à dire que Paris comme Rome a sept collines. La colline de Chaillot en est une : partant de la Seine, la pente est forte. La place elle-même est pentue. Des paysans vinrent au XVIème siècle s’installer sur les flancs de cette colline, prélevant des parcelles sur la forêt, aujourd’hui le Bois de Boulogne, coupant les arbres pour faire apparaître une terre à caillou, « chail » en vieux français qui a donné « Chaillot ».

 

Jusqu’au XVIIIème siècle, il ne se passe pas grand-chose sur ce bout de colline. Un peu plus bas, tout près de la seine, on érigea de belles demeures royales totalement démolies lorsque Napoléon premier envisagea de construire un château en l’honneur de son fils.

 

Les terrains à proximité de la place des Etats-unis, n’entrent dans le monde moderne que dans le courant du XIXème quand on usa de « pompes à feu » pour faire monter l’eau de la Seine sur la colline afin d’alimenter les fontaines d’une partie de la rive droite. Un vaste réservoir d’eau urbaine, dit de Chaillot, se tenait dans l’espace qu’occupe maintenant la place.

 

Dans le courant des années 1880, le réservoir fut supprimé et de nouvelles rues furent dessinées. La place des Etats-Unis pouvait rentrer dans l’histoire. Il lui fallut cependant attendre un peu, car elle avait pris un autre nom : celui de place de Bitche. Les édiles parisiens avaient voulu honorer la ville du même nom qui avait vaillamment résisté aux Prussiens durant la guerre franco-prussienne de 1870.

 

Ces mêmes années, un événement fit basculer la place vers les Etats-Unis : Levi Morton, ambassadeur des Etats-Unis, décidait d’y installer sa résidence puis quelques bureaux, quittant des locaux trop exigus rue de Chaillot.

 

Surgit alors une petite difficulté linguistique : la place portait le nom de Bitche qui, prononcé à l’américaine, ne correspondait à rien de convenable ni de flatteur. Le Département d’Etat s’offusque, l’Ambassadeur s’en inquiète et fait partager son émoi au Préfet de la Seine. Ce dernier, soucieux des relations harmonieuses avec les Etats-Unis, suggère que la place prenne sa dénomination actuelle. Quant à la ville de Bitche, elle retrouva une place au nord de Paris.

 

La place des Etats-Unis, est un véritable concentré d’histoire et de Souvenir.

 

Tout en haut du square Jefferson, l’histoire est bien présente. En premier lieu, un magnifique groupe sculpté précède le square. Il représente Lafayette apportant à George Washington l’aide de la France. Ce groupe, dans le style héroïque, fut commandé par les Etats-Unis au sculpteur Bartholdi, l’auteur de la Statue de la Liberté.

 

Tout en bas de la place, la statue en bronze d’un personnage de légende se tient debout, élégant et sublime : il glorifie les Volontaires Américains engagés aux côtés de la France lors de la première guerre mondiale. Cette statue de bronze, érigée le 4 juillet 1923, porte les traits du poète américain Alan Seeger. Engagé volontaire dans la légion étrangère française, il tombe dans la Somme, le 4 juillet 1916. Son nom est gravé à l'arrière du monument avec ceux des 23 autres Américains tombés dans les rangs de la Légion étrangère.

 

Sur le côté du piédestal sont gravé deux textes d’Alan Seeger, l’un dit « Ils ne poursuivaient pas de récompense vaine / Ils ne désiraient rien que d’être sans remords / Frères des soldats bleus à l’honneur, à la peine / Et de vivre leur vie et de mourir leur mort. L’autre : « Salut Frères, Adieu ! Grands morts deux fois merci / Double à jamais est votre gloire / D’être morts pour la France et d’être morts aussi pour l’honneur de votre Mémoire. »

 

Le poète américain avait souhaité que ces lignes fussent lues devant les statues de La Fayette et de George Washington, à Paris, le 30 mai 1916, jour du Decoration Day.

 

La place des Etats Unis est un lieu de mémoire : une plaque a été apposée en hommage aux victimes du 11 septembre 2001.

 

On voit aussi dans le square, deux autres statues, toutes aussi solennelles mais moins héroïques (à vous d’en juger !!!) l’une met à l’honneur l’Ambassadeur Milton T. Herrick et fut inaugurée en 1937. Une autre qui date de 1910, illustre un … dentiste américain, Horace Wells (1815-1848), un pionnier de l'anesthésie.

 

Dans cet ensemble de bustes et de groupes, il manque une œuvre. Son absence est normale, elle a été déplacée. On parle ici de la statue de la Liberté en réduction au cinquième. Offerte à la Ville de Paris par le Comité des Américains de Paris, elle fut inaugurée, le 13 mai 1885, et installée en face de l’ambassade des Etats-Unis. En 1888, elle est déplacée, au milieu de la Seine, sur l’Ile aux Cygnes où elle est restée.

