Illusion Monétaire

     

Les illusions ne manquent pas en économie et les contempteurs des Banques et de la Finance ne ratent jamais une occasion pour dire qu’elles les premières sources d’illusion et de rêves fracassés. A cet égard, les victimes de l’illusion monétaire sont légions et les erreurs de décision ou de trajectoire qui lui sont attachées ont des conséquences économiques graves.

 

En termes pratiques, l’illusion monétaire caractérise le délai psychologique qui retarde la prise de conscience par un agent économique d’un changement dans les conditions qui guident la répartition qu’il fait de son revenu entre épargne et consommation.

 

Ce serait Keynes qui aurait forgé ce nouveau concept. Il en fait usage dans les parties de sa réflexion sur l’épargne et la désépargne.

 

L’illusion monétaire était pour lui un mal frappant généralement l’ensemble des agents économiques. Il leur faisait quitter le statut envié de personnes rationnelles et parfaitement informées pour tomber dans les travers de comportements psychologiquement frustres. Cette illusion atteint les personnes qui, constatant que leurs salaires évoluent à la hausse, s’en félicitent et s’en contentent. En d’autres termes, ils  ne les comparent pas avec l’évolution prix des biens et services.

 

Dans sa formulation la plus simple, voici l’exemple classique : tel salarié s’estime satisfait de l’évolution de son salaire car il a progressé de 5% l’année dernière. Pourtant, cette hausse est tout à fait illusoire, la hausse générale des prix ayant été de 5%. . L’illusion est encore plus grave lorsque la hausse du salaire est inférieure à celle des prix !

Evidemment, à moins de prendre les agents économiques pour une collection de crétins incurables, il va bien arriver un moment où « l’agent économique salarié » se rendra compte que ses augmentations de salaires sont purement et simplement gommées par la hausse générale du coût de la vie. Lorsque Keynes propose ce nouveau concept, il le place dans le contexte d’un effet retard et non pas celui d’un aveuglement des agents économiques. Ceux-ci ne réagissent pas immédiatement aux changements de la situation dans laquelle ils se trouvent, donc les conséquences qui sont attachées à cette illusion seront plus ou moins longues ou profondes, selon la capacité des agents à la percevoir et à en comprendre l’impact.

 

Quel est l’enjeu dans ce cas-ci ? On peut supposer que ce salarié heureux de son augmentation de salaire et qui ne l’a pas encore comparée avec l’augmentation des prix, va accroître sa consommation. Il désépargne puisqu’il dépense plus que ce qu’il ne gagne effectivement…. Le jour où il s’apercevra de la situation, le risque d’un contre-choc apparaîtra. Découvrant l’erreur cet « agent économique salarié » donnera un coup de frein à sa consommation et cherchera à faire remonter le niveau réel de son épargne. L’activité économique s’en ressentira d’autant plus rudement qu’un long délai se sera écoulée.

 

La situation est parfois un peu plus complexe. A ce titre, le concept d’illusion monétaire permettrait de comprendre certaines attitudes de stop and go dans le niveau de l’activité économique.

 

L’illusion monétaire survient aussi lorsque le changement de rythme de l’inflation n’est pas justement évalué : les agents économiques qui avaient l’habitude d’une inflation moyenne à 5%, ne s’aperçoivent pas que celle-ci s’est accélérée à 7%. Autre cas, l’effet devise, c’est-à-dire la variation du cours de change, peut n’être pas non plus immédiatement observé et les comportements demeurer à l’identique en dépit de la réalité.

 

Dans l’analyse économique, l’illusion monétaire est source de confusions, voire d’erreur de raisonnements. C’est le cas de la baisse brutale d’une valeur mobilière dont un commentateur ferait valoir que somme toute, cette valeur est revenue à son niveau d’il y a deux ans. Le sous-entendu est que les détenteurs de cette valeur qui l’ont en portefeuille depuis deux ans n’ont rien perdu. Raisonnement illusoire, ne serait-ce que parce que, en dehors de toute inflation, l’argument de l’équivalence des valeurs nominales est faux, la valeur réelle (voir ce terme) de cet actif aujourd’hui étant inférieure à celle d’il y a deux ans. S’il y a eu inflation, l’équivalence des valeurs nominales deviendra illusionniste plus qu’illusoire !

 

 

L’illusion monétaire dans une version cynique de la vie économique, donnerait un peu de temps aux gouvernants avant que l’opinion publique ne se rende compte d’une perte de pouvoir d’achat !

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