Les Longs Dits du Pseudo

Certaines pensées du Pseudo s’élaborent par le moyen de courts monologues…Progressivement, il m'a semblé que la perte de ce processus d'élaboration des idées était dommageable pour leur compréhension.

 

Les pensées que je livre, duement numérotées, ne seraient-elles pas une sorte d'arrêt sur image? Un moment d'un flux, un grain de lumière dans un courant d'ondes rayonnantes?

 

Aussi, ai-je décidé de m’essayer à en faire la relation. J'espère qu’il en acceptera l’idée. C'est un défi d'importance pour lui, pour le déroulement de son témoignage, pour la transparence de sa vision: on se retrouvera-là au plus intime de sa pensée. 


Les Pierres Blanches

Les mots longs du Pseudo 4

 

Comme je recueillais, marquant la voie, les pensées du Sage, pareils à de petits cailloux, le Pseudo m’interrogea.

 

-        Quelle est la couleur du caillou que tu viens de ramasser ?

-        Blanche. 

-        Et le précédent ?

-        Blanche aussi la couleur. Et je pense que le prochain, qui n’est pas encore tombé, sera de couleur blanche, lui aussi.

-        Et les autres que tu as déjà collationnés, ils étaient tous blancs ?

-        Oui.

-        Pourquoi ramasser tous ces cailloux puisque rien ne distingue l’un de l’autre ? Un seul devrait suffire ! et s’il suffit, pourquoi le ramasser ? Crains-tu que je cesse de penser ?

 

Alors, je les ai tous jetés dans le torrent. Et le pseudo s’exclama :

- Les pensées sont comme les galets : à force de rouler, elles se polissent.

 


Voie, voix, voir ? Voire…

Un disciple du Pseudo qui s’amusait à faire des bulles de savon et à les attraper, s’emporta un jour contre le vent qui s’en saisissait et les poussait tout en haut dans le ciel vers les nuages.

 

« Et moi, s’écria-t-il enfin, quand le vent m’emportera-t-il, pour aller au loin, au-dessus des plaines et des mers, au-dessus des montagnes et des étoiles ? »

 

« S’il ne veut pas de moi, au moins pourrait-il se saisir des mes pensées comme il pousse dans les airs la graine du pissenlit prévoyant et la répand par le vaste monde »

 

« S’il ne veut pas de mes pensées, que ne prend-il mon rire cristallin et le fait sonner dans les grottes et au plus profond des vallées, là où les sons rebondissent  en écho »

 

« Et mon âme aussi, il pourrait, si légère, dans un souffle infime, la disperser, brouillard ou rêve, dans le cœur des hommes ».

 

Sa colère avait ainsi passée. Son front rembruni s’était éclairci. L’enthousiasme chassant les derniers grondements faisait chanter sa voix.

 

Quand le Sage souffla lui aussi une bulle de savon qu’un filet d’air emporta et qui éclata un peu plus loin…

 

Il murmura, imposant à sa voix le rythme de la méditation.

 

« Le vent va partout, il n’a pas de voie »

« Le vent bruit sans cesse, il n’a pas de voix »

« Celui qui s’en remet au vent, s’enfle un instant et, dans un instant, s’en va crever ».

« Le Sage s’en va. Il ne se laisse pas emporter »

« Il ne suit pas de voie. Elle avance au devant de sa marche »

« Sa voix ne se perd pas en écho et ne rebondit pas comme la balle de l’enfant ou du soldat». 

 

« Lorsqu’il escalade les montagnes et traverse les plaines, lorsqu’il descend dans les vallées et franchit les cols, son cœur, son âme, son corps, sa voix et son rire sont lourds sur ses épaules. Alors, en souriant, il pense à la brume et aux nuages, aux brouillards et à la fumée. Il lui vient qu’il faut plaindre  la bulle de savon, comme aussi on doit plaindre les fétus de paille, les brins d’herbe, les idées sans consistance, les pensées fumeuses et les désirs innommés qui s’enflent un instant et qu’un filet d’air emporte.

 

Pascal Ordonneau, porte-parole de Laeu Tso, dit le Pseudo, dit aussi le Sage…le 23 novembre 2012

 

2. Se dissoudre dans l'Eternité

La nuit était silencieuse. Plus encore que dans la plaine et dans les pays d’en-bas. Elle était plus lumineuse aussi. Si lumineuse.

