Le quartier des Amériques

version française

Nos promenades parisiennes à la rencontre des rues qui aiment à parler des Etats-Unis nous conduirons parfois vers des lieux inattendus.

 

Paris est plein de surprise. Songez que le Passage Dieu est à deux pas de l’Impasse Satan. Vous pensez que je plaisante et que je cherche à créer la surprise pour mieux attirer votre attention ? Il faudra vous y habituer : Paris n’est pas à une originalité près. Un autre exemple ? Voici une rue aujourd’hui dénommée « bleue » comme la couleur. Autrefois, elle était dénommée « rue d’Enfer ». Dans son prolongement, se trouvait une rue, portant le beau nom de …. Paradis !!! Ce nom-là est resté, mais pas l’autre « la rue d’Enfer » est devenue « rue Bleue ». Ainsi à Paris quand « on sort du bleu » c’est pour aller au Paradis.

 

Pourquoi tant de précaution avant d’aborder le quartier des Amériques ? Vous allez le découvrir en vous promenons dans les rues et le long des maisons de ce charmant secteur de Paris. Première surprise : On aurait pu penser à donner le nom « Amériques » à un secteur très moderne de Paris, dans le genre de Manhattan. Le quartier de la Défense qui frappe par la modernité de son architecture, la hauteur de ses tours et ce monument unique au monde qu’est le « cube » aurait bien mérité d’être américain. On aurait pu le penser, mais en fait, c’est l’inverse exactement !

 

Le quartier des Amériques est situé dans le XIXème arrondissement au Nord-Est de Paris entre le parc des Buttes-Chaumont et le parc du Chapeau Rouge.

 

Urbanisé au cours du XIXème siècle, le quartier des Amériques est sillonné de petites rues, ruelles, passages, et construit de pavillons et de petites maisons. On y trouve toute la hiérarchie sociale qui s’exprime dans les bâtiments, les maisons et les villas. Toute une partie du quartier au-dessus de la rue de la Mouzaïa est construite de petites maisons. Elles étaient destinées à une population d’ouvriers. Tout autour, prospérait un glacis d’entreprises en tous genres. Quartier ouvrier, quartier de révoltes, il sera marqué par celle de la Commune de Paris en 1871. De nos jours, les usines et ateliers ont été repoussées en dehors de Paris et le quartier des Amériques a été réhabilité par les fameux « bobos », bourgeois-bohèmes. Les petites maisons « pauvres et modestes » sont devenues pimpantes et un peu clinquantes.

 

Un peu plus loin du côté des rues de la trilogie républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité, s’exposent des façades plus bourgeoises. Leur style est composite comme aiment souvent les Français. Il est vrai qu’il est tant de modèles de tous les siècles qu’on a l’embarras du choix et que personne ne s’étonne lorsqu’une maison récente ressemble à un petit manoir de la Renaissance ou à une ferme normande avec son toit de chaume ou encore à un chalet montagnard. Enfin, dans une autre partie de ce petit quartier ce sont de véritables « hôtels particuliers », ce qu’on nomme aussi des « maisons de ville » pour montrer qu’on peut vivre à Paris dans une maison et non dans un immeuble collectif… si on est suffisamment riche. Certaines d’entre elles sont rassemblées dans le « Hameau du Danube ».

 

Pour prendre l’air et profiter d’une vue magnifique sur les alentours de Paris, on se rendait en famille au parc du Chapeau Rouge qui doit son nom à une « guinguette » où on allait boire du vin des coteaux parisiens.

 

Une magnifique église dédiée à Saint François d’Assise domine tout le quartier. Plus modestement, on trouve place des Fêtes, l’église des « Antoinistes » : elle rassemble les membres d’une secte qui croient que la mort n’existe pas.

 

Le quartier est très verdoyant, car, à Paris, qui dit « maisons de ville » ou « maisons ouvrières » dit jardins, lilas, lierres, fleurs grimpantes, petites parcelles de gazon, parterres de fleurs. C’est un ravissant dédale de petites rues qui débordent de verdure, éclairées des traditionnels réverbères parisiens. Certains guides parlent de « Labyrinthe ». C’est aller un peu loin ! On ne peut pas se perdre, la plupart des rues et passages formant une sorte de damier.

