On trouvera ici des éléments d'information sur les dettes publiques des principaux pays, ainsi que des précisions sur les produits financiers relatifs aux dettes publiques.

Dette publique

Dette souveraine (généralités) dec 2014

Dans un monde de plus en plus rapide et de plus en plus versatile, reportons-nous vers nos livres d’histoire, les vieux, ceux qui avaient des images, coloriées parfois. Retrouvons-nous, avec les grands débiteurs que furent nos rois de France. Une certaine élégance, un panache et une forme de désinvolture à l’égard de leurs créanciers : il n’était pas mauvais d’avoir des souverains comme débiteurs ; les dettes de ces derniers, les dettes souveraines, étaient recherchées par tous les banquiers et  usuriers de la terre. Inutile de dire que si la Veuve de Carpentras avait existé, elle n’aurait pas eu le droit de se rêver créancière des souverains, à la différence de la veuve moderne qui a peut-être souscrit de la dette islandaise, grecque ou irlandaise. C’était une époque où le propriétaire de l’Agence Moodies se serait retrouvé dans quelque cul de basse fosse pour avoir eu l’audace de noter BBB le bon roi Charles VII. Jacques Cœur, important porteur de dette souveraine française, avait préféré la fuite…

On ne pousse plus les porteurs de dettes souveraines dans les prisons. Cela ne veut pas dire que c’est une situation de tout repos. Les Etats, redevables des dettes souveraines, font-ils faillite ? Peuvent-ils se mettre sous la protection des tribunaux, invoquer le fameux « chapter Eleven », et en définitive échapper à leurs créanciers lorsque ceux-ci se font trop pressants et ne montrent pas de compréhension pour les échéances difficiles ? Jusqu’à nos jours, la réponse est simple, un Etat en faillite, cela n’existe pas… en fait, cela n’existe plus sous la forme traditionnelle, autrefois pratiquée : la mise sous tutelle du pays débiteur par son créancier qui détournait à son avantage les recettes fiscales, ou la conquête, c'est-à-dire l’expropriation du souverain et le détournement par le conquérant des recettes fiscales et des actifs publics, ou bien encore, la saisie de territoires pour toujours, sans plus se soucier de l’apurement des dettes.  Personne ne s’en souvient plus… la fameuse hyper-inflation allemande pendant l’entre-deux guerre venait tout droit de la réoccupation de la Ruhr par les troupes françaises et du détournement des recettes fiscales et douanières vers le trésor public français : « l’Allemagne paiera ! » disait-on à l’époque, et l’Etat français avait procédé à un recouvrement de créances vigoureux (avec les résultats désastreux qui s’en sont suivis !).

Les pays  débiteurs pouvaient-ils se défendre contre la meute de leurs créanciers ? La solution de facilité, était de déclarer inconvertible la monnaie du pays défaillant ou de pratiquer une dévaluation drastique. S’ensuivaient ensuite des négociations d’étalement, d’allégement du fardeau de la dette, d’échéances repoussées.  Lorsque, en 1973, les USA, ont suspendu la convertibilité du dollar en or, ils ne firent pas autre chose que d’informer le monde entier qu’ils ne paieraient plus leurs dettes autrement qu’en …dollars. En d’autres termes, tout porteur de dette américaine avait le droit de recevoir des créances sur les Etats-Unis en paiement! De nos jours, cette « facilité » a pris des proportions vertigineuses.

Cela signifie-t-il que tout est maintenant, paisible et rose dans le domaine de la dette souveraine ? Les récents exemples de la Grèce et de l’Islande sont là pour illustrer que la dette d’un pays n’est nullement sécurisée, qu’il peut rencontrer des difficultés de trésorerie, passagères ou plus profondes et que les porteurs de dettes souveraines peuvent perdre une partie de leur capital. Ce n’est pas du tout une mince affaire. Lors de la précédente crise de la dette souveraine, à la fin des années 80, lorsque bon nombre de pays « en voie de développement, pas encore émergents » se trouvèrent incapables de faire face à leurs dettes, les banques américaines et quelques européennes virent leurs  créances être décotées de 30, 40 et même 60%. L’époque n’était pas encore à la diffusion de produits financiers appuyés sur une très grande variété de titres. La mondialisation des activités bancaires et financières, l’ouverture des frontières aux épargnants, l’internationalisation des placements financiers via en particulier l’explosion de l’assurance-vie n’avait pas encore eu lieu.

Aujourd’hui, c’est fait ! C’est pourquoi de nos jours, les enjeux de la dette souveraine et de son marché sont si importants. La dette souveraine de l’Islande et celle de la Hongrie qui, toutes deux, ont nécessité des accords de refinancement par le Fonds monétaire international, soulèvent des questions de fond. Ce ne sont pourtant que de petits acteurs sur ce marché.

Mais attention, une dette publique peut en cacher une autre ! Pour prendre un exemple simple : celui des Etats-Unis, on peut distinguer quatre types de dettes à caractère publique : les dettes fédérales dites de marché, puis les dettes fédérales inter-gouvernementales, les dettes des collectivités locales et les dettes des agences garanties par le gouvernement fédéral, et enfin un ensemble de garanties données à des prêts immobiliers. Cet empilement conduit l’endettement public américain de plus de 100% du PIB à près de 200% !

Encore ces chiffres et ce dimensionnement sont-ils identifiables via des statistiques publiques. Il arrive parfois que les chiffres ne soient pas limpides ou qu’ils soient soigneusement mis à l’écart des curiosités mal à propos ! C’est ainsi que l’Allemagne avait « oublié » de reporter dans le total de ses dettes publiques le montant des garanties d’Etat données au systéme de « bad bank » mis en place durant les années 2008-2010, pour soulager les banques allemandes du fardeau des créances douteuses.

C’est une pratique douteuse et qui a pour effet de tromper les créanciers. Or sont porteurs de dettes américaines, et françaises, et allemandes, les banques, les compagnies d’assurances et …. la veuve de Carpentras. Il y a de la dette souveraine dans les produits financiers les plus classiques, voire ceux qui ont été vendus avec le label « haute sécurité », dans les contrats d’assurance-vie, dans les OPCVM dites monétaires. Les risques attachés à la dette souveraine sont d’ordre systémique. On comprend aisément que si les créanciers des USA devaient constater une dépréciation radicale de leurs avoirs, ce serait quelque chose du type « tsunami ».

Le sujet est devenu très sensible et, depuis la crise qui a éclaté en 2008, une course à la vertu s’est engagée qui mobilise à peu prés tous les pays du monde, avec pour stimulants, on devrait dire aiguillons, les agences de notation. L’idée que l’une d’entre elle puisse dégrader la dette souveraine américaine et la faire tomber du sacro-saint AAA (voir ce terme)  fait trembler les investisseurs. Un bon indicateur des tensions en cours sur le marché de la Dette souveraine, les « Credit default swaps », (voir ce terme) atteignent parfois des niveaux vertigineux. L’Europe a engagé une réflexion sur la dette souveraine des Etats membres qui, sous l’impulsion de l’Allemagne et de la France se traduira bientôt dans les traités.

La dette souveraine de nos anciens rois, finalement, n’était pas moins agitée que celle de l’ensemble des pays « dits développé » depuis que la crise de 2008 continue à faire des dégâts.

 

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