« Plus haut… », chanta une voix encore aigüe, « plus haut, la lumière est plus libre. Elle va et vient comme l’onde et se soulève et se déchaîne, comme toutes les mers. Elle éclabousse en gouttes par myriades. Étoiles. Éternelles dans le ciel, elles s’éteignent en reflets sur terre…. ».

 

« Ah ! Ne plus être un reflet… »

 

Sur le plateau balayé par les vents, au pied de l’Himalaya, à mi-chemin entre terre et ciel, dans l’abri précaire, le jeune disciple rêvait.

 

Le Pseudo qui cherchait le sommeil s’assit, considéra le jeune homme et le réveilla d’une voix forte.  

 

« Dans l’éternité, tu ne verras ni lumière, ni reflet, tu ne verras rien du tout et tu ne seras même pas là pour le dire ».

 

Les vieux sages sont, dit-on, un peu comme les vieux ânes, les vieux baudets et les chevaux de retour : leurs ruades sont précises et imprévisibles.

 

Un peu sonné, mais tout à fait réveillé, le jeune disciple s’installa sur son séant, dans la posture de « l’écoute respectueuse », celle que le Pseudo n’aimait pas trop. « On ne peut pas discuter avec les éponges » maugréait-il devant ses disciples. « Quand les oreilles sont trop ouvertes, les bouches béent ».

 

« Je ne serai pas là pour le dire » murmura le jeune disciple, retournant sept fois la phrase dans sa bouche.

 

« Tu ne seras pas là, tout court, aurais-je dû dire » compléta le Pseudo.

 

« « Là », même, tu ne pourras pas y être, car « là » ne sera pas »

 

« « Seras », non plus, ne pourra avoir de sens, car l’éternité ne se divise pas ».

 

« « Tu », non plus, ne seras pas. On ne peut être ni à tu ni à toi dans l’éternité. On est tout ! On ne peut pas même n’être rien »

 

« Dire, n’a tout simplement pas de sens dans l’éternité, comme elle ne se divise pas ni en « tu » ni en « toi », à qui dire ? Et s’il n’y a personne à qui dire, que dire ? Et s’il n’y a pas de « sera », quand ? »

 

« Songe seulement qu’éternel, nuage au sein d’un nuage, transparent à toi-même, tu seras pareil au voyageur dans la montagne, surpris par le brouillard opaque, la neige fine qui s’entasse en ouate et change les précipices en plaines accueillantes, et le vent qui tournoie en voiles legers les flocons blancs. Ils rassemblent tout en un seul, le ciel à la terre et les moutonnements que forme la couche neigeuse aux crevasses hérissées de glace. Le temps se dissout. Les bruits et les cris ne sachant où aller renoncent à prendre leur envol. ».

 

« Tu désires l’éternité…mais éternel, tu ne connaîtras plus le désir ! Et tu regretteras l’ennui, son frère car, ils ne sont rien que ruptures et fissures et béances et grumeaux et scissions. Ils ne sont donc pas ».

 

« Il faut maintenant que tu le saches : cette éternité dont tu te languis, il a suffi d’un son, tintement d’un triangle, un rire peut-être ou un « oui » pour qu'elle se dissipe. Le temps survint et avec lui, l’ailleurs, dans le proche et dans la distance. »

 

« Il dort ! » remarqua, le Pseudo, vexé.

 

Il se coucha. Tout d’un coup, comme un éclair, lui traversa la tête qu'on ne pourrait pas dire « trop d’éternité, tue l’éternité », comme on dit, tout en bas, dans la plaine « trop d’impôt tue l’impôt ».

 

Il sut alors qu’il ne pourrait pas dormir d’ici longtemps, à moins qu’un tintement, un rire ou un « oui »…

 

Les dits du Pseudo sont pieusement recueillis par Pascal Ordonneau, celui-ci l’a été le 25 novembre 2012.

