Indices et indexes

Indices

          

« Vous avez beau dire, y'a pas que d'la pomme, y'a aut chose.»  Il y a aussi « aut chose » dans les indices sur les prix ou la consommation, mais en France, il y a de la pomme ! Il n’est pas sûr en revanche qu’il y en ait dans un indice qui serait calculé par des instituts américains ou des banques d’affaires… ou par des gens qui auraient trouvé un moyen assez intéressant de prendre le pouvoir par d’autres moyens.


La remarque est exagérée ? Un indice (index en anglais) c’est un truc scientifique. En France, en général, on confie la fabrication des indices à des gens qui font des statistiques, l’INSEE par exemple, ou à des gens qui sont sortis de l’école qui fournit l’Insee. Le résultat est un résultat scientifique, ce n’est pas parfait, mais les procédures pour fabriquer l’indice ne sont pas faites pour les farfelus. L’intégration de nouveaux produits, la sortie d’anciens, la pondération de telle catégorie de consommation et ses modifications sont des événements.

Changer la composition de l’indice des prix, des salaires, du coût de la construction n’est pas une mince affaire. A juste titre parce qu’un indice n’est pas simplement un beau résultat d’un magnifique calcul scientifique, c’est aussi important dans la vie économique que la précision apporté à la détermination du nombre « Pi ». Vous savez … 3,1416…..


L’indice des prix à la consommation est certainement l’indice le plus connu en France parce qu’il parle d’inflation, de déflation, de niveau de vie, de pouvoir d’achat, de pensions alimentaires qui vont être augmentées, de SMIC … créé en 1914, l’indice des prix a beaucoup évolué. Actuellement, il est calculé à partir d’enquêtes de prix auprès de plusieurs milliers d’agents économiques et sur la base de 200000 prix. L’indice principal sur lequel sont indexés la plupart des contrats qui font référence à l’indice du coût de la vie ne comprend pas le Tabac.


L’attention est vigilante sur ce type d’indice comme elle l’est sur la plupart des indices dits pondérés, c'est-à-dire des indices qui expriment l’évolution de prix ou de quantités d’ensembles de produits en prenant en compte la part relative estimée de tel ou tel produit ou services ou groupe de produits et services. Dans le secteur boursier, les indices (CAC 40, SBF 120, Dow Jones, etc.) jouent un rôle d’une importance extrême puisque non seulement, ils « parlent » de l’évolution des prix mais aussi sont des instruments de référence pour la fabrication de produits financiers ou la définition de stratégie de gestion : surperformer l’indice, battre l’indice, suivre l’indice sont des expressions rebattues dans tous les communiqués relatifs aux produits financiers…. Les indices de prix dans l’univers des matières premières, des changes et des taux d’intérêts sont cruciaux eux-aussi.


Souligner l’importance du travail et des méthodes qui président à l’établissement des indices et le marteler vigoureusement alors qu’on pourrait penser que c’est une évidence prouve que dans cet univers rien n’est simple. Les indices sont-ils des choses trop sérieuses pour toujours être laissés à des scientifiques !


Alors, parfois, les banques fabriquent des indices. Pourquoi pas ? Les organismes officiels ne pensent pas à tout. La liberté d’entreprendre est indivisible. C’est ainsi que Goldman Sachs avait créé des indices “commodities” dont certains très orientés sur l’énergie. Le GSCI (Goldman Sachs commodity index) était devenu le support le plus utilisé pour “trader” sur les marchés de matières premières. Des trackers s’appuyaient sur l’indice « index » GS. Cette création de GS était maintenue par la banque. En 2006, elle prit la décision de modifier la composition de son indice en réduisant de 8.45% à 2.30% la pondération de l’essence sans plomb dans le panier constituant l’indice. Résultat : des ventes massives sur les marchés financiers et sur les marchés de marchandises, des baisses sur les affrètements, le prix du stockage etc.…. c’était en 2006 ! Qui dira que la liberté d’entreprendre à toutes les vertus ? En la circonstance, la liste des professionnels touchés par cette décision d’entrepreneur libre avait été impressionnante…