 

Faut-il attribuer à son nom, la vitesse avec laquelle, dans les années 1880, furent construits de somptueux hôtels particuliers ? La place des Etats-Unis est entourée d’une étonnante série de bâtiment tous aussi munificents les uns que les autres.

 

•             No 1 : Ambassade du Koweït. Ancien hôtel de la comtesse Branicka, lieu de rendez-vous de l'émigration polonaise au début du XXe siècle.

•       No 2 : Hôtel construit en 1886 pour le banquier Jules Ephrussi. De style Louis XVI. Il a ensuite appartenu au roi d'Égypte Fouad Ier, puis la République d'Égypte y a installé la résidence de son ambassadeur.

•       No 3 : Le ministre Morton y installa sa résidence. La romancière américaine Edith Wharton (1862- 1937), première femme de lettres à recevoir le prix Pulitzer s’y établit en 1907 et fréquente artistes français et américains : Henri Adams, Henry James, Theodore Roosevelt, Walter Gay et tant d’autres.

•       No 3 bis : Ambassade de Bahreïn. Ce petit hôtel en brique et pierre était une annexe de la Gestapo française pendant l'occupation allemande, sous la direction de Pierre Bonny, fusillé en 1944.

•       No 4 : Hôtel Deutsch de la Meurthe aujourd'hui, résidence de l'ambassadeur du Koweït en France.

•       No 6 : Ancien hôtel du prince Alexandre Bariatinski (1870-1910) et de la princesse, née Catherine Alexandrovna Yourievska (1878-1959), fille légitimée d'Alexandre II de Russie

•       No 11 : hôtel Bischoffsheim (dit de Noailles). Construit en 1895, il fut occupé la vicomtesse Marie-Laure de Noailles, qui y reçut artistes et écrivains et y donna des fêtes costumées somptueuses ; il appartient aujourd’hui aux cristalleries de Baccarat qui y a un luxueux showroom, un musée du cristal et un restaurant (Cristal Room).

•       No 16 : hôtel de Yturbe. Siège de l'ambassade des États-Unis puis propriété de Francisco-María de Yturbe y Anciola, ancien ministre des Finances du Mexique, qui y passa la fin de sa vie et lui a donné son nom.

 

Voici un bon démarrage, voici une place qui avait beaucoup à dire sur les Etats-Unis et leur histoire. On verra dans les chroniques qui suivent que chacune de ces rues « américaines » en a une part.

 

 

 

 " Give honour where honour is due "

 

A stone's throw from the Etoile, the Champs-Elysees and the Seine, if there is one place from which to begin "the history of the United States told by the streets of Paris", it is indeed that of the United States !

 

It is a beautiful place, shaped like a beautiful rectangle, regular. In its center, one finds what is named in France a « square », a space in the shape of garden, of small size, decorated with statues of great men .... Americans of course.

 

The square, just as impeccably rectangular as the place, bears an illustrious name: that of President Jefferson (1743-1826). A small plaque recalls that he was the editor of the American constitution (1776). Ambassador of the United States in France from 1785 to 1789, he will be the third President of his country from 1801 to 1809. The square bears his name but is not adorned with his statue ! Paris, however, has not forgotten him : Jefferson’s statue is on the banks of the Seine, close to the Musée d'Orsay and Palais Bourbon, seat of the National Assembly (equivalent of the House of Representatives).

 

Where does the name « Etats Unis » of this place come from? This is due to curious circumstances, as is often the case in Paris. In the capital, the streets are given names, for sometimes absurd reasons, for strange stories or simply for the convenience and respect of their residents. This is the case of the Place des Etats-Unis.

 

We must go back and do a little bit of History.

 

The place is recent in the history of Paris. It began its urban life in 1886-1887. Until then, it does not exist.

 

The « Place des Etats-Unis » is located in the 16th arrondissement in the district of Chaillot. Parisians like to say that Paris like Rome has seven hills. The hill of Chaillot is one of them: starting from the Seine river, the slope is strong. The place itself is steep. Farmers who came during the sixteenth century settled on the slopes of this hill, taking plots on the forest, today the Bois de Boulogne, cutting the trees to reveal a pebble land, "chail" in old French which has given "Chaillot".

 

Until the eighteenth century, there is not much happening on this end of the hill. A little further down, near the Seine, beautiful royal mansions were demolished when Emperor Napoleon the first planned to build a castle in honor of his son.

 

The land near the United States Square, enter the modern world in the nineteenth when "fire pumps" were installed in order to raise the water of the Seine on the hill to feed the fountains of a part of the right bank. A vast reservoir of urban water, said « de Chaillot », stood in the space now occupied by the place.