 

Il faut s’y promener lentement et se glisser dans des passages qui n’ont pas plus de trois mètres de largeur. Pas d’automobiles, ni motos, ni rien qui roule, on va à pied. Les branches débordent et filtrent le soleil. Au printemps, par une belle journée ensoleillée, c’est un enchantement. Est-on encore à Paris ? N’est-on pas dans un de ces « villages » qui font de la résistance. Des morceaux de campagne qui luttent contre la progression de la ville, opposant les charmes des petites maisons à la froideur des grands ensembles.

 

On a un peu rêvé, on s’est promené dans des rues bien modestes qui portent de beaux noms, Liberté, Egalité, Fraternité, Progrès, Prévoyance, Solidarité ; à Paris, les grandes idées ont de petites rues ! les grands hommes aussi : Verlaine et Rimbaud ont leurs rues, à deux pas l’un de l’autre.

 

On était à Paris sans y être. On était dans le quartier des Amériques. Mais, au fait, pourquoi « le quartier des Amériques » ? Et pourquoi ces petites rues et ces charmantes maisons quand s’imposait à Paris la construction d’immeubles face à l’accroissement incessant de la population ?

 

Prenons les problèmes les uns après les autres : la raison de ces petites constructions se trouve dans le sous-sol où couraient des carrières de plâtre et de gypse. Elles furent exploitées pendant tout le XIXème siècle jusque dans les années 1880, le plus souvent en souterrain, rendant les sols en surface particulièrement fragiles. Il était impossible d’y bâtir des immeubles de plusieurs étages. Le quartier des Amériques n’est pas le seul quartier à être suspendu au-dessus du vide ! Paris doit ses belles maisons en pierre « de taille » et ses immeubles enduits de plâtre à ses ressources géologiques.

 

Enfin, il faut qu’on y vienne, pourquoi, le quartier est-il dit « des Amériques » ?

 

Avant de se nommer ainsi, il porta quelques temps le surnom de «quartier des Carrières d'Amérique ». Personne ne sait trop bien pourquoi les carrières de gypse auraient été américaines ! Ce serait le fruit d’une légende « économique » : le gypse des carrières du quartier possédait d’exceptionnelles qualités esthétiques et mécaniques. Si exceptionnelles qu’une partie de la production des carrières aurait été expédiée aux Etats-Unis pour la construction de nombreux immeubles de la côte Est ! C’est ainsi que du plâtre aurait servi à édifier la Maison-Blanche, à Washington. Mais aussi, aux Etats-Unis, on commençait à construire très haut. Il fallait donc du bon matériau. Et la France en produisait.

 

Jolie histoire n’est-ce pas… mais ce n’est qu’une histoire !



version américaine

Our Parisian walks to meet the streets that like to talk about the United States will lead us to unexpected places.

 

Paris is full of surprises. Remember that the Passage Dieu (God Path) is two steps away from the Impasse Satan (Evil Deadlock)! Do you think I'm joking and trying to create a surprise to get your attention? You'll have to get used to it: in Paris there is more than a peculiarity. Another example? Here is a street today called "blue" as the color. Formerly, it was called "rue d'Enfer (Evil street)". In its extension, there was another street, bearing the beautiful name of .... Paradise (rue de Paradis)!!! That name remained, but not the other which became "Blue Street". So, in Paris when "we come out of the blue" it is to go to Paradise.

 

Why so much precaution before approaching the « district of the Americas »? You will discover it while strolling in the streets and along the houses of this charming sector of Paris. First surprise: We could think of giving the name "Americas" to a very modern sector of Paris, in the style of Manhattan. The district of La Défense that strikes by the modernity of its architecture, the height of its towers and this monument unique in the world called the "cube" would have deserved to be American. We could have thought so, but in fact, it's exactly the opposite!