Il n’y a pas que Goldman Sachs en tant que libre entrepreneur dans la fabrication d’indices.  Il y a les Agences de Notation, Standart and poors par exemple. Elles créent des indices et ensuite elles notent. Au diable le conflit d’intérêts ! et aussi, on trouve des organisations désintéressées et charitables ! Heritage Foundation et le Wall Street journal, deux représentants du conservatisme américain le plus exacerbé se sont lancés dans une entreprise « Friedmannienne » et ont créé un indice qui se nomme ni plus ni moins « l’indice de la liberté économique ». Cet indice mesure ce que les Etats réservent à la liberté économique. Etre mal classé veut dire que vous êtes totalement contre la liberté économique, et inversement. C’est ce qu’on nomme un indice aggloméré. Il associe des tas d’informations et les compile pour en faire un indice. Le dernier de la classe, c’est la Corée du Nord. Il n’y a pas de liberté économique en Corée du Nord : tout appartient à l’Etat (les coréens du nord diraient au peuple mais ce n’est pas eux qui décident !). L’Indice évalue la liberté économique dans le monde à partir de dix critères: liberté d’entreprise, liberté des échanges, liberté fiscale, dépenses publiques, libre-circulation de la monnaie, liberté d’investissement, liberté financière, droits de propriété, absence de corruption et liberté du travail. Si la Corée du Nord est dernier qui est donc premier ? Hong-Kong ! Et dans le top des cinq premiers pour la dernière cuvée : Singapour, Nlle Zélande, la Suisse, et l’Australie.  Hong Kong restera-t-elle première longtemps ? Rien n’est moins sûr, la ville-Etat aurait l’intention d’introduire un salaire minimum !  La Heritage foundation leur a lancé un avertissement. Le salaire minimum mis en place c’est un truc à perdre 20 rangs dans le classement! Et la France? Elle se rapproche tranquillement de la Corée du Nord! Elle est au 64ème rang. Le Kazakhstan l’a dépassée, remonté de la 70ème à la 54e place, de même que le Rwanda, de 70ème à 50ème, le Pérou et la Roumanie, sont bien loin devant.


Il ne faut jamais désespérer : la France sera peut-être sauvée par un gong, pardon, par un nouvel indice ? Va bientôt être mise en place l’indice mesurant le BNB, (bonheur national brut). C’est une idée de M. Stiglitz qui avait trouvé un fervent défenseur en la personne du Président de la République Française. L’indice sera calculé sous la responsabilité de l’OCDE, dans le cadre de son Initiative "Vivre mieux». Celle-ci a pour ambition de mesurer le bien-être et le progrès. C’est un indice qui sera interactif : il sera accessible et permettra aux personnes l’utilisant de comparer leur bien-être au sein de 34 pays sur la base de 11 dimensions - logement; revenu; travail; communauté; éducation; environnement; gouvernance; santé; bien-être subjectif; sécurité; et conciliation travail et vie privée – L’interactivité se trouvera dans la possibilité d'accorder un poids variable à chacune des dimensions.


Peut-on penser à d’autres indices ?

Bien sûr, c’est une façon de fixer un problème, un débat, une question. C’est aussi une façon de détenir une forme de pouvoir. 

Libor

 

Libor, (la chute d’une star ?)

Le monde de la finance est-il si perturbé que les choses les plus simples se découvrent des aspects étranges ou faut-il penser que tout était déjà très obscur et que la crise, en remuant le marigot, fait remonter des choses malodorantes à la surface. « C’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui se baignent nus ! » disait Warren Buffet avec son inénarrable goût pour les formules. C’est ce qui se passe, ces dernières semaines, pour le Libor.


Le Libor, voilà une institution qui fleure bon la finance britannique, l’acajou et les vieux cuirs. Nommons-le pour ce qu’il est : « London Interbank Offering Rate ». C’est le taux qui caractérise les prêts d’argent entre banques. C’est un indicateur essentiel du marché interbancaire sur la place de Londres. Enfin c’est le premier du genre, une sorte d’ancêtre, après lui sont apparus différentes références en « IBOR », autrefois par exemple le Pibor, (Paris interbank…), puis l’Euribor etc. Le Libor, ne concerne pas simplement la Livre Sterling, mais toutes les devises cotables, dans lesquelles il y a des opérations de prêts et d’emprunts interbancaires, dont le dollar.