 

During the 1880s, the reservoir was removed and new streets were designed. The place of the United States could go down in history. However, it had to wait a little, because it had taken another name: that of « Place de Bitche » . The Parisian ediles had wanted to honor the city of the same name which had valiantly resisted the Prussians during the Franco-Prussian war of 1870.

 

In the same years, an event turned the place towards the United States : Levi Morton, ambassador of the United States, decided to install his residence in the « place of bitche » and some offices.

 

Then came a linguistic issue : « Bitche » pronounced in the American style, did not correspond to anything suitable or flattering. The State Department was offended, the Ambassador worried and shared his objections with the Prefect of the Seine. The latter, anxious for harmonious relations with the United States, suggested that the place took its current name.

 

The place of United States is a concentrate of history and remembrance.

 

At the top of Jefferson Square, the story is there. In the first place, a magnificent carved group precedes the square. It represents Lafayette bringing help from France to George Washington. This group, in the heroic style, was commissioned by the United States from sculptor Bartholdi, the author of the Statue of Liberty.

 

At the very bottom of the square, the bronze statue of a legendary figure stands tall and elegant, glorifying the American Volunteers combatting alongside France during the First World War. This bronze statue, erected on July 4, 1923, bears the features of the American poet Alan Seeger. Volunteer in the French foreign legion, he falls in the Somme, July 4, 1916. His name is engraved on the back of the monument with those of 23 other Americans fallen into the ranks of the Foreign Legion.

 

On the side of the pedestal are engraved two texts by Alan Seeger, one says "They did not pursue vain reward / They wanted nothing but to be without remorse / Brothers of the blue soldiers with the honor, with the pain / And live their life and die their death. The other: "Hi Brothers, Goodbye! Great deads twice thank you / Double forever is your glory / To be dead for France and to be dead also for the honor of your Memory. "

 

The American poet had wished that these lines were read in the front of the statues of La Fayette and George Washington, in Paris, on May 30, 1916, Decoration Day.

 

The place is a place of memory: a plaque was affixed in tribute to the victims of September 11, 2001.

 

Also in the square, there are two other statues, all equally solemn but less heroic (it's up to you to judge!). One of which honors Ambassador Milton T. Herrick and was inaugurated in 1937. Another statue dating from 1910, illustrates an ... American dentist, Horace Wells (1815-1848), a pioneer of anesthesia.

 

In this set of busts and groups, a work is missing. Its absence is normal as it has been moved. We are talking about the statue of Liberty in reduction to the fifth. Offered to the City of Paris by the American Committee of Paris, it was inaugurated on May 13, 1885, and installed in front of the United States Embassy. In 1888, it was moved to the Ile aux Cygnes (Isle of Swan) in the middle of the Seine.

 

Should we attribute to its famous name, the speed with which, in the 1880s, were built sumptuous mansions ? The United States place is surrounded by an astonishing series of buildings, all as munificent as each other.

 

Let us illustrate some of them according to postal adresses :

 

 

 

 

 

 

•      No. 1: Embassy of Kuwait. Former hotel of Countess Branicka, meeting place of Polish emigration at the beginning of the 20th century.

•         No 2: Hotel built in 1886 for the banker Jules Ephrussi in Louis XVI style. Later on it belonged to the king of Egypt Fouad I. Then the residence of the ambassador of the Republic of Egypt

•       No. 3: Minister Morton installed his residence there. The American novelist Edith Wharton (1862-1937), the first woman writer to receive the Pulitzer Prize, settled there in 1907 and attended French and American artists: Henri Adams, Henry James, Theodore Roosevelt, Walter Gay and many others.

•       No. 3 bis: Embassy of Bahrain. This small hotel in brick and stone was an annex of the French Gestapo during the German occupation.

•        No 4: Hotel Deutsch de la Meurthe today, residence of the Kuwaiti ambassador to France.

•        No 6: Former Prince Alexander Bariatinski (1870-1910) and Princess, born Catherine Alexandrovna Yourievska (1878-1959), legitimate daughter of Alexander II of Russia

•     No 11: Hotel Bischoffsheim  (called de Noailles). Built in 1895, it was occupied by Viscountess Marie-Laure de Noailles, who received artists and writers and gave them sumptuous costumed feasts; today it belongs to the Baccarat crystal factory, which has a luxurious showroom, a crystal museum and a restaurant (Cristal Room).

•       No 16: Yturbe hotel. Headquarters of the United States Embassy then owned by Francisco-María de Yturbe y Anciola, former Minister of Finance of Mexico, who spent the end of his life there and gave him his name.

 

 

This is a good start with a place that has a lot to say about the United States and their history. We will see in the following chronicles that each of these "American" streets has a share of it.

 

 

 

 

 

 


 

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