 

The district of the Americas is located in the nineteenth district north-east of Paris between the Buttes-Chaumont Park ( the Chaumont Hill Park) and the Chapeau Rouge Park (Red Hat park).

 

Urbanized during the nineteenth century, the « district of the Americas » is crisscrossed with small streets, alleys, passages, and built of pavilions and small houses. It contains all the social hierarchy that is expressed in buildings, houses and villas. A whole part of the district above the street of Mouzaïa is built of small houses. They were intended for a population of workers. All around, prospered a glaze of companies of all kinds. Worker district, district of revolts, it will be marked by that of the Commune of Paris in 1871. Nowadays, the factories and workshops were pushed back outside Paris and the district of the Americas was rehabilitated by the famous "bobos", bourgeois-bohemians. The small houses "poor and modest" have become dapper and a little flashy.

 

A little further on the side of the streets of the Republican trilogy, Liberty, Equality, Fraternity, more “bourgeois” facades are exposed. Their style is composite as the French often like. It is true that there are so many models of all ages that we are spoiled for choice and no one is surprised when a recent house looks like a small Renaissance manor or a Norman farm with its thatched roof or even to a mountain chalet. Finally, in another part of this small district there are true "mansions", which are also called "townhouses". They demonstrate that you can live in Paris in a house and not in a building ... if you are rich enough.  Some of them are gathered in the "Danube Hamlet".

 

To get some fresh air and enjoy a magnificent view of the Paris area, people went with their families to the Parc du Chapeau Rouge, which owes its name to a "guinguette" where to drink wine produced on the hills of Paris.

 

A magnificent church dedicated to St. Francis of Assisi dominates the whole district. More modestly, we find the church of "Antoinists”, place of the Feasts. It brings together the members of a sect who believe that death does not exist.

 

The district is very green, because, in Paris, when one says "townhouses" or "workers' houses", one says gardens, lilacs, ivy, climbing flowers, small parcels of grass, flowerbeds. It is a delightful maze of small streets that overflow with greenery, lit by traditional Parisian street lamps. Some guides talk about "Labyrinth". It's going a little far! You cannot get lost, most streets and passages forming a sort of checkerboard.

 

It is necessary to walk there slowly and to slip in passages which are not more than three meters of width. No cars, no motorcycles, nothing rolling, one’s going by foot. The branches overflow and filter the sun. In the spring, on a beautiful sunny day, it's a delight. Are we still in Paris? Aren’t we in one of those "villages" that make resistance? Pieces of campaign that fight against the progress of the city, opposing the charms of the small houses to the coldness of the large sets.

 

We dreamed a little, we walked in very modest streets that bear beautiful names, Liberty, Equality, Fraternity, Progress, Providence, Solidarity; don’t ask me why in Paris, big ideas have small streets! Great men too: Verlaine and Rimbaud have their streets, two steps away from each other.

 

We were in Paris without being there. We were in the district of the Americas. But, by the way, why "the district of the Americas"? And why these small streets and these charming houses while in Paris the construction of buildings was mandatory make up for the incessant increase of the population?

 

Let's take the problems one after the other: the reason for these small constructions is in the basement where plaster and gypsum quarries ran. They were exploited throughout the 19th century until the 1880s, mostly underground, making surface soils particularly fragile. It was impossible to build multi-storey buildings. The district of the Americas is not the sole Parisian district to be suspended above the void! Paris owes its beautiful houses "in stone" and its plaster-coated buildings to its geological resources.

 

Finally, we must come to the very question: why is this district called "the Americas"?

 

Before it had been given this name, it got as a nickname "Quarry of America" for some time. Nobody knows for sure why the gypsum quarries would have been American! It seems to be the fruit of an "economic" legend: the gypsum quarries of the district possessed exceptional aesthetic and mechanical qualities. So exceptional that part of the production of the quarries would have been shipped to the United States for the construction of many buildings on the East Coast! Parisian Plaster would have been used to build the White House in Washington. But also, across the United States where one began to build very high. So good material was needed. And France produced it.

 

 

Nice story is not it ... but it's just a story!


 

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