Le Libor, comme ses suiveurs, sont des taux à court terme, à un, deux ou trois mois et servent de référence à un nombre considérable d’opérations bancaires et financières. Ils sont largement utilisés pour indexer les prêts à taux variables qui s’expriment sous la forme : Libor 3 mois + x%. C’est un indicateur clef pour le marché des swaps. Le Libor est donc essentiel à une bonne partie de l’activité bancaire anglaise et internationale, le Pibor l’était pour les opérations à Paris etc.…


Pourtant ce taux n’est pas la résultante de la rencontre entre l’offre et la demande sur le marché londonien. C’est un indice qui se calcule en retenant les déclarations des banques qui participent au marché interbancaire de Londres.A l’occasion d’un sondage quotidien, celles-ci énoncent les taux de référence auxquels elles empruntent et prêtent en blanc, c'est-à-dire sans garantie à leurs consœurs. Pour que l’indicateur ait un sens, le sondage porte sur un échantillon de banques établi à l’avance qui varie peu et est connu de chacun. Le libor est connu et communiqué en fin de matinée.


Rien que de très simple. Évidemment les banques interrogées font partie de l’establishment, naturellement ce ne sont pas les plus petites banques, clairement on évite d’y mêler des situations troublées, celles que pourraient traverser des établissements pris dans une tourmente financière ou médiatique. « So far, so good…. »


On remarque, avec un esprit un peu corrosif, qu’il y a une part de flou, d’imprécision, voire d’arbitraire dans la détermination de ce taux et que si les gentlemen de la City ne se comportent plus en gentlemen, alors…Mais, n’est-ce pas là le propos typiquement négatif d’un Français.


Pourtant on aurait tort de balayer cet argument d’un revers de main dédaigneux. Déjà, en 2009, la BBA, (British Banking Association) avait proposé de faire intervenir dans la fixation du Libor quelques banques non-londoniennes. Les commentaires et conséquences de cette idée avaient eu une tonalité assez étonnante : le dollar était remonté, car, cette reforme de la fixation du Libor devait, aux dires des spécialistes, conduire à une remontée du Libor et, par conséquent, à une hausse du rendement des obligations et titres de créances américains…. Donc, le Libor fixé entre londoniens n’avait pas la même valeur que si d’autres banques étaient introduites ?


En 2008, la question de la fixation du Libor avait été soulevée et beaucoup se demandaient s’il y avait eu manipulation dans la fixation des taux Libor. A cette époque la fameuse BBA, avait promis une enquête et manifesté dans le même mouvement qu’il était peut-être temps de revoir la façon dont il était fixé. Est-ce à cette occasion que le panel avait été élargi ? En tout cas les accusations n’avaient pas été reprises, les conséquences de la crise et leur traitement accaparant observateurs et acteurs des marchés financiers.


Les conditions ont changé, la crise n’est pas finie mais l’idée d’en tirer les leçons conduit immanquablement à étudier en détail le comportement des banques avant et pendant les évènements… et tout le débat sur la fixation du Libor a retrouvé une actualité. Plusieurs banques sont sous le coup d’enquêtes menées par les régulateurs. Une suspicion forte plane sur leur participation à une manipulation douteuse du fixing du taux du Libor. Elles se seraient comportées exactement comme un cartel. Les autorités américaines ont lancé des citations à comparaître à l’encontre de Citigroup, Bank of America et l’UBS.


L’ampleur du problème est considérable puisque ce sont des contrats par centaines de milliards de dollars qui sont concernés.


Pourquoi manipuler ces taux et surtout les minorer puisque cela se traduit par une baisse de revenus des établissements concernés ? Le vrai enjeu, à partir de 2006, mais plus encore en pleine crise de 2008, était de ne pas faire apparaître les « vrais coûts de refinancement des banques », c'est-à-dire le fait que ces coûts s’élevaient de plus en plus, suivant en cela la dérive des banques et l’aggravation de leurs risques. Déclarer un renchérissement du Libor, c'est-à-dire de leurs refinancement aurait indiqué aux marchés que les banques en question, fragilisées perdaient progressivement la confiance de leurs préteurs, les banques excédentaires en liquidités.


