La monnaie souveraine européenne

La BCE et le lancement de l’e-euro : le retour du souverain dans les espaces monétaires

 

 

Ils ne sont pas intersidéraux : la Banque Centrale Européenne, par la voix de Christine Lagarde, a ramené la question du lancement d’un e-euro à la durée d’un plan à l’ancienne. Dans 5 ans tout sera plié. En 2025, vous pourrez remplir votre wallet de beaux e-billets ou d’e-coins en Euro et bien entendu, vous pourrez les utiliser à l’occasion de vos courses alimentaires de base ou à l’occasion de vos achats en ligne.

 

Bien joué ?

En tout cas, c’est joué et c’est parti.

 

Exemplarité ou menace chinoise ?

 

Quand même on peut avoir quelques doutes sur ce délai si court. Les Chinois s’y sont mis voici 7 ans. Ils ont accumulé un nombre respectable de brevets. Ils sont en phase de test depuis 2019. Ils ont simulé des tas d’hypothèses. Ils semblent n’avoir pas toujours été satisfaits des résultats, non que la technologie mise en œuvre ait présenté des défaillances mais simplement parce que dans un monde de paiements en ligne, le renminbi digital n’a pas semblé surperformant par rapport aux fournisseurs privés de paiements en ligne.

 

Les Chinois qui ont une idée assez austère de la souveraineté, ont peu apprécié l’idée qu’il pourrait y avoir des concurrents au renminbi digital et ont réagi sévèrement vis-à-vis de tous ceux qui pourraient s’immiscer dans le monde des paiements en ligne. Ils ont aussi réglé le sort des firmes de minages. Ce qui est courageux et montre qu’en Chine on ne tergiverse pas sur les principes : la Chine était devenue le leader de l’industrie du minage et en particulier celui concernant la monnaie cryptée-reine, le bitcoin.

 

Ces remarques conduisent à se demander pourquoi, brutalement, presque sans prévenir, les autorités européennes ont décidé de de se jeter à l’eau.

Bien sûr, il faut penser à la compétition internationale. Il est dit et répété que le renminbi digital n’a pas uniquement pour vocation de moderniser le rapport des Chinois avec la monnaie. Il se veut aussi instrument de reconquête de la souveraineté monétaire. Il se veut instrument technologique d’influence internationale. Faut-il que ces trois « vocations » soient dangereuses au pire, ou menaçantes au mieux, pour que, après quelques rapports de la BCE, de la BRI et de certaines banques centrales de la zone euro sur les monnaies digitales souveraines, la décision d’en lancer une soit devenu une sorte d’ardente obligation ? Faut-il penser que la Banque Centrale Européenne préfère arriver trop tôt que trop tard afin de peser dans les mouvements tectoniques du monde international des monnaies.

 

Plutôt que de définir en creux, par rapport aux objectifs de la Chine, ce que pourrait/devrait être un euro-digital, il faut essayer d’en définir les contours.

 

Pourquoi un e-euro ?

 

Il s’agit bien sûr de faire progresser le monde de l’euro dans le monde de demain. La chose était-elle si urgente ? A priori, on devrait en douter. La maîtrise des moyens de paiement est une des grandes qualités du système européen. Sous la pression de la BCE et de la concurrence, nombre d’améliorations se sont enchaînées durant les quinze dernières années. Les banques de la zone, ont pris conscience qu’à se faire déposséder des flux de paiements par les grands du paiement par carte ou du paiement intermédié, des pans entiers de revenus leur échappent et aussi, et surtout, des sources d’informations cruciales sur leurs propres clients. L’essor de la Fintech a montré que la clientèle des banques même dans les pays les plus fortement bancarisés s’ajuste de plus en plus sur les comportements qu’induisent achats et paiements en ligne.

 

Et finalement c’est bien ce type de menace qui justifie qu’on mette le pied sur l’accélérateur : la menace des gafam ne porte plus seulement sur la maîtrise des flux monétaires mais aussi sur les conditions de la monnaie elle-même : confiance et croyance. Au rythme où les flux monétaires se trouvent réorientés, la capacité de mener des politiques monétaires en toute souveraineté se déjantera.

Ne nous méprenons pas : cette souveraineté pour être réaffirmée et mise en œuvre efficacement impose qu’on cesse de répéter comme un mantra les fameuses trois fonctions de la monnaie. Le lancement de l’e-euro sonnera peut-être l’arrivée d’une quatrième fonction : l’information montante et descendante appuyée sur un retour de la monnaie dans le sein des grandes fonctions souveraines : la loi, la justice, la défense.

 

Enfin, insistons sur la dimension internationale de la question. Elle revêt deux aspects. Le premier dérive directement de l’exemple chinois : se dégager de l’emprise de plus en plus totale du roi-dollar et de ses gardiens, les lois et la justice américaines. L’Europe de l’Euro, est une puissance économique colossale. Il est temps que cette puissance s’exprime aussi dans le domaine des échanges et des compensations internationales. En deuxième lieu, il est urgent que l’Europe soumise à la dollarisation des échanges internationaux agisse pour ne pas se trouver en état d’infériorité face à la compensation internationale chinoise via les infrastructures de paiement attachées au renminbi digital, mais aussi face à la tentation pour bon nombre de pays « monétairement sous-développés » de recourir aux compétences et technologies développées par la Chine.

 

Au bout du compte, si le défi que vient de lancer la BCE est redoutable, elle ne part pas à l’aventure. Les banques centrales des pays de la Zone euro disposent de ressources et de compétences reconnues dans le monde entier.

Les enjeux sociétaux, économiques, institutionnels et psychologiques sont lourds.

L’initiative est belle, au regard de ces enjeux justement. Sa réussite est indispensable.

 

 


 

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