les geants numériques peuvent-ils chuter?

Les Echos/Opinion/Le cercle

La chute du cours de Facebook est-elle une mésaventure ou un signal ? Jusqu’ici, des baisses de cette ampleur touchaient des entreprises de taille modeste. Cela ne se voyait pas, quelques mois après le marché avait tout effacé. Mais ici, maintenant, c’est le "F" de GAFAM qui est fragilisé. 

223598-1.jpgPascal Ordonneau (secrétaire général de l'Institut de l'IconomiePublié le 7 févr. 2022 à 17:00Mis à jour le 7 févr. 2022 à 17:11La Libra, cette monnaie universelle que Facebook ambitionnait de lancer, avait viré "Diem". Comme autrefois, les assignats avaient muté en mandats territoriaux et les Reichsmarks en Rentenmarks. Qui s’en est inquiété ? L’essentiel n’était-il pas qu’on ait toujours le sentiment que Facebook et son gigantesque réseau fussent encore là pour donner au moins l’impression qu’il y avait quand même quelque chose de fort derrière quelque chose qui venait de se montrer bien faible ?Autrefois, il y a très longtemps Facebook, inventait la Libra

Autrefois, il y a très longtemps Facebook, inventait la Libra

Quelle importance attacher à ces manifestations monétaires par lesquelles une monnaie qui n’est pas née prend les mauvaises manières de monnaies qui n’étaient pas fortes ?

Résumons le "Diem" : au début, il se nommait la Libra. Pour préparer l’avenir, on était allé puiser dans le vocabulaire d’une langue du passé. Très vite, certains (des ennemis de Facebook sûrement) se laissèrent à murmurer que le principe de la Libra pourrait ne pas complaire aux autorités monétaires les plus sérieuses du monde (les autorités américaines). Il faudrait donc changer le concept et, pour bien montrer que ce n’était plus le même, il faudrait changer le nom. On puisa à nouveau dans ce bon vieux latin, la Libra devint Diem (un accusatif… était-ce prémonitoire ?). Les ennemis de Facebook arguèrent qu’il s’agissait d’un nom déjà pris, celui d’une start-up dans le domaine des fintechs. Certains (les mêmes) imaginaient déjà qu’il faudrait changer de nom à nouveau.

Le Diem devait être un stable coin. Rien de nouveau sous le soleil. Adossé au dollar, cela aurait été un produit financier monétarisé. Un ETF répliquant le dollar. De moins en moins original. Seule originalité : il aurait été découpé en petits morceaux pour pouvoir ressembler à une monnaie de tous les jours avec laquelle on pourrait faire son marché et remplir son cabas virtuel. Comme en avaient rêvé Facebook et les supporters de la Libra au tout début. Une monnaie avec un beau sous-jacent, garanti pur dollar ?

Rappelons seulement que l’idée de monétariser un produit financier est antique comme l’ancien régime (français). On le doit à Monsieur Law avec la réussite qui l’a accompagné.

En inventant la Libra, Facebook souhaitait valoriser sa base de clientèle ? Était cela le sous-jacent du Diem ? Les facebookiens devenaient ainsi non seulement les acteurs du produit, mais aussi sa valeur.

Finalement, le vieux Diem est devenu un Noctem à venir

Mais justement, Facebook pouvait craindre que son business model fondé sur les réseaux "universels" devenus une force considérable se transformât en faiblesse ? Une stagnation du réseau pourrait entraîner une chute des revenus tirés de la publicité. Il fallait mobiliser ce réseau sous une autre forme : en devenant l’émetteur d’une sorte de dollar numérique pour créer des flux commerciaux et monétaires d’une ampleur considérable. On aurait alors parlé de "digital green backs". Et vint le "Noctem" !

Les ennemis de Facebook, toujours en embuscade, ont vu et prévu qu’après le ratage de la Libra sous toutes ses formes, après la douloureuse tentative de faire revenir cette monnaie en changeant son nom, en la pliant aux exigences probables de la FED, et même en anticipant les préventions de la SEC, la Libra devenue Diem, ne pouvait, changeant une fois encore de dénomination, en Noctem, que s’enfoncer dans le marécage des crypto-monnaies de tous les jours.

Ils avaient raison : brutalement, le marché des cryptos se mit à retentir de la terrible nouvelle. "Le Diem se meurt, le diem est vendu". Comme les journalistes le disent délicatement : Facebook soldait tout à la fois une idée et un rêve. Idée d’une monnaie privée qui, par la force du gigantesque réseau de clientèle, celui de Facebook, devait devenir une monnaie universelle ; mais aussi un rêve, transformer l’armée des facebookiens en une force de frappe de consommateurs pacifiques terrassant les "fiat moneys", soumettant les gardiens des monnaies et faisant circuler une monnaie nouvelle et libre.

Et, voici que la "firme" Facebook vient d’envoyer un signal aux marchés. Le fameux réseau, fort de plus d’un milliard d’utilisateurs, plus puissant que le réseau chinois deviendrait poussif. Il perdrait des utilisateurs.

Les ennemis de Facebook, toujours prêts à frapper, ne vont-ils pas en conclure que l’échec de la tentative de monnaie universelle reposant sur la puissance de ses réseaux trahit, ni plus, ni moins, l’échec de cette politique d’extension infinie des réseaux. Les cours s’effondrent, car l’image d’un futur sans limites, vient de se fissurer.

Indépendamment des pertes financières considérables qui s’ensuivent, cet échec va au-delà de Facebook : ce n’est pas seulement du cœur de métier de Facebook qu’on parle ici, mais aussi du cœur de métier de très nombreux fleurons de l’économie numérique. Les taux d’intérêt qui se tendent mesureraient-ils la fin d’un monde de firmes numériques sans limites ?

 

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En collaboration: Institut de l'Iconomie

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