Ces accusations viennent d’être lancées. D’ores et déjà les conséquences se font sentir et …. Donnent des ailes à la fixation de l’Euribor qui s’efforce de prendre une place plus importante face au Libor.


Dans les Echos.fr : Le libor fait l'objet d'une enquête depuis plusieurs mois. Une vingtaine d'établissements bancaires sont soupçonnés d'avoir sous-évalué ce taux entre 2006 et 2008.

Euribor


L’Euribor est-il l’index de demain sur les marchés interbancaires ? Les graves accusations qui planent sur la façon dont les banques anglaises ont manipulé le Libor, star des indices utilisés sur les marchés interbancaires et empereur des index sur lequel s’appuient des millions de contrats pour des centaines de milliards de dollars. La sous-évaluation des conditions de refinancement a des conséquences perverses : les clients, dont les contrats sont appuyés sur l’index ne sont pas facturés au prix réel de l’argent, les dépôts faits par les clients ne sont pas rémunérés au bon prix, les préteurs deviennent réticents car les taux d’emprunts leur paraissent trop bas…etc. Les enquêtes sont en cours. Les citations à comparaître pleuvent. Le Libor est à la peine, le scandale s’il éclate sera vertigineux.


L’Euribor qui jouait modestement dans une cour où il n’était pas le bienvenu, se prend à relever la tête. D’où vient-il ? Quel est-il ? Que peut-il ?


L'Euribor, (european interbank offered rate) est né avec l’Euro, plus exactement, avant l’Euro. Il a été publié pour la première fois le 30 décembre 1998 pour application le 4 janvier 1999. Cette innovation, entre banques européennes, préparait l’arrivée de l’Euro, en prenant la place des taux équivalents qui étaient pratiqués dans les pays de la zone Euro avant l'Union Monétaire en 1999 : PIBOR à Paris, FIBOR à Francfort, etc.


L’Euribor n’est pas un taux au sens d’un prix de marché formé dans la confrontation de l’offre et de la demande sur le marché des capitaux. C’est un indice (index en anglais. Il exprime le taux moyen auquel les banques de la zone euro se prêtent des liquidités. Il est établi par sondage auprès d’un panel de 64 banques de la zone euro comportant quelques banques étrangères dont des banques américaines. Sa détermination résulte d’un consensus plus que d’un calcul. Il est publié quotidiennement par la FBE (fédération des Banques européennes).


Son rôle est très important dans la formulation des contrats financiers et bancaires dont les taux ne sont pas fixes, mais indexés. En ce sens, il joue un rôle déterminant après le Libor. Cette indexation s’exprime pour les contrats bancaires ou les obligations émises sous la forme :  « Euribor + x% ». Fixé pour un large éventail d’échéances : 1 semaine, 2 semaines…. 1 mois, 2 mois… et ainsi de suite jusqu'à 12 mois, il diffère en cela d’un autre indice, l’EONIA, qui est fixé pour les opérations dites « au jour le jour » (TJJ).


Le nombre de banques mobilisées dans le panel relatif à l’Euribor, le fait aussi qu’elles appartiennent à des environnements différents les uns des autres et qu’aucune communauté culturelle ne vienne interférer dans les échanges d’information et le processus conduisant à définir les indices, est un argument que les responsables d’Euribor mettent souvent en avant.


Dans un contexte troublé où le Libor fait face à des accusations graves, les banques, membres du panel Euribor et les institutions qui en ont la charge, ont décidé de lancer un Euribor « dollar ». Donnant plus de transparence aux conditions de refinancement dans cette monnaie, il en est attendu un surcroît de confiance de la part du marché et une ouverture plus large à leurs demandes. L’approvisionnement en dollar sur toutes les échéances devrait en bénéficier, permettre aux banques Européennes de mieux maîtriser leur passif dans cette monnaie et ainsi de sécuriser leurs bilans mais aussi leurs comptes d’exploitation. 


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