La mer n'est pas infinie

 

16 octobre 2013

 

Les longs dits du Pseudo : la mer n’est pas infinie

 

Un soir sur le sable devant la mer hypocrite, un disciple du Pseudo sentit la caresse d’une douce pensée. Elle était de celles qui, au moment redouté où le jour s’efface, envahissent l’esprit et les sens de tous les hommes, plus forte encore et prenante lorsque le soleil se couche sur des déserts, des océans ou dans l’air transparent des montagnes.

Face à la mer, le lent naufrage du soleil, troublait le disciple.  Mais aussi, quelle sensation suave que le spectacle des eaux rougissantes dans le crépuscule d’un soir d’été.  Combien d’esprits délicats ont-ils pu résister à la mer quand par mille reflets sur les vagues elle retient le soleil qui se meurt ?

Alors, ce disciple se tourna vers le Pseudo et, devant les autres disciples, dit d’une voix douce ces mots inspirés : « Infini comme la mer ».

La voix du Pseudo claqua !

« Sûrement pas » ! «La mer n’est pas infinie, ce n’est qu’une flaque d’eau bordée de continents ! Par où qu’on la sillonne, on en revient toujours à la terre. A ce compte, c’est plutôt celle-là qui serait infinie puisqu’on la trouve partout où on navigue, partout où on chemine ! ».

« La mer n’est infinie que pour les peintres émotionnels et vaguement romantiques. Fréquemment germaniques. Ceux-là qui font de l’alpinisme artistique et qui, pour dépeindre la grandeur de l’Homme, l’installent sur le sommet d’une montagne, chavirent son regard dans le lent mouvement d’une mer de nuages et encombrent son esprit d’une belle méditation, évidemment élevée : on ne peut pas monter si haut pour avoir des pensées basses.

 

Plus lascifs et paresseux, leurs confrères en méditations solaires déposent face la mer une femme élégante et gracile. Ils la perdent en extases devant un coucher de soleil sublime, fait de rouges intenses et de jaunes finissants. Tout est humide dans ces scènes-là : les pleurs délicats de la belle, pareils à l’écume salée, se mêlent à la mer et viennent effleurer ses pieds délicats. Ils la font rêver d’une nature sans bornes, réceptacle et décor d’émotions sans limites.  Alors, elle se fond dans la nature généreuse comme le soleil dans la mer immense. Parfois, elle s’effraie aussi, quand les vagues sont menaçantes. Mais on sait comme les tempêtes sont belles pour ceux qui sont hors d’atteinte. »

 

Le Pseudo, s’interrompît un instant. Il riait. L’image de ce pauvre type qu’on a monté tout en haut de la montagne et de cette gourde qu’on a planté devant la mer, était d’une drôlerie rare. Redevenu sérieux, il s’efforça de poursuivre.

« Pourtant, l’infini ne se trouve ni dans la mer, ni dans les montagnes et non plus dans les airs. Aucun regard sur la nature ne nous autorise à en déduire l’infini. La pensée de l’infini vient de nous qui nous savons « finissables, inéluctablement » ou bien « indéfinissables, essentiellement ». « L’infini » que quelques illuminés pensent trouver dans la nature n’est que l’excuse ou l’exorcisme de leurs insuffisances. En effet, avec un peu de courage et reléguant à une place seconde la nature et les émotions lacrymales qui lui sont associées, devrait s’imposer que le « quelque chose » de vraiment infini dans l’univers, c’est l’Homme lui-même. « L’effroi » qu’exprimait cet écrivain d’il y a quelques siècles lui venait du renversement des valeurs venues du fond des âges : l’infini est revenu se loger dans l’Homme qui,autrefois, l’avait chassé de peur de n’être pas à la hauteur. L’effroi serait fils de cette découverte douloureuse : l’Homme n’a pas été chassé du Paradis ! Ce n’était qu’un commode mensonge qui l’a protégé pendant des milliers d’années car il lui est demeuré longtemps difficile de penser la vérité : « L’Homme pour assoir son humanité a chassé le Paradis qui était en lui ».

 

Il conclut d’une voix impérieuse : « Mes disciples chassent l’infini des lieux marins, aériens ou terrestres où le commun aime à le voir ».

Alors, sombre et dépité, le disciple s’exclama : « La mer se révolterait-elle en tempêtes et en Tsunami parce qu’on lui a volé son infinitude… ? »

 

 

 

 

 

 


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